samedi 15 mai 2010

Clôture du chapitre saint-Maarten, découverte du grand nord

Alors mes enfants, encore une fois, il s’en est passé des choses… ça ne s’arrête jamais, et à la limite c’est tant mieux, ça me surexcite tellement que ça m’empêche de dormir même quand je n’ai que quatre heures de sommeil dans les pattes… donc j’écris, ça permet de passer le temps agréablement en attendant que le marchand de sable ne se décide à me rendre visite.

Revenons très brièvement sur l’épisode Saint-Maarten, ou alors, allons-y carrément, épiloguons. Saint-Maarten, dans l’absolu, j’ai détesté. Cette île est, de mon point de vue, le royaume du vice, une île de sauvages, c’est sea sex and sun, sex drugs and rock n’ roll, et peace and love. Sur le papier ça fait rêver, dans la réalité c’est une horreur, car ce n’est que ça. Saint-Maarten, ça n’est pas les Antilles. La culture caribéenne, on n’en voit même pas la couleur, juste l’odeur du rhum, duquel je me suis tenue sagement éloignée, fuyant à tout prix la vie nocturne et les prédateurs concupiscents qui rôdent le long des bars. Certes ça parle créole, ça mange du boudin, ça danse le zouk, ça boit de l’arrangé, mais tout cela est noyé dans le reste, dans la masse touristes ventripotents venus les bourses pleines, avec dans l’idée la ferme intention de se les vider. Pour eux, on a construit des complexes hôteliers, des résidences, des maisons à louer, dans les plus beaux endroits. On a tué ces endroits. Avant, la jeunesse, blanche et noire, venait y festoyer en pleine nature, là c’était vraiment rock n’ roll et peace and love ; sur la plage on jouait de la musique, on buvait du rhum coco, on fumait de la marie-jeanne et on dansait et chantait jusqu’à pas d’heure. La vie, la sensualité, l’ivresse de la liberté et de l’insouciance, c’était l’esprit cool et les good vibes des caraïbes. Mais, le touriste blanc, le red neck occidental à la retraite est arrivé savaté de ses air max toutes dégonflées par le poids des hamburgers accumulés dans sa grassouillette panse. Et mon Dieu, mais qu’il est chiant le touriste occidental retiré ! Il arrive et il dit, oh comme c’est joli, comme c’est sauvage et bon enfant, c’est gentil tout ça, ça chante, ça danse, ça s’amuse, la plage est belle, l’eau transparente, on va revenir plus souvent, et on en parle aux copains en rentrant ! On va montrer les photos ça sera plus probant ! Il rentre chez lui, il en parle aux copains, tout le monde rapplique et décide de passer régulièrement les vacances ; on investit. La où la nature est belle, on va mettre de la pierre et des barbecues géants, parce que c’est tellement plus sympa ! Ah oui mais par contre à 23h, coucouche panier papattes en rond ! Ah mais coucouche panier peux pas, il y a trop de bruit dehors… Bah on n’a qu’à faire interdire le bruit et la fête, de toute façon on est prio, c’est nous qu’on fait marcher le business maintenant ! Allez, dehors les jeunes, ou plutôt, dedans ! Oh et la plage aussi, le sable il est trop chaud, on peut pas s’asseoir dessus, ça va faire mal à nos gros popotins délicats, il faut des transats ! Et allez, des transats partout, et tu raques pour poser ta serviette ! Oh et puis si on mettait des casinos et des bars à putes, histoire de pourrir un peu plus l’ambiance ? Oh ouais, c’est bon ça ! Là où tout était libre et beau, ils ont mis leur grain de sel, et transformé l’île en club vioc géant. A dix heures du soir dans la marina de Marigot, tout est fermé, quand il y a quinze ans, ça dansait jusqu’au matin… Ils ont tout pourri, les nantis ! Et ça se proclame grands libérateurs des opprimés, ambassadeurs de la liberté, on croit rêver… Du coup la jeunesse se traîne entre les bars et les casinos, ça se drogue mais le bon esprit n’est plus là, le good spirit de Jah est parti en poussière, déterré par les pelleteuses… Jah est mort, le fucking oh my god l’a tué. Bref, saint-Maarten, c’est à chier, mais aussi surprenant que cela puisse paraître je ne suis pas du tout mécontente d’y avoir été. Et oui, car Saint-Maarten m’ a offert l’amour, avec en prime, la plus chouette chanson que j’aie jamais écrite de toute ma vie, de mon point de vue. Et ce n’est pas Martin le crazy thcèque par lequel est arrivée la flèche, comme présupposé, mais par en vidunderlig danske somand. Revenons sur Martin le tchèque. Je pense que j’ai fait une fixette sur Martin le tchèque. Sur le papier il correspondait à l’homme de mes rêves, mais dans la réalité, il faut l’admettre, on communique très difficilement. Et comme disent les cousines, la clef de la réussite d’une relation est dans la communication. Je pense que Martin a été pour moi un prétexte afin d’oublier celui qui me tenait encore au cœur, et de la perte duquel mon ego ne se remettait pas. Martin fut aussi un merveilleux prétexte pour éloigner les prédateurs que je ne trouvait pas à mon goût. Martin était une raison d’écrire une chanson. Martin était une raison. Martin était tout sauf quelqu’un dont j’étais réellement amoureuse, et je me mentais à moi-même, me berçait de la douce illusion de cette passion pour trouver encore un autre merveilleux sens à ma vie. Avec min eventyrlystne danske, et ben j’ai été complètement prise de cours, et je ne m’attendais pas du tout à tomber. La chute fut en fait une ascension vers le ciel, toute légère et transportée que je fus quand je découvris that I can’t help falling in love, non je ne pouvais pas m’en empêcher. Et je ne m’en empêchai pas. ( le passé simple est de retour, il m’avait manqué !). Je me suis laissée complètement aller, porter, charmer pour mon plus grand bonheur, dans cette île de malheur. Le danois quitté, comme d’habitude j’ai écrit une chanson, avec l’aide de Dave d’Alaska, et aussitôt échappée de son bateau (le bateau de Dave c’était comme la maison en pain d’épice dans Hansel et Gretel), je me suis cloitrée une nuit et une journée pour enregistrer la chanson et l’envoyer à son destinataire, et ma muse. Ma muse et moi allons nous revoir, pour ma plus grande joie, et, quand viendra le départ, pour mon plus grand désespoir. Mais la vie est ainsi faite, il y a un temps pour s’a-muse-r, un temps pour travailler, et moi l’année prochaine, j’ai décidé de bosser, pour de vrai ! Non Papa, Maman, ne sabrez pas le champagne, ne sautez pas de joie, ne remerciez pas tous les Saints que vous avez prié pour moi, quand je dis bosser, ça veut juste dire que je vais retourner chanter sur les routes, mais en ayant un peu plus de suite dans les idées, cette fois-ci. J’ai fait mes armes cette année, je me suis fait les ongles, je m’en vais faire rentrer le métier de voyageuse et de chanteuse jusque dans la moelle de mes os. Docu docu, me voici me voilà, attends moi bien au chaud, je m’occupe de toi dès le moi de juin !
En attendant, je vais prendre le frais, au Canada !

Mais pourquoi le Canada ???

Je veux du froid et des gens civilisés. La américains sont too much, les scandinaves, too far, allons au Québec, allons voir ces gens qui parlent un français tellement sympa et poétique. Le bonheur que ça va être de chanter devant eux, tabernacle !! (4 jours que je suis à Montréal, et je crois que je suis la seule à utiliser ce mot, je ne l’ai pour le moment entendu de la bouche d’absolument personne). Me voilà donc à l’aéroport de nouveau, avec moitié moins de bagages cette fois-ci, mais toujours autant de problèmes. L’envoi de mes bagages par cargo en France ayant pris un peu de temps, je me retrouve encore à courir après mon avion. J’arrive la dernière à l’intérieur, comme d’hab, et là, je veux passer dans les rangs et donc mettre ma guitare sur le ventre mais HORREUR ! Ma guitare n’est plus sur mon dos, et la porte se referme. Je pousse un huuuurlement, je lâche tout, je me rue sur la porte, passe ric-rac, tout ça sans rien expliciter, devant des hôtesses qui ont les yeux qui leurs sortent de la tête, je sors en vociférant tous bras en l’air hold the plaaaaaaaaaaaaaaane I will be baaaaaaaaaaaack ! Je trace en quatrième vitesse à la douane, j’avais oublié la guitare dans le scan…. Faut dire qu’ils m’ont fait la fouille corporelle et tout le tralala, pour la quarantième fois, j’étais un peu en panique d’être là en train de me faire avertir qu’on allait me caresser les fesses alors que mon avion était sur le point de partir. Caresse et pis c’est tout, suis pas en sucre for God sick ! Les attouchements terminés j’ai juste détalé comme un lapin en ramassant tout ce que j’avais sous la main, et la guitare n’était pas loin, mais pas à portée de main. Je l’ai oubliée, je l’ai oubliée ! Je n’en reviens pas. Bref je l’attrape, et je vole jusqu’à l’avion, qui enfin peut s’envoler à son tour. Quatre heures plus tard, j’atterris à Charlotte, en Caroline du nord. Mon vol pour Montréal est dans deux heures. Je débarque, repasse la douane, me fait tamponner le passeport bien à la perpendiculaire s’il vous plait madame, je suis une passeport maniac ! Là clairement, j’ai vingt minutes avant le prochain vol, autant dire toute la vie, à mon échelle. J’ai le temps de prendre un Starbuck madame ? Oui mais en vitesse ! Je fais le café cloppe le plus surréaliste de mon voyage, là, au beau milieu de la Caroline du Nord, mais qu’est-ce que je fabrique en Caroline du Nord ? C’est endroit sur cette terre où je n’aurais jamais pensé mettre les pieds un jour. Bref, je ne pense pas au fait que je doive repasser une douane, et que c’est la même pour tous les avions. Je fais la queue sagement en me disant c’est bon, jusqu’au moment où je regarde à la montre de mon voisin (je suis passée experte dans l’art), et là, panique, il est moins cinq, l’avion part à cinq, et une vingtaine de personnes devant moi. Branle-bas de combat, cette fois-ci dans le calme, on ne va pas utiliser la méthode panique, on va tout prendre à revers. Excusez moi monsieur, bien le bonjour, que vous êtes joli, que vous me semblez beau, j’ai pu constater qu’il était 19h55, et voyez vous, sur mon billet, là, il est inscrit que mon avion prendra le ciel dans dix minutes, auriez-vous l’infinie bonté et l’extrême obligeance de bien vouloir me laisser me glisser devant vous ? Mais bien sûr mon petit pot de miel, après toi ! Et là, fouille au corps, le retour, évidemment (je bipe à chaque fois à cause de mes bracelets qui ne s’enlèvent pas, et là, j’avais une salopette short avec des boutons partout partout, poitrine, dos, haut des fesses et les douanières passaient et repassaient leurs mains et leurs machines, toutes paniquées par les multiples bips qui émanaient de ma personne). Je re-détale comme un lapin, arrive en dernière toute essoufflée, suant comme une vache, et vais me poser dans mon siège. A côté de moi, au bonheur, personne, je m’étale et je dors.
J’arrive au Canada en me disant, le plus dur est derrière moi, le meilleur est à venir. Je me fourrais le doigt dans l’œil jusqu’à l’épaule. J’arrive au canada, on me dit mademoiselle suivez-moi, nous allons à l’immigration. Et pourquoi ça ??? Je ne suis pas immigrée moi, je suis globbe-trotteuse, je ne vois pas ce que j’irais faire à l’immigration ! C’est comme ça pour toutes les personnes dont c’est la première visite mademoiselle. Ah bon d’accord, très bien. Je vais à l’immigration. Là on me pose tout un tas de questions que je trouve extrêmement indiscrètes ; quel travail exerciez vous en France, êtes vous encore sous contrat, et… COMBIEN AVEZ-VOUS D’ARGENT SUR VOTRE COMPTE EN BANQUE ? C’est une blague ? Je suis obligée de répondre ? Ecoutez mademoiselle, entrer au Canada c’est un privilège. Vous voulez-dire que c’est une galère ouais, je retourne aux states, c’était plus simple !….Tu, bien évidemment. Nous voulons juste nous assurer que vous ne serez pas dans le besoin…Oh mais c’est trop aimable à vous ! Rassurez-vous, tout va bien madame, je suis loin d’être nécessiteuse. Loin à hauteur de quel montant mademoiselle ? 500 madame. Mytho. Etes-vous en mesure de le prouver ? Absolument pas ! Avez-vous un billet de retour mademoiselle. Non, je les prends toujours last minute comme ça c’est moins cher. Mademoiselle je suis désolée mais je ne suis pas en mesure de vous faire rentrer dans le pays, nous allons devoir vous extrader. Vous vous payez ma tête, très certainement !...Tu, évidemment. Et pourquoi cela madame ? Parce que vous avez le profil idéal du travailleur clandestin, aller-simple et pas d’argent, néanmoins, où vous logerez- vous mademoiselle ? Je suis reçue chez Môssieur E. R-L madame, avocat à la cour madame. Alors gare à ton cul sale chienne ! Tu, évidemment….Avez-vous son numéro mademoiselle. Oui madame, le voici. Très bien, patientez, je l’appelle. Mademoiselle Saint-Pierre ? de Saint-Périer madame, c’est mon nom comme il se doit prononcer. Et visiblement c’est tout ce qu’il me reste, soyez gentille de ne pas l’écorcher, merci du peu….Tu, évidemment. Ça ne répond pas mademoiselle, veuillez patienter, je vais consulter mon collègue. Je vais patienter madame. Je patiente. Le téléphone sonne. Service d’ l’immigration d’l’aéroport d’Montréal j’écoute ? Bonsoir monsieur. Oui elle est ici. Pouvez-vous nous dire combien de temps elle reste ? Si elle est dans le besoin pourrez vous la soutenir financièrement ? Merci monsieur, nous terminons la procédure et vous l’envoyons. Tralalalèèèreu, tu l’as dans l’os ma vieille, tu fais moins la maligne là, il est passé où tout le privilège du Canada ?... Tu, évidemment. Merci madame, je n’aurais jamais pensé qu’il fut tant compliqué d’entrer chez vous, si j’avais su… Au plaisir !
ça fait déjà 1h30 que mes gentils hôtes m’attendent à la sortie.

Qui sont mes gentils hôtes ? Tout simplement le fils du voisin de mes parents et sa femme, lui grand avocat, et elle directrice de l’événementiel d'une grande marque. Très gentiment ils ont proposé de m’héberger, ce que j’ai accepté avec bonheur, n’ayant aucun plan pour me loger. Grand bien m’en a pris, sinon je retournais en France, ou pire encore sur l’île de la tentation…Merci Papa Maman, merci mes gentils voisins, et merci mes gentils hôtes !

Mais mon calvaire n’est pas fini, je dois passer une autre douane. Il y a deux douaniers, un qui est occupé à défaire la valise d’un mec, et un autre qui baille au corneille et a sans doute décidé de s’octroyer une pause, j’arrive, je sens gros comme une maison au bout de deux secondes que je vais poireauter en attendant que l’autre termine avec son type, le paresseux n’a visiblement pas envie de travailler. Et là, comme dans tex avery, vous savez quand le bébé a un visage impassible, et que tout d’un coup il lui sort des geysers de larmes des yeux, alors qu’il devient tout rouge. Pareil. Debout, là, désespérée, je n’ai plus d’autre solution, plus de ressources, plus de nerfs, plus de force, je chiale comme un moutard. Le douanier s’approche. Bah qu’est-ce qu’il vous arrive mademoiselle ? ça fait deux heures que j’attends de sortir monsieur, il y a des gens qui attendent pour moi aussi dehors, et on m’humilie, et on me traite comme une criminelle, on me crève, on me spolie, je n’en peux plus ! Mais il faut pas s’inquiéter mademoiselle, venez avec moi je vais m’occuper de vous. Vous faites de la musique ? Oui monsieur. Vous avez pris un billet de retour ? Non monsieur. Vous avez de l’argent dans votre compte en banque ? J’explose. Je lui vomis un flot d’exagération, ma grande spécialité. OUI MONSIEUR, l’argent je croule dessous, je roule sur l’or si vous voulez tout savoir, j’en dispose de tellement, je n’en connais même plus la valeur ! Moi monsieur, je peux dépenser 300 euros en 300 secondes et personne ne me dit rien monsieur !! Je suis money addict vous m’entendez ? Je devrais faire une detox si vous voulez mon avis ! Et mon nom monsieur, regardez bien mon passeport, vous avez vu tous les de ?? ça en France monsieur, ça veut dire que je suis richissime, plus riche que le président Monsieur, si vous voulez je vous emmène maintenant au distributeur je vous sors mille dollars ok ? Il est où le money supply, il est où ???? Vous allez voir monsieur !!! Vous savez qui c’est mon papa, vous savez qui c’est ????!!! Il est banquier mon père, PDG, et ouais, une énoooooorme banque, une banque internationale monsieur, la Banque Centrale Européenne vous connaissez ? Et ben en Europe, c’est la mère des banques monsieur, alors j’peux vous dire, l’argent il connait et il en brasse un paquet !!! Que de la gueule évidemment, mais j’ai remarqué que je ne suis jamais autant convaincante que lorsque je mens. Si j’avais été avocate, j’aurais été l’avocat du diable. J’aurais jamais pu défendre la veuve et l’orphelin, j’aurais chialé au bout de cinq minutes de plaidoirie. Ou pas. Bref. Avez-vous de la drogue dans vos bagages mademoiselle ? Non monsieur. Pourquoi souriez-vous mademoiselle ? Parce que tu me fais royalement chier espèce de connard, mais j’en suis à un point où s’en est presque devenu drôle… Tu, évidemment. Je souris parce que je sais que quoique je vous dise monsieur, vous allez ouvrir mes bagages un à un, comme l’ont fait avant vous les douaniers de mon précédent avion. Ça, c’était le mensonge le plus intelligent de toute la série. AH, vous avez déjà été fouillée mademoiselle ? Oui monsieur, à Charlotte, aux US, tous mes bagages, tous mes instruments, jusqu’au pied de micro que vous voyez, là messire, là ! Et je peux vous dire que question fouille, les ricains sont des professionnels, des vrais sniper. Mais vous voyez, je suis là, donc je suis clean…Très bien mademoiselle, vous pouvez y aller. YES !

Je sors en poussant mon charriot en courant, mes hôtes en me voyant paraissent soulagés, mais un tantinet énervés quand même, ce que je conçois parfaitement. En ce qui me concernait, j’étais au bord de la rupture… Dans la voiture, E m’explique qu’il ne faut absolument pas que je chante dans la rue, car il est officiellement garant de mon honnêteté aux yeux de l’immigration, et si jamais il m’arrive quoi que ce soit, il sera autant dans le pétrin que moi. Je fais donc une croix sur la musique au Canada, en me disant que je peux toujours bouger à NYC avec cette fois-ci un billet retour pour Paris. Nous arrivons dans la maison de mes généreux hôtes. C’est en plein quartier vert de Montréal, a deux pas du parc magnifique de Mont-Royal où je jogge tous les jours, Parc qui a été dessiné par le même architecte que Central Park. C’est aussi en plein centre, à deux pas de Guy et Saint-Catherine, deux des grandes rues principales de la ville. On me couche dans une chambre coquette, avec oh bonheur, oh joie, une baignoire dans la salle de bain !!!! Huit mois que je n’ai pas vu la couleur d’un bain moussant chaud !!!! LUUUUUUUUUUUUUUUUUXE !!! Mes hôtes sont open, tout est open, Anne tu es ici comme chez toi, tu te sers, tu viens, tu vas, nous on fait pas de chichis, on est o-pen !!! Chouette alors. Je me couche, bien bien bien nase.

Le lendemain quand je me lève, personne. Ça fait tout bizarre, mais je n’ose pas aller plus loin que la cuisine, la terrasse et ma chambre, je me sens encore très incrustée. Je vaque à diverses pages sur internet puis part faire la decouverte de la ville en courant. J’ai tout de suite un très bon feeling avec Montréal. Il y a de l’espace, beaucoup d’espace et ce n’est pas over-crowded. Et il y a du vert aussi, beaucoup de vert. Les gens sont gentils, relax, avenants, il fait beau, et les 15 degrés de cet après-midi de printemps me ravissent le cœur et l’épiderme. Je pars ensuite rejoindre Colin, un marin pro du laser rencontré sur facebook par hasard, toute seule comme une grande. On prend un starbuck évidemment (il y en a tous les cinq cent mètres ici, plus la concurrence !!!), et on s’en va visiter l’église Saint-Joseph sur le plateau, en haut de la côte des neiges. Je suis un peu sur les genoux à cause du jogging mais apprécie fort la compagnie de colin, qui est absolument charmant. Il ne m’attire pas , je rassure tout le monde, non je ne vais pas lui sauter dessus ! Il me raccompagne, je dîne, et me couche avec les poules, conformément à mon programme remise en forme. Le lendemain, c’est le jour où oh bonheur, je vais voir Caty Catherine, ma bonne copine, rencontrée avec Sophie à Salvador, j’en ai déjà parlé plus bas. Avant je déjeune avec ma maîtresse de maison, qui me raconte sa vie pendant que je lui raconte la mienne, et c’est passionnant. En fait je préfère dix fois plus rencontrer des adultes que des jeunes, tout simplement parce qu’ils ont deux fois plus de vécu, ils sont dix fois plus intéressant. J’ai toujours eu un contact plus facile avec les adultes. J’ai toujours adoré tous les parents de tous mes potes. Bref. Déjeuner de salade composée comme à la chayri, souvenirs souvenirs, je bois du petit lait, je suis comme un coq-en-pâte. C me dit qu’elle reçoit le lendemain le big big boss et ses amis, je propose de chanter, comme ça je me frotte au public Québécois, et rend un service à la lady of the house. Elle accepte, rendez-vous est pris le lendemain pour un tour de chant à l’apéro, pour des personnes dont je comprends qu’elle comptent beaucoup aux yeux de C. Je prie pour ne pas commettre d’impair, je suis d’une lignée de gaffeurs, et j’en fais parfois les frais. Je revois Catherine, on passe 4 heures trop sympas à discuter, catching up, à rigoler, je suis trop contente en la quittant. Je rentre, dîne bien sagement de riz blanc, féculents pour la course du lendemain matin. Sauf que le lendemain il pleut donc je ne cours pas. Le lendemain fut une journée folle et géniale.

Cela fait quatre jours que j’attends un message qui ne vient pas à cause d’une satanée tempête qui accapare toute l’attention des danois. Ce matin j’ouvre l’œil à 7h, me lève d’un bond et fonce sur l’ordi, et, il est là devant moi, le message que j’attends. Je le lis, en dandinant mes fesses de joie sur ma chaise, en poussant des soupirs de bonheur, je ne suis qu’émotions et frissons de félicité. Soudain, va savoir pourquoi, je pense au Yuku. Oh dear. Où est le Yukulélé ? Je le sens, je l’ai oublié à l’aéroport, c’est la faute de ces satanés douaniers, ils m’ont fait perdre tellement de temps que je me suis pressée, en courant avec mon charriot il dû tomber. Je le cherche partout dans la maison, en pleurant comme une perdue, en m’arrachant les cheveux de la tête. Il n’y a personne alors je me laisse aller au désespoir en sanglotant de toutes mes forces, j’évacue le stress, je décompresse, mais je suis triste, mon Dieu que je suis triste, je veux mouriiiiiiiiiiiiiiiiiiirrr ! En trente seconde je suis passée de la joie de vivre la plus totale, (je veux dire, qu’y a-t-il de plus jouissif que l’amour ?) au désespoir complet. Je n’en peux plus, je n’en peux plus ! Je vais faire un arrêt, c’est sûr, c’est écrit ! Il n’y a rien que je puisse faire pour contrôler mes émotions, rien ! Bref, toujours sanglotant, je prends le taureau par les cornes, j’appelle l’aéroport, et là, je suis mauvaise, méchante, je suis arrivée il y a deux jours dans votre foutu pays, comme quoi c’est un privilège de rentrer chez vous, on m’a traitée comme une criminelle, j’y ai perdu mon yuku, où est-il mais où est-il ??? Oui je sais, vous n’êtes que standardiste, alors à qui dois-je l’adresser pour crier, et être entendue ???!!!! La maîtresse de maison rentre à 8h30, sans doute de l’école de son fils, me voit dehors, clopant, pleurant et criant au téléphone, au petit matin. Elle me demande ce qu’il se passe, je lui dis, c’est affreux j’ai perdu mon Yukulélé, MAIS ! Il est peut-être dans votre voiture… Elle court, elle vole, je la suis, j’espère, je prie, elle sort, triomphale, mon Yukulélé du coffre, je luis saute au cou et la câline de toute mon affection. Elle a retrouvé mon Yuku, même s’il n’était pas perdu, je la bénis à tout jamais ! Je remonte au sommet du bonheur, en 30 secondes.

Ensuite je pars me mettre en quête d’adaptateur et de convertisseurs en tous genres pour le concert de ce soir. Je ramène ce qu’il me faut, mais rien ne marche. Heureusement, Gersande, la fille de C, n’a pas cours aujourd’hui, et oh bonheur, elle étudie en génie électrique, et c’est un génie tout court, m’est avis. Le matin même sa maman m’a montré un poème que sa fille avait écrit à huit ans, tout bonnement hallucinant de gravité, de profondeur et de talent littéraire…. Elle peint très bien aussi, et joue de la guitare, est savante comme dix et curieuse comme quarante. Dix-neuf ans, et quand je lui parle, j’ai l’impression que c’est moi la plus jeune des deux… Passionnante en tout cas. Bref. Gersande se propose de m’accompagner dans un magasin sérieux pour trouver mon bonheur. C’est l’occase pour nous de faire plus ample connaissance, on ne s’était parlées que dix minutes en tout et pour tout auparavant. Et bon, je découvre vraiment une jeune fille assez extraordinaire et j’accroche tout de suite, avec elle c’est trop agréable de parler, de tout et de rien, je me sens trop bien, comme avec Cathy. Je pensais que je préférais avoir des amis hommes, parce que j’en ai plus que de femmes, mais en fait je préfère avoir des amies femmes, seulement j’aime pas les chochottes, j’aime bien celles qui réfléchissent comme des hommes, j’aime pas les fifilles. Quatre frères, bon, ça s’explique. Bref, Gersande, Cathy, pas froid aux yeux, curieuses, pas de chichis, simples, franches et directes, moi, ça me plaît. Donc on passe une après-midi trop chouette à parler électricité et voyages, tout ce que j’aime.
Nous revenons, et bientôt c’est l’heure de la promise prestation. Le dîner est en grandes pompes, ça court dans tous les sens, fleuristes, serveuses, chef suisse qui a une femme brésilienne et avec qui ce fut un bonheur de parler portugais. Ce ballet de prestataires me fait penser aux grands jours du Saussay. L'un des prestataires, c'est le nettoyeur de tapis, tapis que j'ai tâché par maladresse, dans l'obscurité j'ai nettoyé, cru que tout était parti, que nenni! Il restait des tâches. Quand j'ai déjeuné avec C la veille, elle s'en est aperçue, et moi aussi du coup, mais j'étais tellement gênée, embarrassée, terrorisée, anéantie, que je n'ai pas eu le courage de me dénoncer. Ce n'est que quelques jours plus tard que j'ai avoué ma faute, contrite. C a été tellement gentille, elle ne m'a pas donné la fessée tant redoutée...! J'ai quel âge déjà? Ah oui, 25. Là j'en avait 6, comme l'un des choux que j'ai gardé... Quelle honte, quelle bêtise!!! Enfin... Les invités sont tous là, je branche. Je suis très très à l’aise, ça, c’est ma came. Huit paires d’yeux qui me regardent et m’écoutent. Pendant 40 minutes, je serai à eux, ils seront à moi, ils seront pour moi. J’ai quand même un trac de fou qui me fait glisser les doigts sur la guitare, mais je reste très relax quand il s’agit de parler et de raconter le voyage, l’année qui vient de s’écouler, les folies qu’il s’est passé. En quarante minutes je n’ai chanté que 5 chansons, ça vous laisse imaginer combien de temps j’ai raconté, mais ce fut, visiblement, pour le plus grand bonheur des convives et des maîtres de maison, et surtout pour mon plus grand bonheur, c'était tellement agréable! A la fin, C fait une standing ovation, la première de ma vie, la voir debout si contente, je n’en pouvais plus de joie. Cette famille me rend tellement heureuse par la chaleur et la décontraction de son accueil, que c’est trop de bonheur pour moi d’avoir eu à disposition les moyens d’à mon tour les rendre heureux l'espace d'un moment. Si on te donne il faut rendre comme dit la mère de mon pote. Papa Maman je vous vois venir, mais pourquoi fait-elle profiter de ses largesses aux autres et pas à nous ? Je répondrai, tout vient à point à qui sait attendre, last but not least, les derniers seront les premiers, le mois de juin, il est pour moi, mais il est aussi pour vous !

Dans l’enthousiasme général, Gersande et moi prenons congé, on va au resto. Gersande m’emmène dans le vieux Montréal, près du vieux port. Rues pavées, immeubles de haut standing, petites brasseries, petits cafés et restaurants, c’est beau et charmant. Nous dinons au café de l’aventure, c’est le nom qui m’a séduite. Dîner trop chouette, bon, déjà, et plein de découvertes, sur Gersande, la famille qui m’accueille, l’histoire, les jeunesses, etc…Et là pour une fois je ne rechigne pas à raconter les anecdotes que je raconte sans-arrêt, non, avec des gens qu’on apprécie vraiment, ça passe, ça le fait grave, je suis contente de tout, absolument tout dire à Gersande. Ce que j’adore dans les relations humaines, c’est lorsque deux personnes savent trouver le juste équilibre entre parler et écouter. Il n’y en a pas une qui parle tout le temps et l’autre rien, ou le contraire, non les deux échangent un même volume de récits, ou d’arguments, et dans ce cas, le dialogue est tellement sympathique, que l’on peut facilement comprendre que converser puisse parfois relever du domaine de l’artistique. ça me fait exactement le même effet avec dis moi oui. Nous revenons à la maison à une heure du mat’, et trouvons tout notre petit monde sur les digeos, de fort bonne humeur, qui nous accueillent à bars ouverts en nous disant à table, à table !! Nous nous asseyons, discutons, ils ont la gentillesse de m'encourager, ils questionnent, et je suis ravie que tout le monde soit tellement content du petit show, ils disent qu’ils ont trouvé ça génial, je suis dans mes petits souliers (en fait j’ai beau être dans un cadre magnifique, je ne quitte plus mes larges bottes de voile depuis trois jours, je les mets avec tout, jupe jean shorts salopette, elles ont une classe folle !). Les invités partent, on se retrouve en famille, Papa, Maman, Gersande et moi, champagne champagne, on est là tous les quatre, on écoute Jonhy Cleg, papa et Maman tapent des mains et dodelinent de la tête en rythme, on parle de tout et de rien, on se quitte pour aller se coucher, fatigués mais RA-VIS ; Et je m’entends dire avec bonheur que je peux rester tant que je veux, qu’on est réjoui de m’avoir accueilli, et que la porte sera toujours ouverte si je veux revenir. Il ne faudra pas me le dire deux fois madame !!! Avec vous on est si bien!

Et maintenant le jour se lève. J’ai écrit sans me relire 7 pages word, ça m’a pris 4h, c’est dur hein !!!! et là j’en ai bien encore pour une bonne demi-heure. J’vais café-clopper, j’ai bien mérité.

dimanche 25 avril 2010

The love boat

Aujourd’hui, c’est le D day, c’est le danois day. Objectif, trouver Andy. Nous n’avons comme seule info que ces courtes phrases : « We are in Jost Van Dyke, in a beautiful anchorage ». Facile dit Dave, il n’y a que deux mouillages à JVD, on va trouver sans problème. Nous partons donc confiants, par une brumeuse matinée, la mer est argent comme le ciel, et l’on est enveloppé dans une moiteur humide qui filtre les rayons du soleil. Maya est à la barre, Dave allongé à côté d’elle règle la course et lui apprend comment marche le GPS, pendant que je dors dans le cockpit ou sur le pont, en écoutant la douce musique du mp3. Je suis très relax sur le bateau de Dave. L’ours blanc du grand Nord est un capitaine très décontracté, et il a un défaut que j’adore , le plus beau défaut du monde à mes yeux, il est bordélique ! Et moi, le bordel, j’aime ça. Les bordéliques sont les gens les plus cool de la terre, ils ne vous demandent jamais de ranger ou de laver, c’est merveilleux, vous faites le minimum vital, la vaisselle, mettre deux ou trois choses à leur place, mais vous êtes libre de laisser traîner quelques affaires si ça vous tente, semer deux ou trois petites choses par-ci pas là, comme ça, pour le plaisir, parce que c’est cool, on a beau être sur un bateau, on est pas au taquet, et ça fait du bien ! Sur Aeolus, je fais absolument ce que je veux, je dors, je joue de la guitare, et ma manière de participer à la vie de bord, c’est en entretenant de grands débats avec mon cap’Dave et ma co-tchèque, ou en leur grattant quelques morceaux. Les manœuvres sont très pépères, on avance à train de sénateur, les voiles battent parfois dans tous les sens sans que ça n’affole personne, relax, take it easy comme dirait notre copine Mika. Ou dans un autre registre, don’t worry be happy, ou, encore plus local, every little thing’s gonna be all right…. Aeolus zigzague entre les ïles, en contournant les nombreux rochers, dans un décor de carte postale à couper le souffle. Nous arrivons très tranquillement au premier mouillage de Jos Van Dyke, White bay, une longue plage de sable blanc devant laquelle on voit à l’ancre plusieurs catamarans et Bénéteaux de location. Je suis à l’étrave, jumelles en bandoulière, je cherche Dania. Je détaille le mouillage bateau par bateau, pas de Dania à White bay. Au second mouillage, quelques miles plus loin, nous jetons les chaînes, car c’est ici, à little harbour que nous devons passer la douane. Quand on navigue dans les caraïbes, on a intérêt à avoir le passeport solide, car entre toutes les ïles vierges américaines, les britanniques, et les autres, st Maarten Franco-hollandaise, Trinidad, Domenica, etc…on passe son temps à se faire tamponner à l’immigration quand on passe d’une iles à l’autre. Ce qui personnellement nous réjouit avec Maya, on demande des tampons bien propres, bien jolis, bien droits, on se compare les passeports, les visas, les voyages, on a hâte de devoir en commander un nouveau ! Dans ce mouillage non plus, pas de Dania en vue. Le jour commence à baisser, on se dit qu’on ira pas plus loin. Nous continuons nos recherches dans un troisième mouillage. Pas de rouge, pas de blanc, rien, niet, nada. On nous dit qu’il y a des dizaines de mouillages sur l’île, all around ! Dave dit Anna I’m sorry, we’ll have to come back to the previous anchorage and wait untill tomorrow to find them. Maya dit, call them and ask where they are. Je dis, but it is going to kill the surprise effect ! Et au moment où je m’apprête à composer le numéro, je demande à un cata devant lequel nous passons s’il n’ont pas vu le damné bateau. Le nombreux équipage me répond :
- Is Dania the name of the boat ??
- Yeeeesss it iiiss !!!
- Yes it’s in the next anchorage, one nautical mile away more or less!
- Are there four Danish guys on it?
- Yes, four Danish boys in little bathing suits!!
- Thank you so much, one of them he’s my loveeeeerrrr!!!!
- OOOOOooooohhhhh! Good for you!!
Surréaliste… Je suis à l’étrave, je piétine d’impatience, les jumelles vissées aux yeux je guette le bateau rouge et blanc. Enfin, J’aperçois de loin la basse et longue coque profilée de Dania, la ligne rouge , et à l’avant, tendus aux hautbancs à la proue, un hamac se balance, c’est Andy qui est dedans, c’est sûr, c’est certain ! Le mouillage est splendide, sauvage, naturel, des petits îlots, des blaches blanches de sable fin, une ouverture sur les vagues qui déferlent au loin, des eaux calmes et claires, une végétation verdoyante, et le soleil qui colore ce tableau dans la douce lueur de son coucher. Nous arrivons tout près de Dania, par sa poupe. J’attrape ma guitare, je m’assieds sur le rouf, et je joue une musique qu’on aime beaucoup tous les deux, Guaranteed d’Eddie Wedder. Rasmus, son co-equipier, assis dans le cockpit, me voit en premier. Il hallucine complet, je lui fait chut de la main, il ne dit rien, et bientôt, tout doucement nous arrivons à hauteur du hamac. Finalement, Andy tourne la tête, et là, il me voit, assise jambes croisées la gratte à la main, alors qu’il m’avait laissée toute triste et désolée quatre jours auparavant, sur les quais de Philipsburg, et me pensait mourante d’amour, traînant mon chagrin sur les catways des marinas de St-Maarten. Je ne vous raconte pas l’émotion que je ressens, quand je vois son visage figé d’étonnement… Nous faisons encore un tour entier du bateau avant qu’aucun mot ne soit prononcé, je me sens toute chose et ne sait pas quoi dire, les danois sont tous estomaqués, Andy se lève mais ne dit toujours rien, on est tous statufiés pendant quelques courts instants où le temps arrête sa course, c’est complètement magique, c’est complètement fou, je n’ai jamais vécu ni fait pareille chose dans ma petite vie, je ressens un bonheur à nul autre semblable, je flotte sur un petit nuage, transportée par l’amour… Finalement Andy attrape son kayak gonflable pour venir me cueillir sur Aeolus, et m’emmener un peut plus loin, à l’écart du banc de poissons qui nous regarde béatement nous éloigner.
Pendant deux jours nous allons et venons entre nos deux voiliers, nous retrouvons à terre ou sur l’eau, nous visitons deux magnifiques mouillages, buvons des coups, nageons, batifolons librement pendant les plages de temps libre qu’Andy s’accorde, car il doit préparer Dania pour 800 miles de nav, cap à 0, au nord, sur les Bermudes.
Quand je ne suis pas avec lui, je passe mon temps avec Maya et Dave, sur Aeolus, ou sur la plage du mouillage, à discuter, à jouer de la guitare, à vivre la vie tranquillement et simplement. Je m’exclame à peu près toutes les trente secondes que je n’ai jamais vu d’endroits aussi beau, de gens aussi cool, vécu de moments aussi parfaits…Le dernier après-midi, je demande à un bar sur la plage si je peux jouer devant leur terrasse. Bobby, grand black taciturne de soixante ans, me dit let’s hear how you play, et me colle une guitare dans la main, je dois passer une audition. Je lui joue Harvest de Neil Young, le seul client du bar applaudit chaudement, Bobby dit OK, come tonight anytime you want.
Ponctuelle avec moi-même, j’arrive à vingt heures pétantes, et branche sur l’herbe à côté de la terrasse, à l’extérieur du bar pour que les passants entendent et s’arrêtent. Les équipages d’Aeolus et de Dania sont là pour faire la clappe, je suis bien entourée, l’endroit est cool et décontracté, on est entre marins, on est entre copains, c’est le bonheur. La première chanson, Liberta, est chaudement accueillie, les passants s’arrêtent, les clients applaudissent avec enthousiasme, je fais donc un show très relax, très à l’aise, je parle longuement de mon voyage, explique chaque chanson, joue deux compos, et dédicace trois morceaux aux personnes les plus importantes de ma vie, ici, maintenant, ce soir, Maya, Dave, et Andy. A la fin je compte les sousous, j’ai gagné 63 dollars, une belle perf, et un billet de vingt que me met dans une joie peu commune, cupidité quand tu me tiens !!!
Le lendemain Dania doit prendre la mer pour les Bermudes. Dave lève l’ancre à 7h du mat’, il a la délicate attention de ne pas me laisser regarder partir Dania, il est toujours plus facile d’être celui qui s’en va que d’être celui qui reste…Bye Andy, and again, see you someday, somewhere, somehow ! Mange Tak min ven, vi er heldige mennesker, jeg vil altid huske disse pragdtfulde dage !

mercredi 21 avril 2010

L'ours blanc du grand nord

Mes enfants, il s’en est passé des choses depuis deux jours… Le lendemain de ce cette super journée, ultra lucrative somme toute, Maya me rejoint chez moi, et nous partons pour la plage de Grand-Case, mon spot préféré. Et là, je vous le donne en mille, qu’est-ce qu’il se passe ? Un type me reconnaît d’NRJ 12 ! Tout bonnement hallucinant le nombre de glandus qui regardent cette chaîne, bref. Il me dit qu’il s’installe à St Maarten, qu’est-ce que j’en pense, ai-je des conseils à prodiguer ? Je prodigue, il frétille de contentement dans son long short fuchsia, il est tout excité à l’idée de vivre une vie pépère faite de plage, pourboires et rhum coco. Maya m’apprend ensuite qu’elle a décidé d’embarquer avec Dave d’Alaska, sur son bateau de treize mètres, Aeolus, pour aller dans les US Virgin Island. Et là, je m’entends lui dire, j’irais bien avec vous. Maya saute de joie, I am so happy, I so wanted you to come ! Alors, voir ma petite Maya, qui est inconsolable parce qu’elle ne trouve pas de job et qu’elle n’ a plus un rond, tressaillir de joie à cette déclaration, ça me transporte, tout simplement, et je dis, ok Maya, Let’s go together, You’ll find good job, and I’ll just sing in the street !
Nous revenons de la plage à 17H, Maya va sur le boat de Dave, qui paraît-il, est absolument ravi à l’idée que je les accompagne. Rendez-vous est donné le lendemain, embarquement à 17h, direction St-Thomas, dans les îles vierges américaines. Je suis on ne peut plus heureuse à l’idée de reprendre la mer et de retrouver le large. Comme nous ne connaissons Dave que depuis deux jours, nous prenons soin de copier les coordonnées de son passeport, que nous transmettons à Martin, chargé de donner l’alerte si dans trois jours, il n’ a pas de nos nouvelles. De mon côté je préviens juste Sophie que j’embarque avec un parfait étranger et que si dans trois jours je n’ai pas donné de news, elle doit sonner l’alarme. Ce jour là je ne chante pas car ma voix est crevée par la nuit que j’ai passée à bouser sur ma gratte.
Le lendemain, c’est le jour du départ. Nous nous retrouvons chez moi avec Maya, on internette, on café-cloppe, on est dans l’excitation des grands départs, je fais une valise toute légère, mais quand même, je me retrouve avec un chargement sur le dos, sur le ventre, un charriot dans une main, une valisette à roues dans l’autre. Nous débarquons sur le pontons tels deux mulets qui s’apprêtent à naviguer avec l’ours blanc du grand nord. Mais, nous n’avons pas pensé à l’immigration, donc le départ est remis au lendemain. Qu’à cela ne tienne, nous dormirons quand même sur Aeolus ce soir. Nous avons de grandes discussions qui tournent autour des rôles de nos différents pays dans la seconde guerre mondiale, et je dois dire que ce soir là, et le matin qui suivent, la France s’en prend plein la gueule par la République Tchèque et les Etats-Unis. Mes chers compatriotes, je nous ai défendu corps et âme, becs et ongles, je ne me suis jamais entendue encenser mon pays de la sorte. Ils ont été jusqu’à critiquer notre éternelle baguette, on croit rêver ! Bref, nous faisons la clearance, et nous levons l’ancre, direction plein ouest, vers le soleil couchant. Ils souffle une légère brise qui pousse Aeolus, sous grand voile et gênois, à 6-6,5 nœuds. J’apprends les différents termes d’accastillage en anglais, boom, fender, main sail, jib, etc… Notre mission est de maintenir Dave éveillé toute la nuit pour qu’il règle la course du bateau, qui a tendance à dériver régulièrement, you wanna a give it a plus two Anna, give it a minus three, ça sera comme ça pendant toute la nav. Je retrouve mes petits moments à l’étrave, et cette fois-ci, je ne pense pas à Martin, je pense à mon danois, tant et plus, je ne peux pas me le sortir de la tête. Il ya deux jours, nous étions dans son bateau. J’avais un peu bu, et avec la fatigue et la houle, j’étais bien pompette… Je suis allée m’assoupir dans la cabine. Il est venu me réveiller, et là, toute chancelante je me suis levée, et me suis jetée dans ses bras en lui disant I am falling in love with you … Il en est littéralement tombé à la renverse et nous nous sommes tous les deux rétamés sur le sol en bois de Dania, c’était d’un romantisme… absolute ! Bref, j’étrave, je pense au danois, au Danemark, à la Scandinavie en général, qu’il me tarde d’aller visiter…
Je dors beaucoup sur Aeolus, comme à mon habitude, je récupère en mer de ma folle vie à terre. A minuit Maya me réveille, je dois tenir Dave éveillé jusqu’au lever du soleil. Je lui fais donc tout simplement raconter sa vie. J’y consacrerai un chapitre plus tard, elle est assez passionnante. Dave est un prêtre mormon défroqué, qui a vécu sa jeunesse en hippie, bourlinguant à travers l’Afrique, l’Europe et l’Amérique. Il a été gigolo, charpentier, ingénieur, etc… Vers quatre heures du mat’, c’est à mon tour de lui raconter ma vie, mais il s’assoupit régulièrement, alors pour savoir exactement quand il est en train de dormir, je dis régulièrement « et c’est à ce moment là que j’ai décidé de me couper les jambes et de manger mes pieds ! » Deux ou trois fois, il ne réagit pas, le pauvre Dave tombe de sommeil… Régulièrement je lui dis, mais dors, je vais la régler moi ta course, mais il s’acharne et tente tant bien que mal de rester éveillé. J’en viens à lui parler du danois, et là, Dave se dresse d’un bond quand je lui dis qu’il est à Tortola, l’île que l’on aperçoit à 30 miles à peu près. Mais on y va tout de suite !!! Je change la course, on y est dans 4 heures !! Non Dave, il ne faut pas, j’ai été trop triste, je ne veux pas redire au revoir, c’est trop dur, c’est affreux ! Mais Anne, tu ne vas peut-être jamais le revoir, il faut en profiter tant qu’il est tout près ! Il bataille, je résiste. Mais Dave, le voyageur au grand cœur, a les mots qu’il faut pour convaincre, et bientôt, je ne rêve que d’une chose, retrouver mon danois sur les îles vierges britanniques, voisines des îles vierges américaines. Mais nous devons d’abord nous rendre à St-Thomas, dans les îles vierges américaines, car Maya veut absolument trouver un job là-bas.



Après une nav idéale de vingt-quatre heures, pleine de rires, d’histoires insolites, de soleil levant et couchant d’un absolu merveilleux, nous jetons l’ancre devant St-John, l’île où se trouve l’immigration. C’est tout petit, tout sauvage, il fait beau, la mer est turquoise, pas un français à des miles à la ronde, le bonheur, l’extase. A la douane, on nous fait des misères, Maya qui est passée par les Etats-Unis pour se rendre à la Barbade, se voit annoncer que son visa expire dans trois semaines, et qu’il faut qu’elle retourne en Tchéquie pour le faire renouveler, ce qui nous paraît totalement saugrenu. Mais devant le sérieux très administratif de nos douaniers, nous n’osons piper mot. Pas de job pour Maya aux US, il faudra trouver une autre solution. Nous levons l’ancre à nouveau, direction st-Thomas, à vingt minutes de nav, le QG de Dave, il y a tous ses potes, et toutes ses habitudes. St-Thomas est aussi charmante que St-John, et au bonheur, Aeolus a sa place réservée sur un ponton, qui dit ponton dit voisins, et qui dit voisins dit copains !!! Aussitôt arrivés, nous partons en annexe nous baigner sur Happy Island. Avec Maya on a une stratégie, on se fait un max de potes parmi les locaux pour pouvoir lui trouver un job au black, et me dégoter un voilier qui retourne à St-Maarten.

Nous nous baignons, à côté de nous, deux hommes jouent avec un chien dans l’eau, et tout simplement je nage vers eux et engage la conversation. L’un est allemand, l’autre texan, ils vivent sur des bateaux, le texan est gardien d’une île, et l’allemand a fait rentrer suffisamment d’argent dans ses caisses en restaurant de vieilles baraques en France, pour vivre pépère sans bosser jusqu’à la fin de ses jours… Le chien s’appelle Maya comme Maya, ce qui nous fait tous bien rigoler pendant un bon quart d’heures. Personne ne fait route pour vers St-Maarten à leur connaissance, et pour le job, ils passeront nous voir ce soir. Nous rentrons sur Aeolus, et mettons au point la stratégie big surprise for danish lover. J’envoie un texto que Dave veut me dicter : « Andy, tu es l’homme de mes rêves, j’ai désespérément besoin de te voir, j’ai besoin de toi, mon être tout entier a besoin de toi, mon corps tremble d’amour pour toi !!» Pas question Dave ! Nen mais tu t’es cru dans les feux de l’amour ???!!!! Très sobrement, je lui demande jusqu’à quand il reste dans les îles vierges. Je comprends d’abord qu’il n’y reste plus qu’une journée. Survolté, Dave est déjà sur le point de larguer les amarres, il hurle à tous les vents, we must go RIGHT NOW ! Mais en fait Dania reste jusqu’à Samedi, Dave se calme, reprend ses esprits, nous irons demain Anne, je vais radicalement changer vos vies, Maya va trouver un job, et toi, tu vas te marier et avoir plein d’enfants, plus tard, vous me remercierez. So sweet ! Dans son élan de solidarité, notre skipper offre à Maya de lui raser les jambes, devant mes yeux écarquillés..Je n’en reviens pas ! Dave, d’Alaska, prêtre mormon défroqué, est en train de raser les jambes de Maya la tchèque, qu’il a rencontré dans un bus il y a quatre jours… Surréaliste !

Le texan arrive en annexe à hauteur de notre ponton, et nous invite à dîner d’ un barbecue sur le beau yacht de l’allemand, ce que nous acceptons avec enthousiasme. Nous nous rendons tous les trois en annexe sur Blue Sun, où nous attendent filets mignons, côtes de porc, patates aux herbes, pâtes à la bolognaise, bananes flambées et petit vin rouge. Nous passons une soirée charmante à discuter des caraïbes, des visas américains, d’Hambourg, etc… On échange, on partage, et on s’instruit, on apprend notamment avec stupéfaction, que les schtroumpfs, qu’on appelle les smurfs en anglais, sont d’origine tchèques. Et le plus bizarre, c’est que ça n’est pas Maya qui nous l’apprend, mais le texan, qui se verra répéter par notre skipper effaré, toute la soirée longue, « but how the fuck did you now the smurfs were czech ??!!! ». Nous prenons congé, remercions grandement, et repartons sur notre annexe, non sans faire un peu les fous en passant en dessous des énormes catas amarrés aux catways.

Maya et moi ne revenons toujours pas de cette folle rencontre avec l'ours du grand nord, et on se dit que c’est tout simplement génial de pouvoir créer des liens et des souvenirs aussi facilement avec des gens qui vous sont, au départ, parfaitement étrangers.

dimanche 18 avril 2010

Ups and downs

Les jours se suivent mais ne se ressemblent pas quand on chante dans la rue. Je vais de joies en déceptions, je passe de la déprime à la surexcitation, je pense que je vais faire un arrêt cardiaque à un âge précoce.
Ce matin je me réveille, comme tous les matins, jusque là, rien d’anormal, le soleil, lui aussi s’est levé, alléluia, l’ apocalypse est remise à plus tard . Omelette, internet, il est bientôt midi, l’heure d’enfiler mon habit de lumière pour aller chanter sous les cocotiers. Je me branche à 13h pétantes sur la place du front de mer, il n’y a pas autant de monde que la veille, mais beaucoup mettent de l’argent dans la boîte, il y a notamment de nombreux va et viens d’employés des magasins bordant la place, ils bossent dans des boutiques de diamants, bijoux, dans le luxe, et ils débarquent tous un par uns, des blacks massifs, moulés dans leurs pantalons de costume, et à grands pas décidés, ils me foncent droit dessus, puis glissent lestement leurs dols dans la boîte pour s’en retourner aussitôt sous les spotlights de leurs vitrines, derrières lesquels ils m’observent, ou m’enregistrent sur leurs iphoneblackberry. Je chante le même temps que la veille. Maya est là, qui enregistre tout, flanquée d’un marin qu’on a rencontré dans le minibus, la jeune cinquantaine, Dave, qui nous vient tout droit d’Alaska, tout bonnement hallucinant, première fois que je rencontre quelqu’un de cette région ! Il nous a demandé avec Maya si on était musiciennes, en nous voyant charger le bus de tous mon petit monde, on a expliqué ce que je faisait, on lui dit que s’il voulait savoir ce que c’ était comme musique exactement, il n’avait qu’à nous suivre, ce qu’il a fait par la suite. Il a demandé au chauffeur où il pouvait acheter du fuel pas cher, et là, Maya s’est occupée de lui, lui a tout montré sur un carte, par où passer, sous quels ponts, quelle hauteur, c’est quoi ton bateau, mais tu viens d’où, mais tu vas où, et c’est quoi la longueur de ton boat, moi c’est 7.7, c’est petit t’as vu, on est à deux dedans, je vais me tirer une balle, je pète un câble !!!! On arrive à la place du front de mer, Dave descend avec nous, et nous dit qu’il nous retrouve plus tard, il va chercher des trucs pour son bateau. OK. T’as le double de notre âge, tu t’appelles Dave, tu viens d’Alaska, on te connaît depuis vingt minutes, et on se retrouve plus tard, tout va bien, c’est normal. Avec Maya, on commente : « Trop sympa ce type, il vient s’Alaska en plus, c’est complètement dingue. .. ! ». Donc Dave part faire ses petites affaires, nous faisons notre petit business sur la place avec Maya, on ramasse des sous, et malgré le peu d’affluence, j’ai envie de dire que le lien s’est crée, que la mayo a pris, et je compte plus de dols que la veille, ce qui me met dans une humeur très sautillante. Dave arrive juste à la fin du show, quand je débranche. Ah bah mince alors, bon bah t’as qu’à venir au prochain, on y va maintenant là tout de suite. Nous allons donc tous trois chez Delphine. Mais là, Delphine elle me dit que la veille, sa serveuse n’ a ramassé aucun pourboire parce que les clients m’ont tout donné, donc si je veux chanter, faudra que j’attende la fin du service. Qu’ à cela ne tienne, je pars à la recherche d’une autre terrasse, je la trouve, et nous voilà rebroussant chemin tous les trois clopin-clopant… Dave dit « We are following you like puppies », j’explose de rire, you speak your mind, it’s nice ! Il y va pas par quatre chemins Dave, il est assez surprenant ce type. Je m’installe devant une grande terrasse en bord de mer, Dave et Maya prennent place sur un banc derrière moi. Je me branche, et on va dire, heureusement qu’ils applaudissent à tout rompre, parce que c'est-à-dire que sinon, je serais au bord de la crise de nerf. Les gens sont d’une mollesse, c’est pas croyable, rien à voir avec la place du front de mer. Mais les mamas blacks vendeuses de pacotilles sont là pour me remonter le moral, et la mine réjouie de Dave est très réconfortante ! Dave, on va vous le décrire: son vrai nom c’est David, et il dit qu’en Amérique du sud, quand il disait aux gens qu’ils s’appelait David, ils levaient la tête vers lui et disaient, non, pas David, Goliath ! C’est une grosse baraque imposante, il doit faire un bon mètre quatre-vingt dix. Il a le cheveux bouclé, gris et foisonnant, une grosse goofa mal débroussaillée, une barbe de trois-quatre jours, les yeux bleus, le nez droit et fin, et un large sourire sympathique. Il a une bonne tête quoi, c’est un gros nounours. Je termine le tour, fais un tour des tables, et ne ramasse que vingt dollars. Je suis tout simplement outrée. Vingt dollars, mais où sommes-nous ? Je digère très mal, ça ne passe pas du tout. Dave prend congé, il reviendra ce soir à la marina Royale. Nous allons boire un café avec Maya, au Greenhouse, le café de bobby’s marina, le qg des danois. Là c’est plus que je ne peux supporter, et je quitte la table pour aller pleurer de rage et de tristesse dans un coin, tout d’un coup, je me retrouve au 36 dessous, comme ça, en moins d’une heure, je passe de la joie du super tour de la place, à une déprime incommensurable…aaaahhh ! C’t’agaçant !
Finalement nous rentrons à Marigot. On se douche, on se repose, et on part avec tout le petit chargement à la marina. Et là, je me souviens des réflexions des serveurs du resto de gauche, la veille. Ils m’ont posé des questions sur garçon de café, comme quoi c’était pas vraiment sympa pour les serveurs, alors que je précise à chaque fois que ça parle du seizième et pas du reste... Et ils ont ajouté que je chantais des chansons trop tristes et qu’ils allaient se tirer une balle. Very nice… En même temps, c’est vrai que j’envoie pas du désanchantée à toutes batteries, donc je me dis, au lieu de changer de répertoire, je vais tout simplement changer de spot. Je me mets donc dans un coin, où il y a des marches, je suis surélevée, et comme je suis à l’angle d’un angle droit, au lieu de viser deux terrasses, j’en vise quatre, soit le double… et cinq même, car dans le coin, il y a un tout petit cyber-bar, qui est resté ouvert, et ce cyber bar aura son importance dans le déroulement de la soirée. Je me branche donc, je me présente aux quatre terrasses, je joue, ça applaudit, les serveurs sont ultra contents, ultra solidaires, mettent tous des sous dans ma boîte, un couple de clients en met deux fois, ça sourit dans tous les sens, il n’y a que des bonnes ondes ! En fait avant j’ai fait l’erreur de jouer devant les deux restos qui faisaient le plus de couvert, le Village, et le resto des méchants serveurs. Par conséquent, l’accueil était aussi arrogant que le chiffre d’affaire. Dans ce coin de la marina, on fait un peu moins de couvert, du coup, on crache pas sur tout ce qui peut concurrencer les deux malabars du bout du ponton.
Je fais mes acrobaties, je ramasse plein de sousous, quasiment le double des fois précédentes, je suis aux anges, je rencontre des canadiens, je leurs demande si je peux me tirer une bûche (puis-je m’asseoir), je virevolte de bonheur et de langues vivantes entre les tables, les gens sont de partout, Québec, New-Jersey, Paris seizième, Puerto Rico, et ils sont trop sympas, quelle ambiance, non mais quelle ambiance !Tous les restos acceptent que je passe aux tables des terrasses, les serveurs disent que c’est bien, c’est chouette, c’est sympa, ça change, ça fait de l’animation, tout ça tout ça, oh mes alleux !!
Je rejoins Dave et les tchèques au cyber-bar, la patronne me reconnaît d’NRJ 12, elle est trop contente, elle a appelé son mari et ses fils pour qu’ils viennent écouter, quand ils arrivent je rejoue, des compos, des nouvelles reprises, je parle, je plaisante, tout ça en français, c’est tout à fait inhabituel. Toute la petite famille du cyber-bar est là, qui applaudissent et encouragent. Ils me donnent 30 dols à la fin, et nous offrent toutes nos consos ! Trop symmmpa !
Ensuite le gérant d’un des restos vient me voir et me demande si je peux chanter le lendemain en exclu devant leur terrasse à eux, en échange de quoi ils m’offrent le repas et mes consos, j’accepte tout de suite. Et, cerise sur le gâteau, un autre gérant d’un des deux malabars, jaloux du succès de notre angle, me demande de revenir devant sa terrasse, et me dit qu’il faut pas que je me formalise pour les méchants serveurs, dans ce resto c’est tous des saligauds. La patronne du cyber-bar tient un autre bar, la flibuste, où elle organise des soirées de temps en temps, est-ce que je peux participêr ? Mais oui bien sûr, c’est la fête, je vais chanter partout, on va tous se faire des couilles en or !!!
Après le tour, nous restons là, à discuter, les tchèques, Dave, les gens du cyber-bar, ambiance conviviale, c’est fraternel, c’est bon enfant, c’est trop sympa !
Je rentre à la maison toute contente finalement, je compte et recompte les billets que j’irai soigneusement déposer à la banque lundi matin, j’en ai plein, j’en ai trop !!! Je suis surexcitée à la vue de tout cet argent que j’ai gagné, je trouve cela irréel, trop facile, trop agréable, et comme je suis occupée à chanter et à me déplacer toute la journée, je n’en dépense quasiment pas, la vie fait bien les choses !

Et toute la joie de cette journée pleine de rencontres et d'émotions fortes me tient réveillée toute la nuit, que je passe à bouser tant et plus sur ma guitare, toute inspirée que je suis par les surprises de ce voyage, et le remue-ménage permanent que je vis depuis que je suis partie...!

samedi 17 avril 2010

The very lucky one

Bon, mes enfants, j'en suis à présent persuadée, il y a une bonne étoîle au dessus de ma tête, un ange gardien derrière mon épaule, un tapis volant sous la semelle de mes tongs. Hier soir, j'ai fait une rencontre, qui j'en suis sûre, va changer le cours de mon destin, si je sais la mettre à profit.

Nous sommes à la Marina Royale de Marigot. Toute ragaillardie par mes deux tours du côté hollandais, je branche mon équipement avec soin, en confiance, ce soir je vais chanter, et raconter un peu ma vie, cet après-midi, ça a bien marché, on va voir ce que ça donne maintenant. Pour changer, apràs avoir chanter Liberta, je me présente, mais en français cette fois-ci, Anne, bateau-stoppeuse, chanteuse des rues, voyageuse, etc... Mais les gens sont toujours aussi mous. A part cette blonde assise là-bas, qui prend soin d'applaudir à chaque fois, je l'ai dans mon champs de vision, et ma foi, elle à l'air tellement sympatique à applaudir malgré la mollesse ambiante, que je la prends pour une américaine, elle ne peut pas être française, ça n'est pas possible. Quand je passe à la table où elle est assise avec son mari, pour remplir ma boîte, ils me proposent de revenir boire un verre avec eux après mon tour, ce que j'accepte avec plaisir. Je re-chante, je ramasse des euros et des dollars, et je vais siroter une menthe à l'eau avec ce gentil couple. Ils sont français (mais que je suis mauvaise langue, pardon la France!)et ils ont une vie tout à fait passionnante, et je me sens tout de suite assez proche d'eux, car ils ont un parcours qui me fait rêver. Une vingtaine pleine de folies, de voyages et d'aventures, une trentaine calme et posée en pleine nature, à Annecy, une ville que j'adore, et où je rêve de m'installer une fois que je serai fatiguée de la bourlingue, et que je me mettrai en tête de pondre une jolie portée de petits moutards. Lac, montagne, fromages et vin blanc, pour moi, Annecy, c'est the place to be, to be happy. Cécile et Dimitri ont tellement de choses à raconter, de conseils avisés à donner, je suis toute oreille, je bois leurs paroles, je me délecte de leurs récits et de leurs expériences, qu'ils ont la gentillesse de partager avec moi. En anglais, on dirait qu'ls sont des "giver", des donneurs, ils sont généreux, Cécile et Dimitri. Ils me notent tout un tas de contacts qui me serviront pour travailler à Paris en tant que chanteuse, car Cécile était dans l'évènementiel d'entreprise. Dimitri qui lui, est bien implanté dans le milieu du voyage et de l'aventure, me donne des contacts pour que je puisse mettre à profit ma bourlingue, et monter mon projet de docu voyage musique. Ils m'encouragent beaucoup, me disent de ne pas avoir peur, de me montrer courageuse et culottée, et cerise sur la gâteau, ils me félicitent pour mon show, qu'ils trouvent très "pro"! Je suis pro! Le bonheur! Je pense que Cécile et Dimitri, à qui j'ai donné tous mes liens internet, sont peut-être en train de lire ce post, et encore une fois, je les remercie de l'attention dont ils ont fait preuve à mon égard, et de ce joli moment qu'ils m'ont offert. Je les remercie de m'avoir fait partager leur histoire, leurs expériences, leurs récits m'ont donné de la force et de la confiance pour la suite. Je pense que la meilleure façon de les remercier, serait de faire bon usage de tous ces petits coups de pouces qu'ils m'ont donné, et de réussir à monter mon docu. Une fois de retour à Paris, je mettrai toute mon ardeur et mon envie dans ce projet, qui, grâce à eux, pourra peut-être voir le jour, si je m'y prends intelligemment.

Merci Cécile et Dimitri, merci pour toutes ces bonnes paroles, merci pour tous ces récits, merci pour tous ces coups de pouces, et merci aussi au Grand Ordinateur, qui vous a mis sur ma route, et moi sur la vôtre!

Et les enfants, si vous voulez une idée de sortie sympa sur Paris, allez tous les premiers mardis du mois au café Zango près des halles. Là, des voyageurs au long cours se rassemblent, et partagent leurs récits d'aventures. Ca s'appelle "Les cafés de l'aventure".

Voilà, maintenant, y a plus qu'à...

vendredi 16 avril 2010

The lucky one










Je me suis réveillée ce matin, en bien meilleure forme que la veille, le cœur un peu moins gros, un peu moins lourd. Aujourd’hui, le programme est simple : attaquer le côté hollandais ! ça fait très longtemps que je veux chanter là bas, mais mon chargement de mulet m’en empêchait. Ce matin, j’ai le courage pour me déplacer jusqu’à Philipsburg. J’ai donc chargé le minibus public de tous mes instruments, payé pour deux passagers au lieu d’un, et je suis arrivée sur la place centrale du front de mer de Philipsburg, bordée de petits bancs que surplombent de hauts palmiers. Les gens passent, leurs emplettes à la mains, et ils se reposent au frais. Pour une fois, pas de terrasse, pas de café, c’est eux et moi, ceux qui écoutent sont là pour écouter, et moi je suis là pour chanter, et gagner des sous. On est du côté hollandais, presque pas de français, mais quand même un couple qui me reconnaît de la télévision, (décidemment), je suis donc complètement à mon aise. Je parle, je raconte ma vie, mon œuvre, ma tragédie grecque de la veille, je la joue sincère, thérapie de groupe, we are all here together today to heal my broken heart, applause !!! Les gens aiment, on se rue sur ma boîte, on m’encourage, on me félicite, on me soigne, et je guéris ! Je joue une petite demie-heure, fais mes acrobaties, peinarde au soleil, sur le grand espace que m’offre cette place. Je ramasse 40$, que je compte un peu plus loind dans un petit café français qui longe le bord de mer. Les deux patronnes, Delphine et Brigitte, sont fans de Dalida et des chants du chœur de l’armée rouge. Je me sens tellement bien ici , que je demande si je peux chanter pour leurs clients. Elles acceptent, je branche, et là, miracle, tout le monde écoute, regarde, applaudit, je suis aux anges. Je la joue aussi à l’aise que la fois précédente, si ce n’est plus. Une petite demie-heure de chansons, tout le monde passe par ma boîte avant d’aller payer, les patronnes sont ravies, mon jus pressé est offert, je peux revenir quand je veux, et 45$ dans ma boîte, le bonheur ! Je rentre bien vite à Marigot, me remettre de toutes mes émotions. Sur le chemin du retour, je compare mon humeur à celle de l’aller, et je me dis, I am the lucky one. Il me suffit d’aller pousser la chansonnette dans la rue pour que je sois remise de mes peines, et même si encore, le cœur me serre, je retrouve avec ma guitare et mes passants, toute ma joie de vivre et mon bonheur d’aller.




(soupir) Que c’est bon la vie !

jeudi 15 avril 2010

(soupir)

Ces derniers jours furent un vrai délice. Je les ai passé à profiter des petits bonheurs dont la vie vous fait parfois cadeau. Parfois, elle met sur votre route des personnages qui se promènent avec vous quelques jours seulement , et partagent vos joies. Le moment est éphémère, mais le temps coule tout doucement et vous fait vivre chaque instant intensément. Sans jamais vous ennuyer, vous vous habituez à n’être plus seul, et tout d’un coup, seul, vous ne voulez plus l’être. A deux, on est bien. On est bien à deux, quand on n’est qu’un. Mais, comme dirait notre copine, il faut un temps pour tout. Alors, tout feu tout flamme, soudain on s’assagit, et on se dit, jolie parenthèse, enchantée, charmée même, soyez heureux, portez-vous bien, et que Dieu vous ait en sa sainte et digne garde. Le plaisir est partagé. Après s’être croisées, vos routes se séparent, et vous laissent dans la douce mélancolie de merveilleux souvenirs. Un pied devant l’autre, seul à nouveau, vous avancez bien, mieux qu’avant même, mais avec ce poids sur la poitrine, comme quelqu’un qui tiendrait dans sa main votre cœur, et le presserait pour en faire sortir les larmes que vous vous refusez à laisser rouler de vos yeux.

(soupir) Que c’est dur la vie !

Une véritable tragédie grecque s’est jouée cet après-midi sur les pontons de Bobby’s Marina. Le gentil danois a mis les voiles, cap sur les îles vierges. La petite française a voulu se noyer de chagrin dans l’eau croupie du port. La courageuse tchèque l’a rattrapé au vol, et ligoté au taquet d’amarrage. L’œil rougi, la joie en berne, la petite française a regardé disparaître dans la ligne d’horizon l’esquif danois. Plus tard, elle est allée chanter son chagrin sur d’autres catways , pour d’autres marins, et des touristes ventripotents passablement déprimants. La française savait que le danois partait, mais elle ne pensait pas que ça serait aussi terrible de le regarder partir…

Mais ! La musique adoucit les françaises enragées, et pour une fois, sans trainer la patte, j’ai mis tout mon petit cœur brisé à l’ouvrage, j’ai parlé haut et clair, j’ai chanté bien et juste, et j’ai gagné en dollars et en euros, ce que j’avais perdu en frissons de bonheur… C’est donc reparti pour un tour, c’est reparti pour vingt jours, et, soleil ou pas, je chanterai désormais midi et soir, en Hollande et en France, je me viderai la tête et remplirai mes poches, et pis c’est tout ! Au revoir le gentil danois, adiou adiou !