jeudi 31 décembre 2009

Tristes tropiques



Il pleut. Des cordes, un troupeau de vaches qui pissent, des chiens, des chats, une vraie ménagerie qui s´abat sur notre petite île. Ça ne s´arrête plus, 24h qu´on est sous une douche permanente. Les ruelles en pentes se sont transformées en torrents, l´avenue principale du centre ville est une rivière, hier j´avais de l´eau jusqu´à mi-mollet! C´est pas bon, pas bon du tout! Surtout pour mon petit buisness qui est stand-bye. Chômmage technique, horreur! On est tous désespérés, surtout que depuis ce matin, il n´y a plus l´electricité ni l´eau courante. Du coup, j´ai dû, comble du malheur, me rendre sur le continent en bateau à moteur, pour pouvoir faire quelque chose de ma journée, et utiliser internet. A la base je voulais m´acheter un notebook, mais j´ai appris avec bonheur en téléphonant en France qu´il y en avait un qui arriverait en même temps que ma bonne copine qui vient me visiter, joie! Je vais pouvoir blogger à toute heure du jour et de la nuit!
Mais il pleut toujours, et ça c´est pas cool. J´avais démarré sur les chapeaux de roues, des centaines de reais m´étaient promis, surtout en cette période du nouvel an, et me voilà réduite au silence parce que le ciel fait un peu trop parler de lui. Il n´y a rien que je puisse faire. Comble de mon malheur, je me suis fait voler mes superbes tongues en cuir et en daim que j´avais acheté en patagonie. Je suis partie de la plage, je les y ai oubliées, et 5mn plus tard je suis revenue en courant comme un lapin, les tongues n´étaient plus là. Puis il s´est mis à pleuvoir, à tel point que je n´ai pas racheté de tongues, car je les perdrais dans l´eau. Je vais complètement pieds nus depuis 24h et mes plantes sont d´une propreté impeccable, surreáliste! La pluie va durer jusqu´au 6 janvier, je vais me tourner les pouces sévère, et je pense que je vais déménager mon bardas dans ma pousada et répéter dans ma chambre pendant que Jade et Roberto seront au boulot. Mon public trop facile ne me pousse pas à l´effort, il faut que je m´y mette toute seule. On va tirer profit cette saleté de pluie!

mercredi 30 décembre 2009

Let´s make some cash!

J´avais de grandes appréhensions à chanter sur cette île. Que des jeunes, des brésiliens, des européens, des bombes, des beaux gosses, trop la honte. J´ai mis 4 jour a me décider. Pourquoi tout d´un coup me suis-je lancée? Il n´y a pas de distributeur de billets ici, et je n´ai plus de cash. J´ai le choix, prendre un bateau (hors de question, je ne remets plus les pieds sur une embarcation, quelle qu´elle soit!), ou faire les poches des touristes. J´ai choisi de faire les poches aux toutous. Je traîne mon charriot, je m´installe à l´heure du dej, entre deux terrasses. Je commence comme d´hab par Liberta de Pep´s, on applaudit, ouf! je me présente ensuite, en portugais, presque impeccable, et j´ai un paquet de choses à raconter. je m´appelle Anne, je suis française, ça fait quatre mois que je voyage en bateau pour arriver jusqu´à vous, me suis même tapée une traversée de l´Atlantique seule avec deux mecs pendant 15 jours, pouvez pas savoir ce que je suis contente d´être enfin sur la terre ferme. Déjà ça fait son p´tit effet. Je suis passée par l´île de Madère, des Canaries, par le Maroc, le Senegal, le Cap vert et Salvador de Bahia. Autre petit effet. A chaque fois je chante dans les escales, dans la rue, pour assurer mon voyage, et me faire plaisir. Je vis comme ça, je voyage, je chante, je voyage, je chante, sympa non? Ça en fait rêver plus d´un... Déja ils arrivent vers la boîte et glissent des billets. Ils ne sont pas du tout exigeants, ils affluent vers ma panthère de toute part, du coup je ne me casse pas la tête,
j´impressionne la galerie en chantant en français, portugais, espagnol, anglais, arabe et hébreu, je boucle une chanson, invite quelqu´un à danser (toujours piocher dans un gros groupe, ils sont trop contents et dégaînent leur appareils photos, et après ils viennent remplir la boîte), je fais les acrobaties, en une demie-heure j´ai tout torché, et je me fais du 100 reais (45 euros) minimum à tous les coups. Hier, 2 petites heures en tout, bilan 310 reais, ça fait plus de 100 euros (130). Ce matin, une demie-heure à peine, 119 reais, malheureusement il s´est mis à pleuvoir, je vais devoir passer entre les gouttes s´il pleut encore ce soir. Je joue à l´heure du dej, à l´heure de l´apéro et du dîner, à côté des restos, et non contente de voir les gens venir jusqu´à ma panthère pour y glisser leur générosité, je fais ensuite le tour des tables pour faire cracher ceux qui ont eu la flegme de se lever. Les restaurateurs sont tous très contents et me laissent faire... trop facile, trop simple, trop chouette!

Entre temps je traîne sur la plage, ou dans la pousada de Felipe,
ou avec Jade, mon colloc, qui dort sur le lit superposé au mien, et qui est serveur du resto qui garde mes affaires. Il est complètement gay, je dirais même que c´est une grande folle, il chante tout le temps, et il est trop sympa, trop marrant! Ce matin on est allés tous deux à la plage en passant par la forêt, on s´est fait un peeling au sable noir plein de fer très bon pour la peau, on a dansé la salsa et le forro grâce à la musique de son portable, on a couru sur la plage et on s´est baignés sous la pluie, juste parfait!

dimanche 27 décembre 2009

Des équipiers

J´ignore totalement quelle est la norme en matière d´équipiers. Quel est le comportement idéal á adopter, la dose d´investissement nécessaire à la satisfaction de votre skippeur, à la marche de votre bateau? Pour ma part je pensais avoir trouvé ma place. Mes atouts: je n´ai pas peur de l´éponge et du balais brosse, de la casserole et des couverts de service. Je suis mobile, me déplace facilement dans des espaces restreints, tout en laissant quelques coins de portes et tranches de placards venir me coincer le doigts ou bosser la tête, mais ça, on va dire que ce sont les aléas du métier. J´ai bon caractère quand tout va bien, et je ne manque pas d´enthousiasme. Donc en gros, je suis bonne à faire la counchite et la causette, et franchement c´est déjà pas mal! Anne la bateau-stoppeuse dit même que c´est énorme, et qu´elle est bien soulagée, elle qui est tout le temps à la manoeuvre, de ne jamais avoir à se soucier des questions d´intendance et de maintenance. Je tiens bien mes quarts, et bichonne mon équipage, je les laisse dormir un peu plus longtemps, et leur prépare des petits casse-croûte, comme aux choux, deux petits sandwichs jambon de parme-philadelphia, 5 petits gateaux sucrés, et un carré de chocolat de ma réserve personnelle. Plus du chocolat chaud avec du vrai chocolat de ma réserve personnelle (l´importance de la réserve personnelle sur un bateau, l´importance!!!) pour Nyels, et un thernos de thé chaud pour François. J´ai tout arrêté au lendemain de la grosse dispute, révolte sourde de mon sommeil contrarié. Mes défauts: si je me sens coincée, rien ne va plus. Souvent je me sens coincée quand je ne peux pas faire ce que je veux. Quand je ne peux pas faire ce que je veux je pête un câble! Mais quoiqu´il en soit, moi et mon équipage, c´est á la vie à la mort, je suis une nounou en exercice, qui prépare, lave et chouchoutte, je suis la fille au pair de Pilou.

les autres équipiers sont tous différents. Il y a les fous de la voile, qui sont partout sur le bateau, et trouvent toujours une manille à graisser, un bout à rallonger ou une lessive à lancer. Il y a ceux qui s´en foutent royalement et sont là en touristes, pour voir du pays. Il y a ceux qui comme moi, s´intéressent, s´investissent, mais ne se donnent pas à fond. Le bateau j´aime ça, mais c´est avant tout un moyen de transport, qui me permet doucement d´accéder à mes rêves. Pour être efficace et engagée, un tant soit peu, dans sa bonnne marche, il faut que le bateau me fasse rêver, qu´il se fasse sentir, et je ne peux pas sentir quelque chose qui m´épuise, et m´arrache à ma liberté de rêver, à ma liberté de ne rien faire et de tout penser.
Dans la marina, l´infatigable paresseuse que je suis s´amuse à regarder les sur-équipiers s´activer à la coque, au pont, à l´étrave et au mât. Je suis confortablement calée, à l´ombre, sur un coffre de cockpit, ma guitare à la main, un petit jus frais pas trop loin, une cigarette dans un coin, et j´admire la capacité de ces marins à savoir et pouvoir réellement faire passer le bateau avant eux. Ils ont la mer dans le sang. Moi je l´ai dans le coeur, mais pas dans la tête, dans ma tête il y a de la musique, des copains et du soleil, de la terre, des gens, et du temps, beaucoup de temps, pour savourer le bonheur, sans le laisser filer trop vite.

Le journal de de bord de la grande traversée, Pot au Noir

Le 06 décembre 09

Aujourd´hui c´est la Saint-Nicolas, et c´est une sale journée. On est dans le pot au noir, et c´est pas beau à voir; ça crache, ça refuse, ça adonne, ça affale, ça largue, ça souffle et ça pétole. Le ciel est sombre, il y a des gros amas de nuages bien bas, et bien lourds au dessus de nos têtes, il fait une chaleur de bête dans la cabine, et dehors c´est tout mouillé. Va savoir pourquoi, on a choisi ce jour-là précisément pour s´activer sur Pilou comme les abeilles dans la ruche. On s´est peut-être dit, tant qu´à en chier, autant en chier jusqu´au bout. On se lève, je balaie, lessive et nettoie toute la cabine, sur toutes ses surfaces, Nyels se fait le cockpit, les garçons envoient le spi, l´affalent, je vide et nettoie le frigo, François prépare le dej. Mais! Avant qu´on puisse planter nos fourchettes affamées dans la tendre chair du filet de viande rouge qui trône dans nos assiettes, Ti-Ouane, un Ovni de 45 pieds, nous appelle à la VHF. Ils ont pêché un énorme thon rouge d´1m45 et 54 kilos (10 kg de plus que moi, sacré morceau quand même...), ils vont le répartir entre nous et Dame Oui, parce qu´íls ne peuvent pas garder une aussi grosse bête à bord, et parce qu´on est à peu-près tous les trois dans la même zone. Joie! Allégresse! Du poisson frais! En sashimis, en pavés, en crumble, à tous les repas, à toutes les sauces! Mais ce transfert de thon, c´est tout un bordel, parce qu´on va pas se le lancer comme un frizby... Et pour se refiler des trucs de bateau à bateau, c´est pas simple. Ti´OUane va procéder de la manière suivante: il vont ficeler le poisson façon gigot avec un bout, il accrochera ce bout à un pare-bat´qu´il laissera trainer au bout d´un autre bout assez long, à l´arrière de son bateau. Aprés expliaction de la manoeuvre, Ti´Ouane rapplique vers nous, c´est trop la fête, salut! Coucou! Youhouuuuuuuuuu!!! T´as vu le morecau??!! ´Mais c´est énorme, c´est énorme!!!. Il se place devant nous, lâche la bête, un monstre, un pachiderme! Pendant que François manoeuvre à la barre, Nyels va chopper le thon avec la gaffe, il le remonte, le décroche, renvoie son par-bat´à Ti Ouane, qui récupère tout et repart comme il est venu, Jésus marchant sur l´eau après la multiplication des omégas 3. On se retrouve avec un demi-thon qui prend quasi tout le cockpit, on le lave, on le sèche, on le maquille, on lui colle un noeud pap´ et on se tire le portrait avec. On a jamais vu de bête aussi grosse, et encore, elle n´est même pas entière.... François le découpe en immenses pavés qu´on met dans des tuperwears géants. Estimation, verdict, on a du thon pour jusqu´à la fin de la traversée, incroyable. Histoire de rendre à la merveille les hommages qui lui sont dûs, François suggère de dégivrer le gigot afin de faire à nos 15 prochain repas une place de choix. Je re-vide la frigo entièrement, le dégivre, le pompe, le sèche et le re-remplis, et le thon prend ses quartiers, bien au fond, tout au frais. La cabine est sans dessus-dessous, je la re-nettoie, et la range, pendant que les hommes sont au bricolage sous la pluie, sur le pont, pour réparer une latte de têtière de Grand voile qui s´est cassée. Je vais faire une courte sieste, à 18h je me réveille, prépare le dîner, on déguste en remerciant Ti´OUane à la VHF, je fais la vaisselle et c´est déjà l´heure de mon quart. Quart pot au noir, quart tout mouillé. Journée crevante. Pas le temps de perdre du temps, tous les uns sur les autres, pas de décrochage, pas d´évasion, j´ai trouvé cela très désagréable. Je me couche absolument nase, physiquement et moralement, sommeil sans rêves, lourd. Le pot au noir, c´est pas simple.

07 décembre 09

Joyeux anniversaire Sophie!

Journée chargée sur Pilou. Chargée d´éléctricité; de l´eau dans le gaz, des éclats de voix. Ce matin je me réveille vers 8h comme d´hab, mais je suis plus crevée que jamais, et sur le point de me jeter par dessus bord quand je me rends compte que je suis encore et toujours sur Pilou, que Pilou est encore et toujours dans le pot au noir. Je ne peux plus voir un bateau en aquarelle, je ne peux plus voir la mer, je ne peux plus, je n´en peux plus, et ça fait deux minutes que j´ai ouvert les yeux... La journée de la veille a éte assez éprouvante. Les grains nous ont obligé à nous cloisonner dans la cabine, tous les trois les uns sur les autres, toute la journée, journée que j´ai passée à me contorsionner dans tous les sens, à me cogner dans tous les coins, pour nettoyer les sols, les placards, vider, re-vider re-re-vider le frigo qui est tellement profond que je pourrais m´y tenir toute entière à genoux. Il faisait lourd, moite, c´était hardcore. Ce matin je n´ai pas envie de voir un poil hargneux de spontex, ni le profil menaçant d´une cuiller en bois, je ne veux pas faire un seul geste, ni émettre un seul son. J´ai besoin, pour mon équilibre et ma santé mentale, de me terrer et d´oublier Pilhouë. La sempiternelle répétition d´un quotidien toujours égal me bouffe, ce matin j´ai besoin de briser la routine, alors je reste dans ma cabine, sans dormir. J´en ai marre de faire tout le temps la vaisselle, de sortir et rentrer les choses des placards, des équipets, du frigo, des fonds, je passe mon temps à ça, quand je fais quelque chose, je ne fais que ça. Je me plie à ces devoirs avec d´habitude entrain et bonne volonté, car ce sont les tâches que je sais le mieux accomplir, c´est là qu´est ma place, c´est lá que je suis le plus utile et efficace. Mais ça fait 7 jours que je répète les mêmes gestes, je suis devenue un robot-ménager, et là, après la journée "pot au noir", le robot a besoin de recharger ses batteries. Juste un peu, juste un p´tit coup, pour repartir de plus belle, comme en quarante. Donc je reste à rêvasser dans ma couchette. C´est trop chouette! Je suis allongée bien confortablement, bien douillettement, je ne pense à rien, je lis des magazines idiots, et je me dis que je peux, que j´ai le droit, parce que la veille j´ai bien donné, parce qu´on on a tous bien donné. Le chef reconnaîtra sûrement qu´on est pas des machines de guerre. Je suis seule dans mon petit monde, je décroche, je recharge. Une fois les batteries à bloc vers 11h30, je remonte à la surface, dans les meilleures dispositions pour attaquer la journée, déjà bien entamée. Mais François n´a pas vu d´un bon oeil que je prenne délibérément la décision d´hiberner. Il a raison au fond, parce qu´on a tous bien sué, et j´aurais dû demander leur avis à mes équipiers avant de m´accorder mon repos. "T´es censée être de quart, ça fait 12h que t´es dans ta cabine, mois ça fait depuis 4h du mat´que je suis debout", ou plutot, assis au bureau devant l´ordi du bord. Ça fait une drôle d´impression quand-même, ces skippeurs qui passent plus de temps à la table à carte que sur le pont. Certes ils font marcher le bateau, mais quand même, ça n´en donne pas l´impression, et c´est assez désagréable de s´activer et se faire des bleus partout pendant que votre capitaine confortablement assis sur son popotin vous injoncte à sortir ceci, emballer cela... et vous taxe de fainéantise, bien campé sur son derrière, quand par malheur vous vous laissez aller trois heures de paresse. François râle, sermonne, et j´éclate:" J´avais juste envie d´oublier le bateau 5 minutes, hier on a bossé comme des malades, on est pas des machines! Tu vois bien que je m´active pour le bateau, j´t´ai prouvé que j´étais pas une branleuse, j´ai le droit de me poser putain!!" Dieu du ciel! je perds les pédales, et suis plus vulgaire que jamais, une vraie poissonnière de Rungis! François se transforme en Oncle Charles, excéde par mes explications vociférantes, il me hurle dessus:" Ta gueule!!! TA GUEUUUUUULE!!!!!!" Je ne me gueule pas, je continue; et patati, et patata, il me reproche d´être trop souvent fatiguée, et je le renvoie à tous les quarts du chien que je me tape depuis le début, il me taxe de ne penser qu´à ma gueule, et je lui rappelle toutes les fois ou j´ai rallongé mes veilles pour raccourcir les siennes, et préparé des petits en cas de nuit gourmands pour mon seigneur et maître. On ne trouve pas de terrain d´entente, chacun reste sur ses positions, François dans la cabine, moi sur le pont. Nyels pendant ce temps là est parti se réfugier à l´ètrave. Pas folle, l´oie sauvage ne veut pas s´immiscer. Faut - il que je sois lessivée pour autant débloquer. D´un naturel colérique, c´est quand je garde mon sang-froid que je dépense le plus d´énergie. Me laisser aller au cris, ça me détend presque autant que de regadrer la Starac´et je ne suis jamais aussi relax que quand je regarde la Starac´. Je dois être bien nase, je décompresse à tout va, j´attaque des vigiles de trois fois mon poids, dis des mots à des skippeurs de trois fois mon âge, plus rien ne m´arrête, je suis un rouleau décompresseur! Je mets un pied dans ce que je tiens à ce moment là comme étant l´anti-chambre de l´enfer; la cabine, où se trouvent tous les objets de mes pires cauchemards, mes instruments de torture, spontex, vaisselier, frigo. Je crois mourir d´appoplexie, je dois me tenir aux murs, quand j´entends François me dire, toujoiurs assis à son bureau: "Bon! Va falloir nettoyer la cabine maintenant!". AAAAAAAHHHHHHHH!!!! Je vais le planter! Là! Maintenant! Avec le couteau de cuisine, je le plante, je le débite et on aura du gigot et du filet frippon pour toute la traversée. "Ah non! je nettoie pas la putain de cabine, je vais pas le faire tous les jours, nen mais faut pas rêver!" Je continue dans ma litanie de jurons et de refus catégoriques. Rien, il n´obtiendra absolument rien de moi aujourd´hui. J´étais sortie de mes petites vacances matinales dans les meilleures dispositions, et ben maintenant, j´en foutrai pas une, et pis c´est tout! Je suis d´une humeur de rotweiler mal dressé. Je suis toute chamboullée. On est dans l´pot au noir, on est pas prêt d´en sortir, 7 jours qu´on est partis, encore 8 à tirer, j´en peux plus, je pète un câble!!! Je vais me calmer à l`étrave. Quand je reviens dans la cabine, François est gai comme un pinson, et d´une affabilité sans pareille. Mais quelle mouche l´a piqué? Je suis en admiration devant sa capacité à s´adoucir aussi vite, et oublier la tempête. Pour ma part, le vent souffle toujours aussi fort, et il n´ est pas prêt de tomber. Autrement dit je fais la gueule, et je fais le minimum. Je coupe des crudités pour une salade histoire de, me mets en mode mono-syllabe, je ne peux pas passer des larmes aux rires, aujourd´hui ce talent me fait défaut. J´ai gardé mon mutisme jusqu´aprés l´heure du déjeuner. Je me réfugie á l´étrave, me pose sur le balcon, un peu en déséquilibre, tout à l´avant du bateau, complètement au dessus de l´eau. Pilou tape sur les vagues, les monte et les descend, ce qui me procure moults sensations de montagnes russe, et m´arrache des petits cris de joies. Je décroche, je recharge. Quand je reviens, je suis toute apaisée. François me propose de prendre une douche, trop sympa, j´accepte, souris enfin, et nous retrouvons, équipière et skipper, toute l´harmonie qui fait notre bonheur.

Holidays

Journée de nav très cool sur Solo. Pas de vent ou très peu, on se promène au moteur, et à la voile, entre 2 et 5,5 noeuds. Je sieste, Eric, sieste, je re-sieste, on déjeune, on discute, c´ est très tranquille, très pépère. Vers 18h on voit l´île, j´ai décidé d´y débarquer, trop besoin de la terre, trop besoin d´être complètement seule. Magiques heures passées dans le bus, seule parmis les autres, personne que je connaisse, personne qui me connaisse, observer tout le monde, se sentir toute petite, et ne jamais parler. La bouche fermée, les yeux grand ouverts, 30h de bus certes, mais 30h de calme, et de liberté. Encore, s´il vous plaît. J´adore Solo, Eric est trop cool, mais je veux à noueveau me sentir minus, perdue, muette. On mouille à l´ancre, devant le paradisiaque petit village, coloré, nature, gai. Dès notre arrivée nous sommes salués par un argentin, un brésilien et un américain qui se balladent en canoë dans le mouillage et tombent en pamoison devant Solo qui en impose, du long de ses 20 mètres. On se baigne, on se douche, on débarque en annexe. On part à la recherche d´un hostel pas cher pour moi. L´île regorge de pousadas, de touristes en maillot de bain, de rastas, de chiens sauvages, de restos, de boutiques de plage, d´agences de promènes-toutous. Il y a de la vie, il y a de l´argent, tout ce qu´il faut pour être bien. Eric et moi nous perdons. Je vais l´attendre sur la plage, à l´annexe. Je suis seule, personne ne vient troubler ma quietude, je fais mumuse avec le mode ciel étoilé de mon appareil photo, et me repaît de la beauté nocturne de l´endroit. Quelques brèves rencontres, le brésilien de l´après-midi qui dit être natif de l´île, un aborigène quoi, et un jeune guide carioca qui me fait une demo de capoeira, Enfin, je tombe sur Eric qui me cherchait partout, et nous rentrons sagement sur Solo en annexe. Le lendemain, à peine levée, Eric me hèle un taxi-boat, j´y charge tout mon bordel, puis le débarque au débarquadère, le re-charge sur une charrette porte-bagage, me rend dans l´HI, complet depuis la veille. J´avais pas réservé, idiote, me voilà sans toit, avec tout mon bardas sur les bras. Je vais voir Felipe. La veille, le 25 décembre, je cherchais un cyber d´ouvert, il n´y en avait évidemment pas, alors je suis allée dans un hostel, au hasard, demander au réceptionniste de me prêter sa machine, et récupérer le numéro d´Eric, pour pouvoir l´appeler et le retrouver. Felipe m´a très gentiment laissé son fauteuil, la connexion était tellement lente qu´on a largement eu le temps de sympatiser, et puis il m´a accompagnée à un téléphone public pour que je puisse tenter de retrouver Eric. Ensuite il est reparti travailler. Ce matin donc, je vais revoir Felipe et lui confie mon désarrois, tous les hotels sont complets, ou trop chers, c´est la cata. Il appelle Kátia avec son portable, qui vient à la rescousse, me dit qu´elle connaît une posada pas chère, oú il reste une seule place, mais mais mais, c´est en haut de la colline, mais mais mais, ça fait les fesses. N´en dis pas plus, tu m´as convaincue! On monte en haut de la colline, on transpire, la pousada est cachée dans un jardin tropical au fond duquel coule une petite cascade, dans deux píscines d´eau naturelles. Petite maison colorée en rose, salle à manger en plein air sous un charmant prèau de bois où des chats et des châtons se prélassent paresseusement. Chambre avec deux lits superposés, propre, claire, fraîche, salle de bain privative, neuve et immaculée, tout pour plaire, c´est où qu´on signe? Par contre, j´ai juste un léger souci, je suis chanteuse, je joue dans la rue, dans les centres villes, et je me vois mal monter et descendre mon bardas tous les jours, bien que la perspective d´un fessier à la mode brésilienne me fasse baver d´énergie... Pas de problème dit Teresa, j´ai un resto en bas dans le centre ou tu peux entreposer tes affaires. Yes! On recapitule; c´est 35 reais par jour (15 euros, c´est cher mais à part le camping, c´est ce qu´on trouve de plus économique, et je compte faire une caisse journalière du double de ce montant au moins), petit- dej de roi inclus ( buffet avec orange pressée, fromage, jambon, oeufs brouillés, gateau maison, pain, beurre, céreales, café, thé, fruits frais, ce matin c´était melon et papaye...tout ça a volonté, inutile de vous dire que je me suis fait un petit doggy-bag pour la journée, repas gratos!), le ménage tous les jours, le jardin avec la cascade (baignade dans l´eau fraîche dès le sortir du lit ce matin... le rêve!), et repas gratis du réveillon organisé pour tous les résidents de l´hostel (que des brésiliens) dans le resto de la patronne au centre ville, plus gardiennage gratuit de ma meute de machines. Du tout bon, du bonheur! Merci les cadeaux de Noël, vive les vacances! Ça ne durera qu´un temps, dans 48h je reprends le turbin, mais ça va faire du bien!

Noël

Nous avons appareillé Le 25 décembre, à 7h Du mat´, pensez si j´ étais ravie de me lever encore et toujours aux aurores, le jour de Noel en plus.... Nous allons dans un endroit ou l´eau est pure, Eric doit y plonger pour nettoyer la coque du bateau. On va au moteur, il y a deux noeuds de vent, je ne verrai pas les 10-12 noeuds que promet Solo. Eric est mon premier skipper jeune. Il dit qu´il en a 35 (notez la nuance... je ne veux vexer personne.). Il n´a pas de cheveux blancs, pas de poils au nez, ni aux oreilles, il n´a pas l´air caractériel, ni pervers, Eric a l´air d´être tout ce qu´il y a de plus normal. Il parle beaucoup de lui, mais je crois que c´est un trait de personnalité commun à beaucoup de capitaines de bateaux. Un bateau, c´est une histoire, un avant, un après, des galères, des grands bonheurs, les voyages, les rencontres, la mer, les océans, la terre, les hommes, un bateau c´est absolument tout ça. Les marins disent qu´ils sont de grands solitaires, mais ils cherchent beaucoup la reconnaissance, l´admiration, le tribut que leur vaut le dur choix qu´ils ont fait de tout donner à l´eau. Parce qu´en bateau, il n´y a pas de demi-mesure, c´est tout ou rien. Du moment ou vous possédez la moindre coquille de noix, vous vous engagez à la faire marcher, à l´entretenir, à la bichonner. Si vous la laissez à l´abandon, c´est très simple, elle coule. Un bateau c´est comme un enfant, ça demande autant d´investissement physique, intellectuel, et financier. Et comme c´est dangereux, ça demande des couilles, surtout pour le skippeur, qui connait tout les risques et les dangers de la bête, et doit en préserver son bord. On sait que le skippeur a conscience de la lourdeur de sa tâche, de la responsabilité qui lui incombe, c´est une charge à laquelle il se sacrifie volontier car la récompense que lui permettent ses efforts n´a pas de prix. Et elle se raconte, inlassablement, des centaines de fois, toute la vie durant. Leurs sempiternelles histoires nous font les yeux ronds, nous y jettent de la poudre, on écarquille, on ouvre grand la bouche, sauf qu´au bout d´un moment, on a tellement bavé qu´on a plus de salive, en en a tellement entendu qu´on a plus de tympans. Malgré tout, ça vaut toujours le coup de prêter une oreille attentive aux contes des skippers. Avec le temps vous avez appris à discerner le vrai du faux, un regard franc et sincère accompagne le récit d´une vie qui vous donne la chair de poule, et vous reconnaissez que les skippeurs, et leurs histoires, c´est un tout auquel vous ne devez pas échapper. Eric donc, se raconte au bout de deux minutes, comme la plupart des marins (souvent à l´abordage de la retraite) que j´ai rencontré jusqu´ici. J´écoute, mais c´est marrant, je n´ai pas le 'Oh lala' aussi fréquent que d´habitude, je me blase un peu, ça fait tout drôle. Il faut dire que j´étais tellement impressionnable et désepérante de naïveté! Le constat de mon imperceptible froideur me rassure un peu, ça va dans le bon sens, je serais presque sceptique par moment, on croit rêver!

Eric donc, malgré le fait qu´il en fasse des tonnes, est un personnage très sympathique, simple et direct. Son bateau est comme lui, sportif, sobre, et il en jette. Ou voudrait en jeter, parce qu´a 2,5 noeuds, on est pas au summum de l´extase, mais on sent que Solo n´attend que le vent pour filer comme une fusée. Je suis assez amusée aujourd´hui par le débrief que je me fais de ma journée de la veille, la journée du réveillon de Noël. Je l´ai passée dans un bus, j´ai mangé 4 pommes, fumé 5 clopes, bu un demi-litre de café au lait et un litre d´eau, dormi, lu, écouté de la musique en regardant le paysage, pensé au saussay,je suis arrivée à Rio, je me suis stressée pour un taxi, j´en ai trouvé un, j´ai traversé la ville sur le siège passager en devisant gaiement avec le chauffeur qui était de fort bonne humeur, halluciné sur la grandeur et la chaleur de Rio, sa beauté et son dynamisme, puis j´ai embarqué sur un énorme bateau avec un mec que je ne connais pas, que je n´ai jamais vu (il avait engagé un skippeur pour la transat 6,50, je ne l´avais meme pas rencontré à Madère, c´est pour ça que je ne me souvenais pas bien de lui....), on a mangé des patates et une salade, et on est allés se coucher, à 23h, on a même pas attendu que le petit Jésus soit né! Mais! Chose incroyable et complètement magique, de la magie de Noël, nous étions au mouillage a Urca, quartier trés chic, au Iate Club de Rio, dans une marina qui nous offrait une vue imprenable sur le Pain de sucre et le Corcovado, éclairé! J´ai vu le grand Jésus debout tout illuminé, et quelques feux d´artifices qui venaient lui chatouiller les pieds. Rio était ce soir là, la plus grande crêche du monde. Assez sensationnel pour le coup, et surréaliste. Se retrouver lá, après 30h de bus, le soir du réveillon, avec un inconnu, devant le Christ Rédempteur, imposant ses mains sur une ville géante, un monstre fascinant, avec lequel j´ai accroché dès que j´en ai fait le premier tour en taxi. Rio je vais y retourner et y vivre un peu, ça a juste l´air génial, surtout la nuit, la nuit c´est trop beau (elle est folle). Passage éclair, mais très impactant.

samedi 26 décembre 2009

Enfin seule!

Enfin seule, enfin! Autant de terre que je le veux, autant de grasses matinées que je l´éxige, mes décisions, mes droits, mes devoirs, ma liberté! Quatre mois, presque quatre mois que je me tape du bateau, des skippers, le rallye, la mer, la bouffe, le ménage, la vaisselle, les courses, les obligations, les chiottes immondes, les douches communes, les vieilles à poil, les tea-bags qui pendent... Et me voilà ici, dans ce petit coin d´paradis, perdue dans une île, seule, seule avec moi-même, sans dieu, ni maître, ni loi, avec l´ínnébranlable conviction que maintenant tout peut arriver, surtout le meilleur. Je suis lâchée, personne ici qui me connaisse, pas de skippeur, pas de N, pas de rallye, les chats sont partis, la souris va danser!!!! AAAAAAAAAAAhhhhhhhhhhhhhh!!! Bonheur...

Au départ je devais rester jusqu´au 10 janvier sur Solo, naviguer encore et toujours, mais sur un superbe bateau. Seulement, une fois Solo ayant quitté sa bouée, une fois sa grand-voile envoyée, je me rends-compte que Solo reste un bateau, que la mer reste salée, le vent capricieux, et que je reste une équipíère, seule avec un skipper. Ça ne me plaît pas. Solo est beau, majestueux, impressionnant, mais il ne m´impressionne pas, et je veux débarquer. J´en peux plus de la mer! Heureusement pour moi, Eric reçoit un coup de fil comme quoi il y a six brésiliens qui viennent réveillonner sur la bête pendant une semaine. Ah! Moi j´ai dit, fais pas la conchita, je débarque ici, dans ce paradis, pas de problèmes, je me démerde, rén fais pas pour moi, on se re-catche plus tard...youhou!!!! A moi le gros caillou, à moi la terre!!!