samedi 10 avril 2010

Back on track

Il y a une semaine, pour ma plus grande joie, les tchèques sont arrivés. Grandes retrouvailles, j'ai retrouvé ma soeur de coeur, ma Maya, égale à elle-même, combative, acharnée, généreuse, accueillante. J'ai retrouvé Martin, toujours aussi aventurier, toujours aussi fou. Je suis tellement contente de les voir! Je les arrose de souvenir brésiliens, une paire d'havaïanas chacun, un paréo pour Maya, une casquette pour Martin, et un pavillon brésilien qu'Alya pourra arborrer fièrement si elle navigue jusqu'aux eaux chaudes de l'amérique latine. Ce qui ne sera pas le cas cette année. Martin, crazy Martin, va passer le panama et rejoindre la Nouvelle-Zélande par le Pacifique. Maya en a marre de naviguer, de son côté, elle cherche activement un job à bord des nombreux bateaux de croisière qui accostent sur notre petite île. On se raconte nos longs mois passés séparément, où il nous est arrivés à tous des choses plus folles les unes que les autres. C'est tellement bon de se revoir! Je suis absolument aux anges. Le lendemain des retrouvailles avec les tchèques, une autre surprise m'attend, les danois rencontrés à Mindelo sont arrivés à leur tour! Grandes retrouvailles aussi, il y a Andy, Lasse et deux nouveaux que je ne connais pas, Rasmus et Denis, qui sont très sympas. J'ai laissé loin derrière le portugais, à présent je perfectionne mon anglais, et apprend le danois, et le tchèque. Le danois c'est très difficile, mais c'est pas impossible. Je peux dire bonjour, comment ça va, bien merci, nom de Dieu, chéri, c'est vrai, et merci. J'imprime tout doucement. Galvanisée par l'arrivée de tout ce petit monde, je me décide enfin à chanter. A 19h, hier, je transporte tout mon bardas, sans charriot, grâce à la nouvelle batterie, toute légère. Je m'installe devant les terrasses. Le patron de l'une d'elle vient me voir:
- t'as demandé la permission?
- non. Je n'utilise pas votre électricité, je ne vois pas pourquoi je demanderais quoi que ce soit.
- ah, original. Faut demander quand même, et si on aime pas?
- si vous m'empêchez de jouer vous ne pourrez jamais savoir si vous aimez ou non.
- bon, joue, on verra.
Je joue liberta, il lève les deux pouces avec un grand sourire, c'est gagné. Lui et le patron de l'autre restaurant mettent chacun 5 euros dans ma boîte. les enfants font des aller-retours entre leurs tables et ma boîte avec des billets de 1 dollars, les gens donnent, apprécient, applaudissent timidement, mais on connaît la mollesse des occidentaux, je ne me formalise pas. Au milieu de show, je passe entre les tables. Un jeune couple de français est ravi. En fait ils m'ont laissé traverser la rue, et quand ils m'ont vu avec tout mon bordel sur le dos, ils ont été intrigués, ils se sont garés, et ils sont venus voir ce qui se passait. Le jeune homme est musicien, et il joue du rock alternatif avec son groupe sur l'île. Il voudrait, si son groupe est d'accord, que je fasse la première partie de son concert. J'accepte tout de suite, car ça veut dire que je pourrai utiliser leur matos, j'aurai peut-être enfin un son parfaitement propre. Il me parle aussi d'un évènement, sur lequel il va essayer de m'inscrire. Une fois par an, tous les musiciens de l'île se réunissent et jouent chacun une demie-heure devant tous les patrons de restaurants et de casinos. A l'applaudimètre, on sélectionne le meilleur, qui gagne un prix, et la reconnaissance parmis toutes les îles caraïbiennes. Après les patrons font leur marché parmis les artistes. Il va tout faire m'a-t-il dit, pour que je puisse m'inscrire. Je ne m'emballe pas, pour le moment je considère que c'est mort, histoire de parer la déception. Je ramasse après mon tour, 61 dollars, et 29 euros. Me voilà relancée, je suis rassurée, et, ravie. Je finis la soirée tranquilou bilou avec les tchèques et les danois. Au programme aujourd'hui, surf avec les danois qui eux font du kyte, et concert à la marina, la vie est belle....

Je ne veux pas travailler...

Je suis arrivée aux Caraïbes absolument crevée comme jamais. Mes vols d’avion ont été assez chaotiques. J’ai failli rater les deux d’ailleurs. Le premier, à Sao Paulo, j’ai failli le manquer parce que j’avais trop de bagages. Au check-in, ils m’ont dit que je devais payer 300 dollars de billet d’avion en plus… J’ai fait ma râleuse évidemment, et ai tenté de négocier et négocier, je n’ai pu faire descendre le prix que jusqu’à 200. Je me retrouve à être la dernière à embarquer, accompagnée jusqu’à mon avion par un employé de l’aéroport, à qui j’ai confié mes cartes postales, et qui visiblement, a fait tout et n’importe quoi, sauf les poster… J’arrive de justesse dans la cabine et passe un voyage atroce, toute comprimée sur mon siège minuscule. Après 9h de vol, j’arrive à New-York, à 6h du mat. Je dois récupérer mes bagages et les enregistrer de nouveau. Mon prochain vol est à 8h. A priori j’ai le temps. Mais c’est sans compter sur le zèle des douaniers, qui décident d’ouvrir et de fouiller tous mes bagages, que j’ai en plus très soigneusement fait emballer dans du plastique anti-mules à cocaïne et autres délices en tous genres. Désespérée devant le temps qu’ils prennent, je sors ma guitare et chante des chansons pour décompresser. Ils apprécient beaucoup. Je veux immortaliser le moment, propose une photo souvenir, allez tous ensemble devant l’objectif, all together my friends! Mais ils refusent… Ensuite je m’emploie à leur dire, vous avez oublié cette trousse de toilette là, et vous savez qu’il y a des gens qui mettent la drogue dans du plastique, bien emballé, ils vident leurs shampoing, mettent le sachet, et le re-remplissent ensuite, vous avez vérifié mes shampoings, mes savons ? Et là à l’intérieur de l’ampli, vous avez regardé ? Non ? Et vous ne vérifiez pas ? Et si je vous dit que j’ai de la cocaïne dans la doublure de mon soutif, vous dites quoi ? Vous vous en foutez ? Vous n’allez pas me faire la fouille intégrale par un membre féminin de votre équipe ? Je suis déçue, c’est un manque de professionnalisme de votre part, j’en réfèrerai à vos supérieurs, tremblez malheureux ! Bref, après une heure de bonne rigolade, j’ai finalement été relâchée, à 7h50. J’ai dix minutes pour attraper mon vol. Mes bagages enregistrés, je trace jusqu’à la porte d’embarquement, et là personne. Je questionne, on me dit qu’ils ont tous embarqué. Panique. Une hôtesse est là, je lui saute à la gorge, faites quelque chose !!!! Attendez, je vais voir. Elle téléphone à une hôtesse qui heureusement se trouve encore dans la passerelle. Elle vient me chercher, m’emmène au bout de la passerelle de laquelle l’avion s’est déjà désolidarisé, et avec son talkie, elle appelle le pilote, qui revient me chercher. Je n’en reviens pas. L’avion se rapproche comme par magie, ouvre sa porte et je m’engouffre à l’intérieur, sau-vée !!

J’arrive à Juliana airport. Je me sens tout chose. La transition est trop brutale, je n’ai pas encore eu le temps de m’accommoder à l’idée que je suis ici, maintenant. Je suis complètement déboussolée, l’avion c’est trop rapide pour voyager, on a pas le temps de rêver la destination. Je demande au taxi de m’emmener dans un hôtel pas cher, il me dépose à l’hôtel du centre, juste à côté de la coquette marina de Marigot. Je m’installe, et à vrai dire, je ne bougerai pas de cet endroit pendant un bon mois. Je fais une saturation d’à peu près tout. Je n’en peux plus des gens, du soleil, de la chaleur, et en plus je suis un peu comme en France, et j’ai l’impression que c’est déjà a fin de mon voyage. Je retrouve les gaulois et leur sempiternelle arrogance, leur aigreur, et ça me déprime. Je décide d’en profiter pour faire un break, un vrai. Un break de chaud, un break de shows. Je reste dans le petit studio que je loue grâce à la générosité de mes parents, je branche tout mon matos, et je jongle entre lecture, musique, sommeil, une petite plage de temps en temps, où je me rends avec un vélo tout pourri que j’ai acheté, histoire de me maintenir en forme. Pendant un mois je ne fais que ça et ne parle quasiment à personne. Jusqu’à ce qu’arrivent, quasiment en même temps, les tchèques, et les danois.

lundi 5 avril 2010

Tudo bom!

Cela faisait très longtemps que nous n’avions pas passé de temps seules ensemble avec Sophie. Pour la première fois depuis longtemps nous nous sommes retrouvées pour passer ce mois de rêve. Pour moi se fut une trêve, une véritable parenthèse enchantée dans ce voyage, qui, malgré toutes les merveilles qu’il me fait vivre, reste parfois difficile. Il y a des moments où je rêve d’avoir à côté de moi quelqu’un que je connais et que j’aime pour pouvoir partager tout ce que j’expérimente. Il y a des moments où tout simplement j’ai envie de parler à quelqu’un qui m’ est proche. Pendant un mois j’ai pu tout faire et tout partager avec une des personnes que j’aime le plus au monde, et j’ai réalisé que bien des choses ont plus de saveur lorsqu’elle sont vécues à deux, et en particulier, bien des choses pour moi ont plus de saveur quand je les vis avec Sophie. J’ai hâte que nous reprenions la route et les voyages !

A deux, nous avons visité un Brésil joyeux, accueillant, chaleureux, époustouflant de beauté, de couleurs, de reliefs, d’enthousiasme, de danse, de musique, d’humanité. Il est quand même à souligner que ce qu’il ya de mieux au Brésil, comme en Argentine, ce sont les transports en bus, les heures interminables passées à la gare routière, ou vautrées dans nos sièges. Dans les pays grands comme l’Argentine ou le Brésil, les distances sont énormes, et le temps passé à voyager, à proprement parler, est assez conséquent. Dans les gares autoroutières, on est avec la population locale, parmi les brésiliens, on passe 7, 12 ou 30 heures à voyager tous ensemble dans le même bus. C’est une sensation très agréable. Il y a plein de gens qui sont amoureux des gares, des aéroports, des lieux de transits, et qui peuvent passer des heures à regarder les autres arriver et partir. Et j’avoue que personnellement, le petit speech de Hugh Grant au début de Love Actually sur fond d’images d’aéroport m’était allé droit au cœur. Dans ce voyage, je n’ai rien tant adoré que les moments où l’on zonait toutes deux dans la gare routière et ceux où on faisait les idiotes à glousser comme des dindes sur nos sièges dans le bus. Je remercie Sophie d’être venue me voir, et aussi, je remercie mes parents et mon parrain qui ont largement contribué aux frais et qui ont permis que nous puissions toutes deux vivre ces moments inoubliables !! Et surtout, surtout, je remercie la vie en général, c’est cucul, c’est cliché, mais il y a des moments où rien ne traduit mieux votre pensée que le plus vulgaire des lieux communs, donc, merci à la vie !

Ilha Grande avec Sophie

Il est temps pour Sophie de découvrir la belle, la majestueuse, la merveilleuse île d’Ilha Grande. Je suis absolument réjouie à l’idée de lui présenter mes copains, ma pousada, et de faire avec elle tout ce que j’aime faire sur cette île. A peine sommes nous montées dans le speedboat qui nous amène à Abrao, que déjà, je rencontre un visage familier, et pas des moindres, padrao, le patron du Rei de la Moqueca, le resto de plage devant lequel j’ai l’habitude de chanter. Nous tombons dans les bras l’un de l’autre, retrouvailles émouvantes, padrao est tout content de me voir rentrer, c’est le bonheur, et il accepte en plus que je stocke dès la sortie du bateau, tout mon matériel dans son resto. Nous accostons, et avec émotion je retrouve la plage, les commerçants, les tudo bom dans tous les sens. Nous arrivons dans ma pousada préférée, et on nous donne une chambre pour deux au prix du dortoir, les choses ne peuvent pas se dérouler de manière plus idéale. Bien vite je fais découvrir à Sophie le délice des bains de fraîcheur dans la cascade au fond du jardin, et nous nous mettons tout de suite à l’aise. Nous devons passer ici deux jours, avant de regagner Rio pour que Sophie puisse y retrouver Charles, et moi les petits cadeaux que par lui, les parents me font parvenir…

Nous passons ces deux jours à nous promener, à bronzer, lire et à nous baigner, dans la mer ou dans les cascades. Je chante le midi et le soir sur mon spot de la plage, mais étant donné le peu de touristes brésiliens qui se trouvent sur l’île, je ne ramasse pas gros, une cinquantaine de réal, sauf un tour où Sophie se sent l’âme généreuse, et honore ma panthère d’une beau billet de cinquante reais ! Quel bonheur de voir mon amie accorder autant de valeur à mon travail !! Evidemment le billet fut immédiatement craqué dans un énorme resto…

Le deux jours passent comme dans un rêve, et déjà, il est temps de partir pour Rio. C’est officiellement la fin de notre voyage à deux avec Sophie…va com Deus !


Bé Haga

Petit flash back :
Nous sommes au mois de décembre, il fait chaud, il fait beau, la petite île d’Ilha Grande est bondée de touristes brésiliens en vacances, qui gavent la panthère de billets à chacun de mes tours de chant, c’est donc, tout simplement, le bonheur. Parmi ces vacanciers, des étudiants d’une faculté de Belo Horizonte sont là, qui assistent à la fin d’un tour que je fais un soir, sur la place de l’église. Ils sont jeunes, et très bien éduqués. Je me permets de le souligner car n’est-ce pas, la galanterie est un principe auquel les mâles brésiliens ont été assez peu familiarisés… L’un de ces jeunes étudiants me propose gentiment après le tour, de m’aider à tirer mon charriot jusqu’à mon deuxième spot, les terrasses de la plage, proposition qui m’enchante absolument, en conséquence je lui abandonne mon précieux chargement et distribue pieds de micro et guitare à ses camarades, tous aussi gentlemen que lui. Puisque j’ai les mains vide j’allume une cigarette, et, gambadant gaiement au côté de tous mes gentils petits porteurs, je fais connaissance. Nous arrivons aux terrasses de la plage, je déballe, je branche, mes petits copains s’asseyent par terre dans le sable, en rond devant moi, pour cette fois-ci, voir le tour en entier. Des promeneurs viennent les rejoindre, et nous partageons tous ensemble un moment très agréable. Après le tour, Bruno, un des étudiants, me propose de venir à Belo Horizonte pour participer a un week-end organisé par leur association étudiante, AIESEC. C’est une association présente dans les universités d’une centaine de pays étrangers, et qui favorise les échanges universitaires. Je lui dis,Bruno, pas de problème, j’en parle à la copine qui sera avec moi à ce moment là. J’en parle à Sophie, elle accepte, voilà donc pourquoi nous allons à Belo Horizonte, la ville où il n’y a pas de plages…


Belo Horizonte. Bé Haga (BH en brésilien) comme on l’appelle ici. Cependant, méfiance…On pourrait croire, comme son nom l’évoque, que cette ville est balnéaire, et offre un spectacle époustouflant de grattes-ciels plongeant dans une mer et un ciel qui à l’infini, ne font plus qu’un, d’un ciel et d’une mer qui ne font plus qu’un, dans l’horizon, précisément. Niet. Nao. No no no, comme le dirait très justement notre copine Amy Whinehouse. A Belo Horizonte, aussi surprenant, aussi saugrenu que cela puisse paraître, justement, non il n’y a pas la mer, non il n’y a pas la plage. Et nous y allons quand même ; c’est ça qui est complètement dingue et farfelu, aux yeux de nos copains d’Itacaré. A l’évocation de cette étape imminente dans le déroulé de notre voyage, ils ouvrent des yeux ronds comme la full moon, et poussent de grands cris d’effrois en nous mettant mille fois en garde ;but there is NO beach !!! Mais avec Sophie on a peur de rien, on y va quand même, et ça, ça leur en bouche un coin, sont épatés alors là…En plus a Bé Haga, c’est très particulier n’est-ce pas, car nous sommes invitées !
BH, c’était écrit. Avant que nous n’y arrivions, le Grand Ordinateur nous envoie des signes nous permettant de présager que cette étape s’annonce sous les meilleurs auspices. Tout d’abord, le bus qui nous y amène, appartenant à la diligente compagnie Rota, est d’un confort absolu, moderne, spacieux, climatisé, et avec la Sophie, comme à chaque fois que c’est le cas, cela nous met dans une joie sans nulle autre pareille. Secondement, vers la fin du long trajet qui nous mène d’Eunapolis jusqu’à ladite Bé Haga, entre dans notre véhicule un jeune homme d’une trentaine d’année, un black haut et mince, muni d’une guitare classique à moitié rafistolée, et qui se met tout d’abord à parler. Il ne parle pas d’ailleurs, il hurle un monologue debout à l’avant du bus, visiblement c’est à notre attention, nous, voyageurs pauvres pêcheurs, qui comme lui, devons être sauvés par Jésus, mort sur la croix pour le salut de l’humanité. Les brésiliens sont très marqués par le fait que Jésus ait été crucifié, et régulièrement ils se font un devoir de vous rappeler que quand même, le bonhomme s’est sacrifié, ça mérite votre respect, et votre totale adhésion à des groupes religieux qui proposent d’entrer en Jésus, et vice versa. Sachant qu’aujourd’hui il y a même certaines paroisses brésiliennes qui organisent des séances de free-fight à l’intérieur même des églises pour recruter et fidéliser de nouvelles brebis… au Brésil, pour convaincre au nom du Seigneur, on n’hésite pas à employer les grands moyens ! Mais aujourd’hui nous avons droit à une évangélisation relativement soft, monologue interminable donc, vociféré par notre copain depuis l’avant du bus, et dont tout le monde se contrefout, malheureusement pour le pauvre bougre qui y met vraiment tout son cœur. Puis soudain, il se met à chanter une chanson, qui est d’un entrain tout à fait exceptionnel, une chanson intitulée (phonétiquement) Jésou magiré… Tout le mystère de la foi réside dans ce titre et la signification des paroles de ce chant indubitablement sacré…L’air de cette musique, mes enfants, vous met dans un état d’allégresse proche de la béatitude. Notre ami la chante avec un enthousiasme contagieux qui me gagne aussitôt, et bientôt avec lui et moi, le bus tout entier ou presque ! Malheureusement, toute endormie par la parole divine, je ne me suis réveillée qu’aux derniers accords de la chanson, qui se termine bien vite, alors que revoilà notre ami qui se remet à débattre sur le Christ. Désespérée, et bien décider à immortaliser numériquement Jésou Magiré, je lui crie de nous la rechanter. Sympa, grand seigneur, il prend la guitare, mais il en joue une autre, puis une autre, les gens dans le bus se réveillent, tapent dans leurs mains, je sors le tambourin que j’agite d’une main, l’appareil photo avec lequel je filme de l’autre, Sophie finit par se réveiller complètement, et comme nous tous, est enchantée de l’ambiance réjouie qui règne à bord ! Mais notre missionnaire du jour, notre Claude François du tube catholique, ne se décide toujours pas à nous chanter la numéro 1 au hit parade , Jésou Magiré. Au milieu de ses chansons, il s’arrête, et nous dit qu’il va distribuer des barres chocolatées, et que si on veut, on peut lui donner de l’argent en échange, peu importe la valeur. Tout le bus achète. Moi je lui donne 50 reais, et je lui dis, je veux Jésou Magiré. Bien vite il écoule son petit stock de barres chocolatées, et nous entonne un Jésou Magiré plus inspiré et entraînant que jamais, qui nous transporte tous dans la joie qu’aujourd’hui, Jésus et son original apôtre itinérant, nous communiquent. Surréaliste pèlerinage sur le chemin de Belo Horizonte. Au Brésil, la route est l’endroit de prédilection des évangélisateurs en tous genres, chauffeurs de taxis, distributeurs de tracts dans les bus, troubadours itinérants, on nous dit que Jesus e Fiel (Jésus est fidèle), on nous le colle sur le pare-brise des voitures et des camions, sur le casque des motards, à l’adresse des millions de pèlerins, fidèles et infidèles, qui portent leur croix le long des routes, c’est ça aussi le Brésil, Jésus y est fidèle, et il est partout ! Le Brésil, terre promise de l’ Amérique latine… !

A Bé Haga, nous avons le diable au corps, et ne sommes obsédées que par une seule chose, une seule, danser le forro…Le Forro, c’est un sensuel pas de deux bahianais, qui à nos yeux, bénéficie d’un rayonnement et d’une popularité sans limite, nous en sommes de ferventes adeptes, de fidèles disciples . Et dès que nos amis de Bé Haga nous posent pour la première fois, la fameuse question, «et ce soir les filles, vous voulez faire quoi ? », nous répondons tout de go, les mains en prière, dans un seul cri, sautant pieds joints dans des petits frétillements d’enthousiasme, vamos dansar forro, allons danser forro !! Nous serons exaucées et au premier jour de notre arrivée : Bruno, Ricardo et Livia nous emmènent à un cours de forro où nous perfectionnons notre déhanché avec sérieux et discipline. La suite de notre week-end revêtira toute la saveur et les couleurs de nos précédentes tournées avec la chorale. Nous prenons des bus, nous chantons dans les bus, nous visitons la ville, les musées, nous sommes hébergées dans un centre, dispatchées dans des chambres, tout ça en compagnie de quarante autres jeunes de notre âge, avec qui nous discutons, échangeons, ripaillons, buvons bière et cachaça, bref,ce week-end, c’est l’éclate totale, au point que nous prolongerons notre séjour à BH de trois jours, impossible pour nous de quitter cette ville, ces gens, cette joie, cette bonne humeur. Nous ne nous lassons pas de l’énergie positive qui transpire de la région minière, et nous chargeons nos batteries à bloc !

Le lendemain de notre arrivée, départ au petit matin d’une troupe d’une vingtaine de jeunes de la fac de Belo Horizonte. Ils vont rejoindre, et nous avec eux, en autocar et en voiture, ceux se trouvant déjà sur le site qui nous accueille pour le week-end de l’association Aiesec, niché dans la campagne du Minas Gerais, à deux heures de route environ de BH. Il s’agit d’un centre de congrès en pleine nature, aux allures de couvent, avec sa petite chapelle et ses petites chambres aux airs de cellules pour moines aménagées. Autour il y a une sorte de parc, avec des oies sauvages d’une rare agressivité, dont Sophie a failli être par deux fois la malheureuse victime…Il y a une piscine, une petite salle de conférence, tout ce qu’il faut pour être bien. Aussitôt arrivés, nous partons visiter ce qui s’avèrera être la révélation touristique de notre voyage, mais ça, nous sommes encore très très loin de nous en douter. Nous sommes donc une quarantaine, je pense. Une quinzaine de membres actifs de l’association, (trésorier, président, etc…) et une vingtaine de « trainee », ceux qui ne participent qu’ aux actions et aux activités. La visite, c’est donc pour les trainee, qui passent l’après-midi dehors pendant que le staff bûche sur les bilans, les prévisions et l’organisation du week-end en lui-même. Donc nous voilà en compagnie des trainee, au Parque Inhotim, un parc de 1200 hectares, aménagé en jardin géant et en musée d’art contemporain. En plein cœur des montagnes, entourés par des reliefs qui découpent à perte de vue des cimes recouvertes d’une végétation touffue et verdoyante, se trouvent 1200 hectares d’art et de nature qu’un génie brésilien a su marier avec passion et talent. Dans ce parc, tout est fait pour que l’on puisse s’adonner, s’abandonner à la contemplation. Tout d’abord votre œil est séduit par l’ordre esthétique qui règne dans les jardins. Etendues d’herbe tondue, plans d’eau, parterres de plantes extraordinaires, par endroits la nature est brillamment apprivoisée, à d’autres, elle se laisse exprimer et fait l’écrin d’une œuvre que le grand ordinateur du parc a posé là. A des endroits stratégiques, aux abords d’un miroir, au sommet d’une colline, à l’hombre d’un arbre quadri centenaire, le grand ordinateur a disposé des buvettes design et épurées qui se fondent dans le décor pour nous laisser entièrement à son appréciation. Ou tout simplement, il met à la disposition du promeneur, un couple de chaises longues, ou un énorme tronc de bois couché, et poli à son intention. On sent que le grand ordinateur vous y verrait presque lire un livre ou immortaliser d’un trait appliqué le spectacle que vous offre ce parc qu’il a pensé pour vous, cette nature qu’il a mis en scène, et que par lui, vous apprenez à aimer davantage. A Inhotim, à chaque jardin succède une œuvre d’art contemporain, enveloppée la plupart du temps dans une œuvre d’architecture. Personnellement, je ne suis absolument pas réceptive à l’art, qu’il soit classique, baroque ou contemporain ou quoique ce soit d’autre. Je ne prise pas vraiment les musées, les châteaux, et en général j’en fais le tour en cinq minutes chrono …Par contre j’aime beaucoup les ruines, quelles qu’elles soient. Mais en tout cas j’ai du mal à ressentir une quelconque émotion devant de grandes toiles ou de beaux meubles. J’ai longtemps aimé, mais maintenant je préfère faire du tourisme nature, c'est-à-dire me pâmer devant des canyons, des déserts, des forêts tropicales, des plages idylliques, des cascades géantes, etc etc… Je n’ai jamais vraiment été familiarisée avec l’art contemporain, donc je n’ai jamais couru les expos, ni eu d’opinion sur la question. A Inhotim je découvre l’art contemporain. C’est très intéressant, car nous sommes une vingtaine de jeunes, et la plupart font partie du programme d’échange de l’association, il y a donc Juang simung qui est chinois, Konrad qui est polonais, Ola qui est polonaise, un colombien, un mexicain, des brésiliens, et nous-mêmes les françaises. Nous parlons en anglais et en portugais, et découvrons tous ensemble la plupart des merveilles du musées. Les œuvres d’art contemporain interpellent tout le monde, elles enchantent ou déplaisent, mettent mal à l’aise ou apaisent, on les trouve essentielles, ou absurdes, drôles, imposantes, chacun a son avis, chacun fait sa propre interprétation, on cherche ce qu’ a voulu représenter l’artiste, ce qu’il a voulu dire à travers sa représentation, comment lui est venue l’idée, on s’imagine tout un tas de choses, la plupart du temps on fait des supputations idiotes juste pour rire, ou on se met à délirer complètement, et c’est franchement assez génial comme expérience . Au grand air, on contemple, on s’émerveille, on s’interpelle, on réfléchit, on échange, on partage, on rigole, pour moi ce fut une promenade tout à fait unique, et pour Sophie aussi. Bien plus rompue que moi à l’art et aux musées, elle s’est extasiée, et tous ensemble nous avons profité des charmes et des curiosités de ce parc, en ce radieux et chaud après-midi de février. Le soir, évidemment, grosse fête, le lendemain atelier cuisine, bronzette-piscine, séance de clôture, et tout le monde rentre chez soi. Nous nous sommes tout particulièrement liées d’amitié avec Konrad et Pablo, un polonais et un brésilien, et nous nous promettons avec Livia, Bruno et Ricardo, de nous retrouver tous ensemble le lendemain pour déjeuner.
Mais pour nous le week-end n’est toujours pas fini ! Prises d’une folle envie de nous faire un petit plaisir gourmand avec Sophie, on se met en tête de s’envoyer un bon resto avant de regagner l’appartement où on nous accueille. Au retour du week-end le dimanche soir, à la sortie de l’autocar, nous nous rendons à Savassi, le quartier dynamique de la ville. Là, nous demandons à un couple l’adresse d’un resto sympa qui soit ouvert. Le jeune homme nous conseille le centre commercial. Je lui précise qu’on veut quelque chose d’un peu « beautiful and nice », il nous montre du doigt la terrasse du McDo… Nous battons finalement en retraite devant l’incapacité totale de notre interlocuteur à nous comprendre, et tombons au détour d’une rue sur une jolie terrasse où sont exposés en vitrine de formidables morceaux de viandes qui rôtissent à la broche, comme en Argentine ! On se précipite à l’intérieur, il y a un buffet avec, oh merveille, du parmesan, de la mozzarella, du saucisson, c’est à volonté ! On remplit nos assiettes. Nous sommes tombées sans le savoir dans le palais de la viande de bœuf, le temple de la barbaque, le jardin d’Eden du carnivore. Sur la table, un fascicule détaille, dessin illustratif à l’appui, chaque partie de l’animal qu’il nous est possible de déguster ici. A peu près une vingtaine… Les serveurs se baladent dans le resto en brandissant sur une broche de juteux morceaux tout juste sortis du feu. Vous disposez d’une pastille verte d’un côté, rouge de l’autre. Lorsque le serveur portant le morceau qui vous intéresse passe à côté de vous, vous retournez la pastille de façon à ce qu’il voie que le feu vert lui est donné pour vous en faire tomber dans votre assiette. A l’énoncé de ce procédé, je pousse un cri d’extase où se mêlent mon admiration et mon enthousiasme, les serveurs sont absolument ravis de voir l’effet que me font leurs explications. Avec Sophie nous sommes littéralement réjouies et nous laissons la pastille du côté vert quasi tout au long du repas, qui fut absolument pantagruélique. Le restaurant s’est en fait avéré être un établissement ultra chic, où nous avons débarqué guitare en bandoulière et sacs de couchages à la main comme des pouilleuses… Ce qui n’a pas empêché les serveurs d’être à nos petits soins, répondant aux moindres de nos désirs dans un ballet de délicates attentions et de tendres sourires tous bagués (au Brésil, il y a beaucoup d’adultes qui portent des appareils dentaire), nous étions comme des petites reines ! Sophie a bu un des meilleurs verre de vin rouge de sa vie, elle avait au visage l’expression béate d’un surfer qui aurait ridé la vague du siècle. Péniblement, bien alourdies par les kilos de protéines engloutis, nous levons le camp, réglons une addition relativement salée, et regagnons finalement l’appartement des étudiantes qui nous accueillent.
Le lendemain c’est une journée pleine de surprises qui nous attend. C’est le jour de notre supposé départ vers la petite ville de Ouro Preto, connue pour le charme de son architecture colonial… Ce matin-là nous nous organisons. Nous prenons notre nombreux chargement, le déposons à la consigne de la gare autoroutière, réservons nos billets pour le soir même à 20h. Nous avons encore une journée pour profiter de Bh. Nous retrouvons nos amis dans un resto thaïlandais et végétarien du centre, absolument délicieux, moment très agréable, comme toujours. On se dit adieu, aurevoir, goodbye, va com deus ! Puis Ricardo nous emmène visiter la place du pape avant que nous ne prenions le bus. Sur le trajet, Ricardo nous montre sur son portable dernier cri, la photo d’une cascade magnifique où il est allé avec sont frère. Nous nous emballons à la vue de cette merveille de la nature et quand il nous dit que c’est à deux heures de route de BH, nous ne voulons plus aller à Ouro Preto. Ricardo nous propose de nous héberger pour la nuit, et nous décidons de reporter nos billets au lendemain soir, comme ça, dans la journée, nous pourrons aller voir la cascade… Nous visitons la place du Pape, magistral, puis je pars faire un jogging avec Ricardo et un couple de ses amis, surréaliste, pendant que Sophie se promène avec Bruno, celui par qui tout ceci est arrivé. Ensuite Ricardo, Bruno, Sophie et moi, allons rendre visite aux grands-parents de Bruno. La grand-mère de Bruno parle français, alors nous allons lui porter nos hommages... Nous sommes accueillis à bras ouverts par les grands-parents de Bruno, qui nous asseyent, nous servent un digestif, recette secrète du grand-père, et du fromage. Nous nous entretenons en français avec la grand-mère qui remarque malgré cela que Sophie parle et comprend bigrement bien le portugais pour quelqu’un qui n’est là que depuis trois semaines, et elle en est tout simplement soufflée. Bientôt, à la demande pressante de son petit-fils et de son époux, elle s’assied à son piano, et nous joue un air. Etonnants instants que nous savourons tout particulièrement. Ce foyer nous ouvre ses portes, ses bras, et nous en devenons les intimes spectatrices, écoutant cette vieille et charmante dame exécuter parfaitement et de mémoire, une jolie pièce de piano, pendant que son époux, figé dans une émotion qui ne s’est pas usée au fil des années qu’il a passées auprès d’elle, la regarde avec une fierté qui lui déborde des yeux. Nous nous taisons, nous vivons. Bientôt, nous prenons congé. Maintenant nous devons changer nos billets de bus, nous ne partons plus a Ouro Preto, nous dormons ce soir à BH chez Ricardo. Ricardo dépose Bruno chez lui, nous faisons nos petites affaires à la gare autoroutière, puis nous nous rendons chez Ricardo, non sans passer auparavant au supermarché, car ce soir, Sophie et moi, on régale tout le monde, et on va leur mijoter aux p’tits oignons un crumble au saumon, des crêpes, une salade, de l’art de savoir être reçues…. Nous arrivons chez Ricardo, qui par bonheur, habite avec Konrad le polonais, un super pote à nous, et tombons en pamoison devant son appart. C’est un duplex avec terrasse sur les toits et vue sur la ville, tout neuf, propre et moderne, un véritable enchantement. Nous passons une soirée fort charmante tous les quatre, à cuisiner, discuter et dîner au clair de lune, nous apprenons à mieux connaître la vie de nos hôtes, pays, culture, opinions, expériences, voyages, tout y passe, les éternelles discussions de travellers, dont, je l’avoue sans honte, je commence à me lasser…Néanmoins cette soirée complètement improvisée fut en tous points délicieuse . Il y a une chose qui est spécifique au voyage et qui lui donne tout son nectar ; lorsque vous vous réveillez le matin, vous êtes absolument incapable de savoir comment va se terminer votre journée. Ce matin là avec Sophie, nous étions sûres que nous passerions la nuit à Ouro Preto dans un dortoir d’une auberge de jeunesse. Et nous voilà ronflant toutes deux sur un matelas gonflable de camping, au beau milieu du living de chez Ricardo, à Bé Haga. Bem Legal !
Le lendemain donc, départ aux aurores pour rejoindre la gare autoroutière, direction cerro do Cipo, pour aller voir la cascade. Je ne sais pas pourquoi, ce matin-là on a un pétard aux fesses avec Sophie, et on y va à pied, mais en mode marche ultra rapide. Pendant vingt bonnes minutes, on trace en faisant des pas aussi gigantesques que nous le permettent nos courtes jambes, et on arrives toutes essoufflées à la gare, de justesse pour le départ. On embarque, et on s’écroule de sommeil sur les sièges. On arrive deux heures plus tard à cerro do Cipo. Direction cachoeira Grande où nous arrivons après une demi-heure de marche. C’est une grande cascade en effet, un peu moins belle que sur les photos de l’ami Ricardo, car le jour où nous y sommes, il y a moins d’eau. Mais elle nous satisfait largement et nous y déjeunons de magnifiques sandwichs à l’oignon rouge, posées sur un tronc d’arbre au dessus des chutes… Direction ensuite le parc national où se trouve une autre cascade, la cachoeira Farofa. On a décidé d’y aller simplement sur le nom, car ici le farofa, c’est une poudre de farine de mil, revenue à la poêle dans de l’huile, avec de l’ail et des oignons, et que l’on saupoudre ensuite en condiment sur les haricots, la viande, le riz, un peu partout. C’est absolument délicieux, et d’ailleurs, on en traine un petit paquet sur nous depuis un bon bout de temps, et, malgré la rareté d’usage que nous en faisons, nous nous refusons à nous séparer… Aujourd’hui nous décidons que puisque la terre doit revenir à la terre, et la poussière à la poussière, il n’y a aucune raison pour que le farofa ne revienne pas à Farofa. Et nous l’y porterons à dos de canassons, si Dieu le veut, car il pleut des cordes, et depuis une heure que nous l’attendons, en compagnie d’un garde forestier qui parle ostensiblement fort au téléphone, le guide n’a toujours pas pointé le bout de son nez. Mais il arrive enfin. Il est parfait, on ne comprend absolument rien à ce qu’il dit, il parle un patois épouvantable, il est de très mauvais poil, il porte un T-shirt Diesel très mode qui s’accorde parfaitement avec ses guêtres de cheval et son air bourru de vieux paysan de campagne…. ! Nous décollons tous les trois sur nos chevaux qui n’ont pas de nom, Sophie est en short et tongs, je suis en caleçon et nus-pieds, notre ami est en Diesel, on est tous dans les conditions optimales pour une belle balade équestre en forêt, et sous une pluie battante qui ne nous décourage pas le moins du monde avec la Sophie (au grand dépit de notre guide qui n’est pas du tout enchanté de la promenade), nous partons en trottinant vers Farofa. D’entrée de jeu nous somme en conflit avec le guide. Il nous interdit de galoper, ça n’est pas pour nous plaire. On essaye quand même de faire démarrer nos chevaux, qui sont de vraies tortues, à grand coups de savates, claquements de langues et hurlements incitateurs hystériques, ce qui a pour effet sur eux de leur faire accélérer leur trop sans jamais passer au galop, tout ça pour notre plus grand inconfort. Et quand on a le bonheur et la chance d’arriver à faire passer la cinquième à nos montures, et que enfin, nous pouvons nous envoler au grand galop, en véritable peste, notre guide super sapé siffle un grand coup entre ses dents, ce qui a pour effet de stopper net les chevaux qui, immédiatement, ralentissent. Exaspérées nous nous agitons de plus belle, jusqu’à ce que, rompues, épuisées par nos tentatives qu’inexorablement, la grande pesteuse tue dans l’oeuf, nous nous résignions au misérable trot. Mais toujours, malgré la pluie battante, malgré nos chevaux et notre guide récalcitrant, nous avançons de ce même trot vers la prometteuse Farofa. La pluie s’arrête, puis reprend, nous traversons petits bosquets et longues plaines, passons de gentils cours d’eau, et enfin nous la voyons dévaler d’une falaise au loin, la haute, la belle, la majestueuse Farofa, grande de ses 80 mètres. Je m’attarde alors pour prendre des petites vidéos, et tenter de faire une bonne mise au point avec l'appareil sur la petite perle de lait qui dévale de la paroi rocheuse, mais mon cheval, que j’ai librement baptisé Jolly Jumper, s’arrête impunément au bord du chemin pour se ravitailler en herbes folles, si bien que je perds de vue mes compères. Soudain j’entends un cheval au galop, je me dis, Sophie a trouvé la cinquième ! Mais c’est le guide qui apparaît furibard, me crache à la figure un flot de patois brésilien absolument inintelligible. Visiblement, il se permet de me passer un savon, on nage en plein délire… Il pleut, les chevaux n’ont pas l’option galop, et le guide est caractériel ! Je décide de prendre mon temps malgré tout, et finalement, clopin-clopant, nous arrivons à la cascade avec Jolly Jumper. On admire, on filme, on photographie, Sophie entretien une longue conversation avec notre guide, elle semble mieux le comprendre que moi, qui ai l’air de passablement l’exaspérer… ! Galvanisé par ces moments d’échange et de partage, il entreprend de nous faire une démonstration de sa virilité, et enlève son t-shirt griffé pour découvrir un torse velu mais encore bien ferme et musclé, qu’il va rincer de sa sueur dans l’eau gelée de la cascade. Loin d’être émoustillées avec Sophie, nous remarquons non sans une certaine admiration que malgré le temps et ses effets néfastes, notre taciturne ami a su garder la ligne… ! ça explique peut-être son côté fashion victime..Nous repartons ensuite bien vite, car il est tard déjà et nous devons attraper un bus qui nous ramène à BH. Nous rentrons toujours au même rythme, au trot, attrapons notre bus et regagnons BH où nous attendent nos copains. Nous décidons que nous partirons le lendemain à Ouro Preto. Alors pour fêter cela, Ricardo et Konrad nous emmènent à l’Amarelho, un grand bar de jeunes où la pinte est pas chère. Nous retrouvons là tous les jeunes de l’association, et on mange, et on boit, et on cloppe, et on discute, et on rigole jusque tard dans la nuit.
Finalement nous décidons que nous ne passerons pas par Ouro Preto, et irons directement à Ilha Grande. Programme de la journée : resto d’adieu (encore un !) et visite de la ville jusqu’à l’heure de prendre le bus pour Rio. Nous déjeunons dans un resto typique de la région, absolument délicieux, nous allons ensuite, accompagnées par Ricardo , sur une colline qui s’appelle Topo do mundo, qui est très haute et d’où l’ on peut apprécier la vue d’un panorama a couper le souffle, s’il fait beau et que n’y a pas moins d’un mètre de visibilité au sommet… Et aujourd’hui il ne fait pas beau, et il y a moins d’un mètre de visibilité au sommet. Nous assistons à une scène assez incroyable, car il y a un énorme orage, les éclairs fusent tout autour de nous, le tonnerre gronde avec fracas, et soudain il se met à grêler, et on se retrouve, en pleine région tropicale, avec des petits grains de glace entre les doigts, c’est assez exceptionnel. Evidemment il y a une explication rationnelle, mais de la glace qui tombe du ciel dans un pays où on pète de chaud, ça impressionne. Nous arriverons quand même, au travers de brèves éclaircies, à voir le beau panorama que promet cette colline, et nous partons de Belo Horizonte la tête pleine de belles images, de paysages, de cascades, de promenades, et surtout, fortes des nouvelles amitiés que nous avons liées avec les etudiants de cette association, qui nous ont vraiment royalement accueilli, et avec qui nous avons passé des moments inoubliables . Grâce à eux j’ai d’ailleurs pu vivre un moment assez dingue, lors du week-end de l’association. Le dimanche, après le déjeuner, le staff a pris une salle de conférence, et a mis par terre plein d’énormes coussins de toutes les couleurs en faisant un grand cercle. Ils ont fermé les rideaux de la salle, ils ont appelé tout le monde et les gens sont allés se coucher sur les coussins en rond. Ensuite ils m’ont demandé de m’installer au milieu, de chanter des chansons et raconter mon voyage pendant 20 minutes. J’ai joué une chanson en français, pendant 20 minutes j’ai monologué tant bien que mal en portugais et raconté mes p’tites histoires, et j’ai conclu avec une chanson brésilienne. C’était un moment assez magique, que j’ai beaucoup aimé, c’était tout calme, tranquille, très apaisant, et , j’ai envie de dire, quoi de plus relaxant, quand on un ego surdimensionné, que de raconter sa vie à une petite assistance entièrement acquise à votre cause… ! Bref, je n’aurai qu’un mot, à tous ces gens que nous avons rencontré, à tous ces gens que nous avons aimé, à cette ville que nous quittons avec regrets, obrigada Bé Haga !

dimanche 28 février 2010

Itacaré, artificiel le paradis

Nous sommes à itacaré. Des mois que je rêve de ce petit paradis tropical, de ses palmiers, de ses interminables successions de plages de sable fin et d’eau turquoise, de sa pléthore de bars et restaurants qui me fourniront la quantité de touristes nécessaires au bon remplissage de ma panthère. Nous arrivons au petit matin, taxi, direction la pousada. On nous loge dans une annexe. Pour le même prix qu’un chambre partagée, nous bénéficieront d’un chambre pour nous toutes seules et d’une salle de bain privée, le luxe ! Sauf que, on est un peu excentrées, et véritablement, ça pue la merde dans la chambre et dans la salle de bain, en permanence. Très très désagréable, mais bon, pour le moment, on reste. De toute façon, on n’est pas là pour passer du temps dans la chambre, il y a une vingtaine de plages qui attendent que nos venions faire bronzer nos corps déjà bien dorés. Les plages sont numérotées sur une carte, on se dirige sous un cagnard puissant vers la première, la numéro 1. Déjà, ça sonne parc d’attraction. Vous allez où ? On va à la numéro 1… On arrive, on s’extasie, personne ou presque, une mer qui roulotte, bleue comme le ciel, un sable fin, blanc, des palmiers verts, Itacaré est fidèle au site internet qui vante ses mérites. On se pose, on se baigne, on bronze au son de nos mp3, on lit, on se détend. Je suis en train de prendre des photos allongée sur le dos, du ciel, et des branches de palmiers qui dansent avec les rayons du soleil au dessus de ma tête. Soudain, dans mon objectif, une barbe noire, par-dessus le son de la musique dans mes oreilles, une voix enthousiastement bourrue qui demande : « isso e um cavaquinho, ne ? » « c’est un cavaquinho ça, non ? » Mais qui ose demander pareille chose sans même se présenter, alors que je suis tranquillement dans ma bulle ? C’est Caio, un jeune gringalet de 25 ans, accompagné de Tiago, et de la belle Fernanda. Avant même que j’ai pu répondre, non ça n’est pas un cavaquinho, c’est un cuarto venezuelano, ils ont déjà étendu leurs serviettes à côté des nôtres, s’appropriant notre carré d’ombre et mon instrument. Très très détendus ces brésiliens… On discute gentiment, mais moi je suis crevée, je m’écrase toute endormie et ne me réveille que pour me tremper dans l’eau de temps en temps. Sophie parle anglais avec nos amis, qui restent avec nous toute l’après-midi ou presque. A 16h, le devoir les appelle, les garçons travaillent dans une crêperie du centre, avec d’autres jeunes gens que nous rencontrerons plus tard. Tout ce petit monde vient d’une ville, dont nous ne comprendrons jamais le nom, mais habitent dans une autre, dont nous ne comprendrons jamais le nom non plus. Donc on leur parle de « la ville d’où tu viens » et de « la ville ou tu habites », en permanence, pour faire simple…Fernanda est la petite copine de Tiago, et l’a rejoint pour quelques jours de bonheur en sa compagnie. Donc quand les garçons partent, elle reste avec nous, je me réveille et nous lui chantons, pour son plus grand plaisir, des chansons a deux voix avec le cavaquinho, sur la plage, à l’ombre des cocotiers, c’est le rêve. Mais déjà, je ne vois plus Itacaré comme un petit paradis, mais plutôt comme une grande salle de théâtre à l’air libre où tout le monde se donne en spectacle. La plage s’est remplie ; ici, des corps huilés bronzés bodybuildés, font des pompes sans les mains, jouent au foot en dansant presque, ou envoient sauts périlleux avant et arrières en s’assurant bien qu’on les regarde, et évidemment, qu’on les admire. Là des nymphes à la peau dorées marchent le long de l’eau en ondulant du bassin, réajustent leur ficelle, se cambrent tant et plus, l’objectif étant d’avoir les fesses plus hautes que le coxis, histoire de pouvoir péter plus haut que son cul. C’est le paradis des m’as-tu vue comme que je suis belle, regarde moi comme je suis fort. Que des jeunes, QUE des jeunes ! On ne croisera qu’une petit vieille, quelques jours plus tard, je signale le phénomène à Sophie, mon Dieu, là, regarde, non ce n’est pas un perroquet multicolore, non ce n’est pas une vague géante, là, la petite vieille, qui sort de l’eau, incroyable, regarde !!!! Mais que faut-elle ici ? Elle s’est perdue ??! Elle va avoir l’air tellement cool devant ses copines quand elle va leur dire qu’elle revient d’Itacaré, une star internationale cette grand-mère !!
Bref, Itacaré, c’est un grand camp de vacances hippie pour backpakers un peu friqués. Hippie pourquoi ? Et bien ici toutes les drogues sont à disposition, et partout, ça sent la nature, la naturelle marie-jeanne que l’on fume sans impunité, dans les bars, sur la plage, dans les pousadas, ça tape sûrement de la coke et de l’extasie, Itacaré, c’est extatique…. ! Le matin, on assiste au ballet des surfeurs musclés et dreadlockés qui se rendent à la plage, arborant fièrement leurs boards, toutes plus stylées les unes que les autres. A itacaré, tout le monde il est beau, tout le monde il est fonsdé, tout le monde il est gentil, d’ailleurs on a jamais eu autant de potes qu’à Itacaré. On a jamais eu autant de copines surtout, on les a comptées, on en a douze !!!! Il y a nos trois Israéliennes du bus que l’on croise et avec qui l’on papote régulièrement, nos trois danoises que j’avais rencontrées dans le bus qui m’amenait de Rio à Salvador pour aller chercher Sophie, et que nous avons rejoint dans une pousada moins chère et bien plus sympa, la Lawrence pousada. Il y a notre copine Laura, la baroudeuse slovène, qu’on a rencontrée à Salvador, et qui a une copine tunisienne un peu pète sec mais qu’on a l’indulgence de compter parmi nos amies. Il y a Alice et Coralie, deux françaises trop trop cool, rencontrées lors de mon premier show dans la rue Pituba, la rue principale d’Itacaré. Il y a Fernanda, et Ana, la petite sœur d’un des serveurs brésilien de la crêperie. Vous pensiez si j’étais contente, moi qui me plaignait en permanence de ne rencontrer que des hommes, tous les jours je fais le récapitulatif numéral de nos copines, et m’extasie devant ce chiffre biblique, douze, Sophie, douze copines, tu rends compte ?????!!!! On ne fait pas un pas sans rencontrer l’une d’entre elles. Aux plages numéro 1, 2 et 3, et à la pousada, on a nos copines danoises, à la crêperie on a Fernanda, au cyber, les israéliennes, au café du français et dans les bars, les françaises, au hippie spot, soit le bar canapé coussin hamac sur la plage numéro 2, la slovène, et les danoises aussi (les danoises sont partout), bref, à Itacaré, on a toujours des copines avec qui rigoler, et ça, c’est trop patate ! Malheureusement, c’est pile au moment où on ne peut plus compter nos copines sur les dix doigts de la main tellement qu’on en a, que je décide d’attraper le grand virus du Brésil, un virus très mystérieux, qui n’a pas de nom, mais que tout le monde attrape en ce moment. Bref, je m’étendrai là-dessus plus tard, en attendant, je décide de laisser Sophie avec nos amis qui viennent d’une ville et habitent dans une autre, et je pars chanter. Je m’installe devant le café du français, pousse la chansonnette une demi-heure, les gens s’arrêtent, écoutent, apprécient, applaudissent, donnent de l’argent, mais je suis bien loin des sommes astronomiques gagnées à Ilha Grande, seulement une petite cinquantaine de reais. Sur la chanson arabe que j’ai bouclée, j’invite une jeune fille assise sur le trottoir d’en face, à danser avec moi. Après le show nous discutons, et je découvre qu’elle est française, et qu’elle aussi a traversé l’atlantique, en passant par les Canaries, Mindelo, sur un beau bateau, un Bénéteau 54. Je suis absolument ravie, lui pose plein de questions sur sa traversée, combien de temps le pot au noir, combien de temps ???!!! Je n’en reviens toujours pas qu’avec Pilhouë on y ait passé quatre jours, ça me dépasse, ça m’horripile, ça m’exaspère !! Je n’ai rencontré encore personne qui y ait passé plus de temps que nous ! Alice est très sympa, elle a un visage large et ouvert, thibétanesque, des grands yeux océans, elle inspire tout de suite la confiance, et à son sourire grand comme une vague, on sent qu’elle est douée pour le bonheur. Elle est ici avec Coralie, étudiante en erasmus à Natal, la ville, selon elle, la plus moche et morte du Brésil. Coralie est très nature, très jolie et pas coquette pour deux sous, aussi avenante et ouverte qu’Alice. Elles ont loué avec la maman de Coralie, venue aussi lui rendre visite, une petite maison toute mignonne à deux pas de Pituba, la rue principale. Très gentiment, elles me proposent de garder là mes affaires de musique, et donc tous les soirs je viendrai chercher et déposer mon bardas chez elles. En échange je prête mon notebook à Coralie qui doit rédiger son mémoire. On prend des cafés ensemble, des caïpis, des clopes, et on passe de bons moments à discuter, à parler de la mer, de Natal, du Braziou, c’est patate ! Après le show, on leur propose de venir avec nous passer la soirée chez nos potes qui viennent d’une ville et habitent dans une autre, et elles acceptent. On va dans la petite maison de nos copains, ça joue de la guitare, ça boit de la bière, ça parle portugais et anglais dans tous les sens, et ça part faire la fête dans un bar. Malheureusement, Leandro, un surfeur bérsilien, me pourrit la soirée, en me demandant pourquoi les français détestent parler anglais. J’avais prévenu Sophie à son arrivée : tu vas voir, tous les brésiliens vont te demander pourquoi les français détestent parler anglais, moi perso, je n’en peux plus, ça me tue à chaque fois qu’on me le demande. Je réponds toujours la même chose, et pour une fois, au lieu de pourrir mon pays, je le défends ; mais vous ne comprenez pas, la France est la destination la plus touristique du monde, à Paris, c’est bourré de gens qui parlent anglais, on est comme un grand musée rempli d’étrangers, si on se laisse faire, dans cinquante ans tout le monde est anglophone et personne ne saura plus parler cette langue que vous trouvez si romantique, dans les alpes, quand je prends le bus pour monter sur les pistes, j’entends que des anglais, il y a même une station de ski, où il y a un bar qui n’accepte pas les français, nen mais tu rends compte mon pauvre ami ? Alors scandale !!!! Alors on se rebelle, et si vous ne savez pas au moins dire bonjour aurevoir s’il vous plait et merci, on vous envoie chier, c’est normal, regarde moi, je parle portugais non ? C’est la moindre des choses ,et le minimum, c’est les quatre mots magiques, voilà, maintenant tu sais. Mais là ce soir, un brésilien, qui me demande, pour la centième fois pourquoi les français n’aiment pas parler anglais, c’est trop, je lui réponds oui oui c’est vrai en soupirant d’impatience, et une fois arrivée au bar, je me dis, je vais rencontrer tout plein de brésiliens qui vont me poser la même question, et alors qu’un grand blond dreadlocké dégueulasse se permet de me passer la main dans les cheveux, je craque et rentre à la maison, abandonnant là la sophie, qui, une skol à la main, entourée de quinze mecs, est comme un poisson dans l’eau, en plus elle préfère mille fois plus parler anglais que portugais, les brésiliens seront ravis qu’elle fasse mentir le mythe international du français anglophobe.
Le lendemain, nous partons visiter la plage numéro 3. Vide, vierge, cette plage là n’est pas le théâtre des m’as-tu vu, il n’y a quasiment que nous, à l’ombre, et les danoises, qui rôtissent au soleil et ont la couleur appétissante des tomates italiennes.. On se baigne, on mange des pasteis salés, de l’açaï, on lit, on bronze, journée parfaite. Le soir, je vais chanter. Je vais à mon poste habituel, mais là, le patron de la pousada d’en face m’exhorte à aller faire mon bordel ailleurs. Je lui dis que non, c’est la rue, c’est publique, le trottoir, il est pas à toi, il est à tout le monde, il me dit qu’il va appeler la police. Je bataille, mais bats finalement en retraite, non sans lui tirer une langue grande comme les champs Elysées, pestouille de six ans d’âge mental… Je vais finalement me poster à l’entrée de la rue. Je fais un concert génial, les gens adorent, il y a une ambiance au top du top, largement due à un petit jeune en t-shirt rose, qui lance des applaudissements a chaque fois que quelqu’un met de l’argent dans la boîte, et tape des mains en rythme sur chacune des chansons. Ils ne veulent pas que je termine, j’en fais une dernière, puis encore une, puis encore une, et enfin je m’arrête, fourbue, mais heureuse comme jamais ! Un des meilleurs concert que j’aie jamais fait, super vivant, chaleureux, mémorable ! La caisse n’ a qu’une petite soixantaine de réais, mais le moral est au plus haut. Sophie est ravie, je suis trop contente qu’elle m’aie vu chanter pou la première fois dans ces conditions, et sa présence me chamboulait à tel point que dès que je la regardais, j’avais presque les larmes aux yeux, très spécial…Les danoises et les françaises sont là, et après le show nous allons toutes ensemble prendre un pot chez le français. Mais nous devons rentrer bien vite avec Sophie, car je ne me sens pas bien du tout. Nous ne fermons pas l’œil de la nuit, car je la passe à vomir au dessus des toilettes dans des cris épouvantables d’agonie, je crois que ma dernière heure arrive à chaque crise, tellement je souffre. Je frissonne de froid alors qu’il fait quarante degrés, donc nous ne mettons pas le ventilo, et dormons la fenêtre ouverte, ce qui nous vaut d’être harcelée par les moustiques. A cinq du mat ’, exaspérées, à bout, on allume tout, on explose sur le mur tous les moustiques tous pleins de notre sang, on ferme toutes les fenêtres, et enfin, on s’endort. Je me réveille à 9h, et part pieds nus, toujours agonisante, sans réveiller Sophie, trouver le français du café pour qu’il me trouve un médecin en mesure de me sauver d’une mort certaine. Au café, on me dit que le français n’est pas là. Je fonds en larmes, le sort en est jeté, je suis perdue. Il faut que tu aille à l’hôpital mon petit, on va t’y conduire. Et là, qui débarque au volant de sa fiat ?Ll’insupportable patron de la pousada à qui j’avais tiré la langue la veille. Tout désolé de me voir dans cet état, il m’ouvre une portière avenante, alors que j’entre, pleurant de plus belle, dans la charrette du grand méchant loup. Il me conduit à l’hôpital, m’enregistre, et m’abandonne là, parmi tout un tas de brésiliens malades, dans cette bâtisse froide aux murs de plâtres, où j’ai la certitude qu’il traine tout un tas de maladies nosocomiales. C’est mon tour de passer devant le docteur. J’arrive, pieds nus, le cheveu en bataille, en petite robe d’été, l’œil rouge, la lèvre fiévreuse. Elle me demande ce que j’ai, je lui explique que je suis à l’article de la mort et qu’il faut sans doute faire venir un prêtre pour qu’il m’entende en confession. Elle me fait une ordonnance et me dit de revenir la voir avec les médicaments qu’elle me prescrit. Je vais à la pharmacie, et on me sort des étagères, des poches remplies de liquide transparent. Je panique, je me roule par terre en hurlant. Ah mais qu’est-ce que c’est que ça ??? ça sert à quoi ? Qu’est-ce que je dois en faire ? Ah c’est ce qu’il y a marqué sur l’ordonnance, c’est du sorro. Mais c’est quoi le sorro, c’est de l’eau bénite ? !! Je rentre à l’hôpital, mon eau bénite sous le bras. Je vais voir la docteur, elle me dit qu’ils vont me faire une perfusion d’eau bénite, et que je vais rester toute la journée à l’hôpital. Je chiale comme un moutard. Non, je ne veux pas, je veux les bonnes vieilles pilules, je veux un traitement rapide et efficace, je ne veux pas de perfusion !!!! Ah, c’est ça , ou tu continues à vomir mon petit, comme tu veux. Bon, je préfère ça, mais t’es sûre que ça marche ??? Mais qu’est ce que j’ai d’ailleurs ? Tu as ce que 90% des gens qui sont là, ont, un virus, on ne sait pas ce que c’est, tu vomis et t’as la diarrhée, on donne du sorro et ça passe. Je vais dans la salle commune des pestiférés, m’allonger sur un lit pourri, on me perfuse le bras, ça fait un mal de chien, mais finalement, épuisée, je m’endors. Soudain je me réveille, tousse comme c’est pas permis, en sanglottant comme une perdue, transpirant comme une marathonienne, ça y est, elle vient, elle est là, la grande faucheuse, je vais mourir étouffée dans un hôpital de seconde zone, et le prêtre qui n’est toujours pas là !!! Soudain, je crois être en plein délire, je vois débarquer un homme en soutane, tenant une bible grosse comme le quid, à la main. Sans déconner… Vraiment ma dernière heure est venue, il le sait, il est venu m’entendre ! Mais il se dirige vers ma voisine, une petite vieille qui tousse gras, et sans mettre la main, au point que je m’empêche de respirer pendant ses crises, histoire de ne pas chopper le mal qui la ronge. Quand je pense mon calvaire achevé, on vient me re-perfuser un autre sac de sorro, alors que je pleure de désespoir à la vue de cette poche de souffrance qui visiblement ne fait aucun effet, puisque certes, je ne vomis pas, mais me sens toujours très proche de la grande porte de Saint-Pierre. Finalement mon calvaire prend fin, et je rentre, chancelante, nus-pieds, vers Pituba. Pendant ce temps, Sophie a fouillé toutes les pharmacies et les centres médicaux de la ville pour me trouver. Elle va voir les gens en leur demandant, au désespoir, onde anna, onde anna, Anne, où ça, où ça ? Très optimiste, elle pense que les pharmaciens connaissent mon nom, sans doute se dit-elle que je suis allée les voir en leur disant bonjour, je m’appelle Anne, et je suis malade, peux tu m’aider ? Bref, elle retourne tout ce qui ressemble de près où de loin à un endroit où je serais aller chercher de quoi me guérir. En chemin elle rencontre, la rirette la rirette, Coralie, qu’elle implique dans sa quête du Saint-Périer. Et finalement, en remontant Pituba, je les croise, qui la descendent, grandes retrouvailles, mais brèves, car je pars bien vite me coucher, je suis au plus mal. Mais, après une courte sieste, pendant la quelle Sophie profite de la compagnie de nos nombreux amis, je me sens mieux, et nous partons au QG des gens qui viennent d’une ville et habitent dans une autre, la crêperie. Là, je mange, Sophie mange, on nous fait des assiettes perso avec nos noms, des guitares et des tours Eiffel, dessinées à la sauce caramel, il y a les israëliennes, les brésiliens, c’est la fête, on se friendrequest sur facebook avec le laptop d’un copain, c’est le début d’une grande histoire d’amitié, officialisée sur la toile. On part tous en soirée, au jungle bar. Comme je ne bois pas, comme je suis fatiguée de me raconter et d’entendre toujours les mêmes questions, les mêmes histoires, je décide de mettre à exécution un petit concept très simple que j’ai imaginé. Prendre des gens que je ne connais ni d’Eve ni d’Adam en photo, de manière très évidente, sans se cacher. Débarquer et les flasher impunément, la photo étant le témoin de la réaction qu’ils ont face à cette démarche très sans-gêne et intrusive. Toute la soirée donc, je mitraille absolument tout le monde. Les réactions sont très différentes, et semblent montrer la relation qu’on les gens avec leur propre image. Par exemple, je prends une femme en photo, elle est surprise, choquée, déstabilisée, et pas très contente après moi. Je lui montre ensuite la photo, et là, elle se trouve affreuse. Et bien qu’elle n’aie pas apprécié que je la prenne en photo, elle oublie tout de suite que je suis l’inconnue un peu bizarre qui l’ a flashée impunément, et pose avec un grand sourire, car l’important, qu’elle me connaisse ou pas, c’est que j’aie une belle photo d’elle. L’important à ses yeux, ce n’est plus ma démarche intrusive, c’est le résultat de ma démarche, c’est l’image que je vais garder d’elle. Très spécial. Et si la photo est bonne, il faut ABSOLUMENT que je la lui envoie, parce que les bonnes photos, ça vaut de l’or, ça fait plein de comments sur facebook, alors elle me laisse son adresse mail, et toute la soirée, j’accumule les adresses, sans savoir à qui elles appartiennent. J’explique pourquoi je fais ça, et les gens, passée la surprise de mon flash impudique, sont très réceptifs, et assez contents. Ça me vaut d’avoir quelques conversations intéressantes, non plus centrées sur ou tu viens qui tu es ou tu vas, mais sur la photo, la relation des gens à l’image, etc… Ce qui me fait dire que cette démarche est un bon moyen de connaître la relation des gens à leur image, c’est la chose suivante. En marchant dans la rue, je croise des camés de chez camés, des artisans de bijoux sur-drogués, qui rejettent sûrement la société, société qui ne doit pas leur renvoyer une image très bonne d’eux-mêmes, parce que la drogue, on la voit sur leur visage, dans leur aspect, on la devine dans tout leur être, et c’est un peu triste à voir. Ces trois camés, sont les seuls qui ont catégoriquement refuser de me « donner » leur image, et ils se sont cachés la tête derrière leurs panneaux d’artisans. Je crois même qu’ils m’ont insultée. Ce sont les seuls de qui je n’ai pas réussi à obtenir une réaction un tant soit peu positive. Car même les gens qui réagissaient négativement, me laissaient au moins m’expliquer sur mon geste, et après coup approuvaient. Mais eux, les artisans drogués, ne m’ont pas laissé une seule chance de capturer leur visage, ni de leur expliquer pourquoi je voulais le faire. C’est là que je me suis dit que plus les gens étaient à l’aise avec leur image, plus ils réagissaient avec naturel et sympathie. Mais je me trompe peut-être. En tout cas j’ai passé la nuit à faire ça, j’ai bien rigolé, et je trouve qu’il n’y à rien de plus sympa que de passer une soirée entière à discuter et à s’amuser, sans avoir à boire une seule goutte d’alcool.
Le lendemain, le mal reprend de plus belle, je me remets à vomir, et cette fois-ci, pardonnez mon impudeur, j’ai la diarrhée. Je passe la journée à dormir et à me vider. Sophie n’est pas abandonnée à elle-même, puisque nous avons plus de copains que jamais, et passe la journée avec les uns, avec les autres, parle anglais et portugais, se promène, bronze et boit des coups, journée très sympa pour la Sophie, heureusement que je suis malade dans cet idéal camp de vacances, où nos copains sont plus nombreux que les cheveux que nous avons sur la tête. Le soir je suis toujours assez mal en point, Sophie dine gentiment avec les danoises en parlant musique et culture scandinave, passe la soirée avec nos copains de la crêperie, et revient au petit matin se coucher, fraîche comme la rosée. Le lendemain, je vais un peu mieux, mais suis toujours mal, et je décide de partir à la poursuite du français, pour qu’il me donne le nom d’un médecin privé que je suis prête à payer des miliards de reais pour qu’il me sorte de mon état. Je vais au café du français, bien faiblarde, deux jours que je ne mange plus et me vide de tout ce qui me reste dans les entrailles, j’arrive, le français n’ets pas là, qu’à cela ne tienne, appelez-le pour moi, faites le mander !! On me passe le téléphone, je l’appelle, pour lui faire un peu peur, je lui dis que c’est le jour où j’ai pris un jus d’orange chez lui avec des glaçons qui étaient sûrement de l’eau du robinet, que je suis malade, il me dit qu’il va faire venir son docteur au café, rendez-vous est pris pour 18h. Là, ça va tout de suite mieux, et revigorées par la joyeuse perspective d’une guérison certaine, nous partons fêter mon futur rétablissement en allant faire du shopping. Arrive l’heure du rendez-vous, le médecin m’écoute, m’explique que c’est le virus mystérieux, que j’ai de la chance de l’avoir attrapé maintenant, je suis immunisée avant qu’il ne mute et ne devienne pire encore, me donne des médicaments, et avant même de les avoir acheté, je suis déjà sur pied. C’est notre dernier soir à Itacaré, je décide de chanter, concert sympa sans plus, le t-shirt rose n’est pas là pour mettre l’ambiance et faire la clappe. Ensuite nous allons retrouver nos copains de la crêperie au jungle bar, et là, nous dansons le forro, la danse la plus sensuelle du monde. On s’encastre les jambes et on dandine des fesses joue contre joue. Je danse trois fois avec Tiago (Fernanda nous a quittée la veille), et tombe complètement amoureuse de lui. Je m’abandonne totalement dans ses bras,, balance mon bassin contre le sien, je ne fais plus qu’un avec Tiago, nous dansons, suons, j’ai ma tête sur son épaule, et s’il me le demandait, je lui roulerait volontiers le patin du siècle. Mais Tiago, le seul brésilien par lequel je sois attirée, et vraiment, est maqué, et ça, c’est dégueulasse. Mais ! Je sens que je ne laisse pas Tiago indifférent. Et danser avec Tiago a eu un tel effet sur moi que je ne pense qu’à une chose, me blottir dans ses bras câlins, et danser le forro avec lui, toute la vie si Dieu le veut. Je me mets donc en tête de partir vivre à Curitiba, la ville où tous nos potes habitent, et dont on a enfin retenu le nom, et briser l’ harmonieux couple qu’il forme avec Fernanda. Elle est très amoureuse, mais lui m’a dit qu’elle était loin d’être la femme de sa vie, ce qui veut tout dire, et ça n’est pas tombé dans l’oreille d’une sourde ! Je décide donc je passerai deux mois, ou toute la vie, à Curitiba, une fois que Sophie aura regagné la France. Sophie de son côté, s'est acoquinée avec un nain de la meilleure éspèce et danse collée serrée tout contre lui, ils forment un couple improbable et très photogénique, que je mitraille à tout va, il se dégage une tendresse de leur duo, qui ferait fondre la banquise antarctique... Nous terminons la soirée tous les trois avec Tiago, et d’autres noctambules, dans la station service du coin, ouvert h 24, on joue de la guitare, on chante des chansons, c’est trop symmpa ! On ne se couche pas avec Sophie, et partons au petit matin, attraper le bus qui nous mènera à notre prochaine étape, Belo Horizonte.
Itacaré c’était super, absolument magnifique, une nature pure et simple, des plages, de l’eau, des arbres, du bleu du blanc du vert, des bars tous plus sympas les uns que les autres, des copains par miliers. Mais Itacaré, c’est un peu du vent, un endroit qui sans touristes, doit être complètement mort, un endroit où le paraître compte plus que l’être, un grand camp de vacances où on passe de la plage au resto, du resto au bar, du bar à la boîte, de la boîte à la pousada, et ainsi de suite, Itacaré, c’est un petit paradis, mais un paradis artificiel, et je suis bien contente de n’avoir finalement pas posé mes valises là bas. A voir maintenant, un nouvel horizon, l’horizon de Belo Horizonte.