mercredi 7 octobre 2009

Trop d'argent tue le talent

Je suis une machine à fric. Dès que je chante dans la rue, même une heure au lieu d'une heure trente, je fais minimum 40 euros. Du coup je cours, je chante après la thune... Pas bien. Tous les jours, je me dis;" allez, aujourd'hui je me repose, je chante pas", mais j'y vais quand même. Cette après-midi, la corde a failli casser. J'ai annulé le concert à Quinta parce que c'est trop loin, et parce que le centre commercial me prend 5 fois par semaines, alors j'ai pas besoin d'aller m'enquiquiner à traverser toute l'île en bus avec mon cagibi. Ciao Captain's bar! Je me paie le luxe de démissionner... Enfin c'est pas encore officiel, mais ça sera fait dans la semaine. Mais bon, même si je n'allais pas a Quinta, j'avais quand même envie de chanter. je me pose donc sur mon spot préféré, celui entre Apolo et Cafe do Centro, en pleine rue piétonne. A chaque fois je n'ai qu0une peur, que les gens pensent que je fais du play-back avec ma pédale sampleuse, et qu'ils ne voient pas ma boîte panthère. Alors qu'aux vues des sommes que je je ramasse, il est clair que les gens voient la boîte... Mais j'angoisse toujours à ce sujet. Ce matin j'écris donc un petit speech, pour me présenter, présenter mon jamman et ma boîte panthère. Et cette après midi, après avoir chanté 4 chanson chacune dans une langue différente et avoir capté l'attention de mon public, je décide de faire mon speech de présentation. Sauf que j'ái éte prise de panique, première fois que je communiquais de manière aussi directe avec les gens, debout, micro à la main, Normalement je reste assise et rebondis sur une chanson, un évènement, mais je ne plante jamais en disant salut c'est moi la french girl. Je me suis donc plus ridiculisée qu'autre chose... Depuis le début du concert, je sentais que ma voix fatiguait, et là, avec tout ce stress, toute cette pression, Cannes, le festival, ma voix étais bloquée. Descendue à la cave, j'étais une basse, Sarrastro de la Flûte Enchantée. Perdus les jolis aigus, je n'étais plus aussi charmante que la veille. J'étais applaudie malgré tout, mais moi je savais que quelque chose ne tournait pas rond. J'ai donc écourté, n'ai chanté qu'une heure. Moment boîte panthère. C'est toujours le même rituel: je vais dans mon troquet préféré, Apolo Mar, sur la marina. Je demande un déca au lait, quand il arrive je sors une clope, je l'allume, je sors ma boîte, et je compte discrètement sur mes genoux les pié-pièces. 46,40. Une heure. Un scandale. La plus mauvaise presta, le meilleur rendement. Le monde ne tourne pas rond. Heureusement je suis plus impressionnée par ma presttiona branlante que par mes pièces sonnantes. Je décide donc de me calmer. Mais il faut dire que c'est trop tentant, je sais qu'à chaque fois que je me pose, c'est au moins 40 euros de plus dans mes poches, c'est trop facile! Ne pas tomber dans le piège... Le week end arrive, il va falloir assurer, repos. Demain je ne chante pas. De la journée. je vais visiter l'île avec un turque et un français. Ou pas. Je vais peut-être passer toute la journée à buller-bronzer sur la plage, mais il ne faut pas chanter. Repos forcé.

Ce matin, rendez-vous professionnel (mégalo quand tu me tiens!), avec le directeur du giant shopping center Dolce Vita. Roberto arrive, tout sourire, à 11h pétantes. Après vous a senhora, muito obrigada o senhor. Salle de réunion, tête à tête. Je vous retranscris tout en français.
- J'ai parlé à mon patron, je lui ai dit que tu étais venue par surprise dimanche, que je t'avais laissée chanter, et que ça avait bien fonctionné. Qaund je t'ai décrit, il t'a reconnue parce qu'il t'avait vue chanter le lendemain devant Apolo. Il a dit qu'il t'avait beaucoup aimé, et qu'il n'y avait pas de problèmes pour que tu chantes au Dolce Vita.
- Chouette!
- On voudrait que tu chante le lundi, le mercredi, le vendredi, le samedi et le dimanche, une heure à chaque fois. On te donne 30 euros de l'heure, tu nous donneras un reçu de ton hôtel, comme ça ça justifiera les dépenses, donc en gros on te paye l'hôtel, officiellement.
- Chouette!
- Mais tu m'as dit que le mercredi et le samedi tu chantais à Quinta do Lorde non?
- Oui mais je vais arrêter, c'est trop loin, trop fatiguant, enfin je suis pas sûre, mais je songe à arrêter.
- Bon si jamais tu continues, le mercredi et le samedi on te fera chanter à l'heure du déjeuner.
- Chouette!
- Tu ne comptes pas rester à Funchal plus lontemps? Tu pourrais commencer une carrière ici, les gens commencent à te connaître, on pourrait te donner plus d'argent, te faire un vrai contrat, te mettre en relation avec des hommes d'affaires, pour leurs évènements, etc... Madeira c'est génial pour toi, parce qu'il y a peu de gens qui chantent dans la rue comme toi, et qui font ce que tu fais, alors du coup ça attire l'attention, en plus tu es une fille, c'est encore plus rare!
- C'est vrai, et j'adore Madeira, c'est super. Mais je ne peux rien prévoire à long terme, je ne sais pas si je serai encore là dans 15 jours! Je veux aller au Brésil, c'est mon objectif.
- Mais tu vas revenir à Madère un jour?
- Je pense oui, je commence à m'attacher à cette île, à m'y faire des bons souvenirs, donc je pense que je vais revenir.
- Bon et bien quand tu reviens, viens tout de suite nous voir, et on te fera chanter, quand tu veux!
- Chouette!
- Bon on a qu'à faire comme ça. A la fin de chaque semaine, on fait un point, pour que je sache ce qu'il va se passer la semaine qui suit, comme ça on peut s'organiser. Mais essaie de ne pas me prévenir la veille au soir si tu pars, parce qu'on va faire une petite publicité autour de chaque performance, donc il ne faut pas que les gens soient prévenus, et que tu ne sois pas là.
- D'accord.
- Bon je suis vraiment très content, je ne regrette pas de t'avoir laissé chanter. Mon boss est très content aussi. Tiens moi au courant si tu ne chante plus à Quinta, et si ton hôtel peut faire des factures à notre nom.
- Ok, je t'envoie un texto en fin-d'aprèm.
- D'accord, je te raccompagne.
On se sert la main, et je pars en volant, virevoltant, sur une mer de nuages d'égo-surdimensionné... Je me rends à mon hôtel, demande combien c'est la chambre individuelle avec salle de bain privative (je ne me refuse rien!), c'est 15 euros. On peut faire une facture au nom du shopping center? Oui, pas de problèmes. Donc pour une heure au Dolce Vita, j'ai deux nuits d'hôtel dans ma chambre à moi toute seule! Yes! Un moment je me dis que peut-être, je devrais rester à Madère. Et puis finalement non. Je me méfie des îles, c'est toujours un peu craignos, et puis le Brésil c'est tellement plus excitant! Nao. Eu vo no Brasil.

Maintenant, je dois m'organiser. J'ai 5 jours de sûrs pour la semaine qui vient, il faut décider avec Roberto desquels il s'agira. Quinta, c'est trop loin. Je suis autorisée de parole à la réunion du Rallye du Soleil, 38 bateaux qui vont ensemble au Brésil, plus besoin des concerts pour faire des annonces, puisque j'aurai 38 proprios qui m'écouteront quémander une place dimanche prochain for the big rallye meeting. Je peux faire des concerts dans la rue pour le liquide, mon logement est assuré, et les 3h d'esclavage (3h de chant, c'est pas viable) de Quinta ne me font plus rêver du tout. J'annule finalement le concert de ce soir. Pas génial mais elle comprend, trop loin, pas trouvé de voiture (pas cherché), bus trop compliqué. See you saturday then call me this time if you need a car... Pas le courage de dire que je viens pas samedi, ferai ça demain.

Ce soir c'est la dernière soirée des p'tits suisses, snif... Une autre page se tourne, c'est la fin d'un moment, mais les tchèques restent! Demain, repos total donc, plage, visite en compagnie, ou plage plage tranquilou toute seule, au choix... la vie est belle!

mardi 6 octobre 2009

Il y a des jours sans...

Aujourd'hui, avec Pedro, on s'est disputé. Ou plus excatement, Pedro m'a disputé. Je ne suis pas une bonne couchsurfeuse. Ou plus exactement, je ne suis pas une bonne touriste. Je dois gagner des sousous. Donc je ne visite pas, je ne pars pas en excursions, pour le moment je fais les poches des toutous, et je n'ai pas encore atteind mon "objectif écononie" (un somme d'argent que je dois amasser avant le départ au Brésil, histoire d'être peinarde un bon moment là-bas, sans avoir à dépendre de gentils thèques, coachsurfers ou qui que ce soit; le prix de la liberté totale...). J'ai beau "travailler", ce labeur me procure un plaisir inouï, et je n'ai pas l'impression de sacrifier quoi que ce soit en m'adonnant quotidiennement aux répétitions ou prestations en tous genres. A chaque fois je dois conquérir quelque chose, persuader une audience, la gagner à ma cause, la gagner à mon pain, et franchement, c'est kiffant! C'est agréable de se poser où l'on veut si le temps le permet, de commencer seule, de terminer accompagnée, de recevoir des compliments et de l'argent, pour le moment je n'ai rien fait d'aussi plaisant. Et en plus je gagne plutôt bien ma vie pour les efforts que ça me coûte, donc tant que je peux en profiter, je continue! Surtout que je viens de commencer donc je suis encore très loin d´être lassée...

Mais ça n'est pas du goût de pedro, et d'un côté, je le comprends. Je n'ai eu ma batterie que dimanche dernier, donc pendant une semaine, celle qui a précédé, je passais mon temps à la maison, à répéter ou a traîner avec mon hôte; nous parlions, regardions des films, allions à la plage, prenions de longs repas gastrono-diétetiques. Depuis dimanche, je me réveille, je café-cloppe, et je pars chanter dans Funchal, pour ne revenir que sur les coups de 10-11h du soir, crevée, couchée. Du coup, plus de longs repas, plus de discussions, how was your day, nice and you, nice, ok , good night. J'étais à l'hôtel quoi. Ce matin, il m'a dit qu'il n'y avait plus de communication, que j'étais dans mon monde, obnubilée par "the singing", et que je ne prenais même plus le temps de discuter avec lui, ou avec Lucio, le nouveau colloc. Et c'était vrai. Hier soir je suis rentrée complètement nase de ma journée, à 23h30, Lucio était là, ils commencent une conversation en anglais puis embrayent sur du portugais, et pour moi, deux portugais qui parlent porutgais, c'est trop d'efforts, surtout après une journée comme celle-ci... Je me suis donc plongée dans le vague, puis dans l'ordinateur. Pedro n'a pas apprécié du tout!

Ce matin donc, il me dit qu'il n'y a plus de communication, que je ne suis pas la couchsurfeuse à laquelle il s'attendait, qu'on ne fait plus rien ensemble, qu'il ne me montre pas l'île, et que de toute façon, l'île ne m'intéresse pas. Je ne savais pas trop quoi dire, parce que c'était complètement vrai. Je ne suis pas là pour faire la touriste. Je ferai la touriste quand je serai en vacances! Et je serai en vacances quand j'aurai atteint mon objectif, m'installer au Brésil, c'est à dire trouver un logement, des bars où chanter régulièrement. Point. Et pis c'est tout! En attendant il faut se donner les moyens de ses ambitions, donc gagner sa croûte. Mais le couchsurfing, c'est la rencontre, le partage. Et moi je rencontre et je partage toute la journée. Alors quand je rentre chez moi, ou plus exactement, chez le couchsurfeur, je n'ai plus trop d'énergie à partager. Il est donc normal que ça énerve Pedro, que je prends un peu pour l'aubergiste du quartier. Je crois comprendre à travers ses mots qu'ils veut que je parte. Je vais donc partir. Auparavant, je m'excuse platement, j'essaie quand même de me justifier, mais il ne veut pas m'entendre. Pas facile d'écoute celui-là, doit pas souvent admettre qu'il a tord... Je comprends ça très vite et lâche tout de suite le morceau. Il va bouder dans la cuisine, je me précipite sur internet pour trouver un hostel, Centro de Juventud, Hostelling International, 11 euros la nuit, en plein centre, 5mn marina, 5mn shopping center, 5mn quartier piéton. Je réserve. Je dis à Pedro que j'ai compris le message, je vais partir, je suis absolument désolée, ça n'était pas dans mes intentions d'agir ainsi, je me suis laissée happée sans trop faire attention, j'aurais dû, j'aurais pas dû, mais tout va bien, j'ai trouvé un hostel, je pars tout de suite si tu veux.

Mais Pedro envoie des signaux complètement contradictoires...Je n'ai jamais dit qu'il fallait que tu partes, tu peux rester jusqu'à vendredi si tu veux!!! Bah Pedro, avec tout ce que tu viens de me dire, tu me dis que je me crois à l'hôtel et que je ne visite pas, qu'il faut que je passe plus de temps avec toi, moi je dois travailler, je ne peux pas passer du temps avec tout le monde, toi, les suisses, les tchèques, ma guitare et mes p'tits clients, je ne vais pas changer, je vais continuer à chanter la journée et rentrer fatiguée le soir, c'est normal, c'est la vie, je ne vais pas me mettre à faire du trekking, à me payer des cinoches, et des expos, c'est pas ma place, je ne suis pas là pour ça! Et si je ne change pas, il faut que je parte... Pedro est trop déçu. Il pensait qu'il suffisait de me dire que je change pour que je change, et que donc je reste, mais ho! on est pas mariés. Je suis enfin libre de faire ce que je veux, je vais pas me mettre à me plier aux exigences des couchsurfers, qui en plus sont parfaitement au courant que je dois travailler. Pour une fois que j'ai envie de travailler en plus! Première! Depuis 25 ans! Je vais pas m'arrêter au bout de 10 jours! Mais quand même, moi je t'aime Pedro, je veux qu'on se revoie! C'est non. Ah d'accord. Très en colère mon couchsurfer. Je me demande comment ça se fait qu'il m'en veuille à ce point, surtout que j'ai absolument rien vu venir... un cheveux sur la soupe! En même temps je ne le connais que depuis dix jours, c'est normal qu 'il reste des côtés imprévisibles.

Bon, bah j'y vais, je fais mon sac et je prends le bus, c'est dommage que tu ne veuille plus me revoir, je trouve ça excessif même, mais bon, tu dois avoir tes raisons. Do you want me to give you a ride? Ah surtout pas, déjà que je prends ta maison pour un hôtel, je ne vais pas prendre ta voiture pour un taxi, je te remercie mais je crois que j'en ai assez fait comme ça, je vais me débrouiller seule. Je charge mon charriot avec mon sac à dos de scout, auquel s'ajoutent parasol tabouret, ampli... C'est plus un charriot, c'est un cagibis, j'arrive même pas à le passer par la porte. En plus j'ai la guitare sur le dos, et un autre sac à dos sur le ventre. Lucio passe en coup de vent à ce moment là, ignore complètement la situation (sur-tendue, je vous raconte pas) , grand sourire, je te dépose? A contre coeur, ayant dit non à Pedro, je dis non à Lucio, mais accepte que Pedro m'aide à sortir de l'immeuble. Le charriot est intractable, il faut avoir l'imagination d'un McGayver, le courage d'un Rambo, la force de Superman pour envisager de prendre les transports en commun avec...! Pedro dit, at least let me drive you, you cannot take the bus with this. Ok, c'est vrai, faut le reconnaître. Il m'accompagne donc, une tension à couper au couteau, moi qui dit que c'est dommage quand même, c'est trop bête, allez on va se revoir, allez...C'est niet. Bon. Je n'insiste pas. On se quitte, aussi brièvement qu'avec Denis, étrange réminiscence. Je suis la reine pour défaire des liens aussi vite qu'ils ont été créés...

J'arrive à l'hostel. Spacieux, coquet, propre, internet, belles douches, une chambre pour moi toute seule, tout ça pour 11 euros la nuit, joli, merci HI! Promesses tenues, je reconnais le quartier, c'est à 5 minutes de tout. Chouette. Enfin, je suis seule. Je ne suis plus seule parmis les autres, je suis seule avec moi-même, et c'est drôlement sympa. Si j'ai envie de me taire je me tais, si je veux vaguer, je vague, si je veux zoner sur internet pour me détendre, je zone, j'attends pas 1h du mat' que tout le monde soit couché. Je dépose mes affaires, zone 7mn (20c d'euros) sur internet, et puis je pars chanter. Je veux aller au Lido. Paraît que c'est blindé. Le quartier est à 15mn en bus. J'arrive suante à l'arrêt, monte avec difficulté, descend avec de l'aide, je suis au quartier du Lido, personne. Je vais sur la promenade, personne. les cafés, les terrasses sont vides. Merdouille. Le sol est mouillé. Ah d'accord, il a plu. Bon, bah ça va sécher. Je m'installe sur une terrasse, dont une bonne partie est sous des arcade. Au bout de deux chansons, il pleut. Le café me laisse me réfugier en plein coeur de sa terrasse couverte, et continuer le tour. Une vache pisse. Il y avait 7 clients, il y en a plus que trois. Je chante Harvest de Neil Young. Passent des hollandais, qui la veille, m'avaient vue chanter à la marina de Funchal le soir, et s'étaient levés pour venir me remercier tout spécialement d'avoir chanté le Port d'Amsterdam. La femme se pécipite sur moi en clappant des mains en rythme sur la chanson, et me dis que c'est une de ses préférés, le bonheur sur son visage! Elle prend son mari, se met à danser avec lui, me regarde rayonnante. J'étais bien contente, ça fait plaisir! Elle glisse 5 euros, et "you made my day"! The pleasure is mine, thank you! Un autre client me glisse aussi un billet de 5, et bientôt il n'y a plus que deux locaux qui bouffent une pizza, et personne qui arrive à l'horizon... D'un glauque! 3 chanson, soit 10mn, 10 euros, c'est peut-être le moment de partir... Je clic-clac et pars dans le café d'à côté boire un coup en attendant un meilleur moment. La vache ne se soulage plus, je repère que ma précédente terrasse se remplit, j'y vais, je peux chanter sous le préau s'il vous plaît. Ouais... mais si les clients s'en vont, tu pars avec eux... Pfffff nen mais pour qui tu me prends! Comme si j'allais les faire fuir, nen mais dans quel monde on vit???! Je m'installe, je chante.

Ma journée a éte difficile, une enguelade, la pluie, le charriot qui pèse une tonne, j'ai une voix que je n'ai jamais encore entendue, très claire, mais très fragile, mélancotriste. Je réalise en chantant que je suis un peu plus touchée, ou touchable, que je ne le pense être. Mais c'est joli, moi en tout cas, j'aime beaucoup. Et le jeune homme qui est juste devant moi avec un couple d'amis aussi. Leaving on the jetplane et je l'aime à mourir sont tellemet douces, que les tourtereaux commencent à se rouler des pelles à répetitions, sans-gênes, devant le pauvre qui tient la chandelle, et ne me lâche du coup, plus du tout du regard... La terrasse se remplit, puis elle est pleine, quasi tout le monde applaudit à chaque fois, mission accomplie, je suis l'Alexandre le Grand, le Guillaume le Conquérant de la terrasse de café. Je chante 1h30. Mon seul souci, c'est qu'ayant commencé un peu tôt, je termine un peu tôt, personne n'a finit son repas, personne ne sort de table, et donc personne ne passe par ma boîte à sous.... Je vais donc voir les deux restos qui partagent la terrasse et après m'être incrustée en beauté, je demande si je peux maintenant, par dessus le marché, passer de table en table avec ma boîte. C'est oui de toutes part... Chouette! Je monte sur mon tabouret, prend mon micro, explique d'où je viens, comment, où je vais, comment, ce que je fais, pourquoi, et de quoi j'ai besoin, money money! je vais passer avec ma boiboite, péparez les sousous! Je passe de tables en tables, fais un brin de causette avec chacun, d'où venez vous? Merci beaucoup! J'arrive à la dernière table, on me propose un ponch, je m'asseois, je compte, 52 euros, chouette. En tout pour 1h40, 62 euros, bad day but good money! Mon seul soucis c'est qu'il pleut des cordes et que je ne peux pas rentrer. je vais voir le boss de la pizzéria. Dis, tu connaîtrais pas quelqu'un qui peut m'amener à Funchal en voiture? Attends moi une heure, je te dépose. Merci! Je ponche avec un français, un turque et une estonienne, le boss débarque, me dépose à l'hostel, monte tout mon barda à la reception, et me dit de revenir vendredi soir, ça sera encore plus blindé et tu te feras encore plus d'argent, nous on adore en tout cas. Merci merci!

lundi 5 octobre 2009

Stranger in the street

Ce matin, je me lève, et bonheur... il fait beau! Ça veut tout simplement dire: au boulot! J'aide Pedro à nettoyer tout l'appart parce qu' un nouveau locataire arrive, Lucio, prof de sport, et il me pique ma chambre le bâtard! Je suis éxilée au canapé, quelle honte! On frotte, on brique, je vais chercher mon café au lait au troquet d'à côté, clopinette sur balconnet, je prends une douche, je mets des boucles d'oreilles, un haut léger, un calçon noir, je prends à sweat à capuche, on sait jamais, et on va en caisse me déposer en plein centre avec tout mon bardas. Prmière cible, café du Teatro, ils ne m'ont jamais rappelée, je vais le leur faire regretter. J'arrive, me plante devant la terrasse, à l'ombre, devant le regard curieux des clients. Je chante. Maintenant je suis sur des rails, ça coule tout seul, plus peur, plus sueur, seim profik, je suis une pro. On me filme, on me photographie, je suis couleur locale, trop classe. J'ai ma petite boîte impression panthère devant moi, et ça met des pièces à tout va. Je fais L.O.V.E en final, je prends le plus beau du quartier pour venir danser avec moi, succès total, on fait un chouette couple. Il reste discuter avec moi ensuite, et m'indique des bars où chanter. Fich, muito obrigada. Je sors de scène, ou plutôt de la rue où je me trouvais, et vais prendre une eau gazeuse-cloppe dans un autre café. Je me pose, et compte mes pièces... suspense...suspense...Il y a 46 euros, pour 1h30, c'est très correct. Je ressens une liberté intense. Je suis autonome, indépendante, je peux aller où je veux, je me défonce au micro, et les passants me le rendent bien, je suis invincible, irréductible, je suis chanteuse! J'ai l'impression de vibrer de tout mon corps, jamais de ma vie je n'ai fait quelque chose d'aussi fou et lucratif a la fois, j'en ai presque le vertige. Je suis toute seule avec mon eau gazeuse et mon pécule, mais je suis forte, j'ai confiance.



Une demie-heure de pause, et je ne tiens plus, je pars dans une autre rue, seconde cible, Apolo, qui m'a annulé deux fois. J'arrive, j'ai même pas commencé à déballer mes affaires que déjà les passants se pressent autour de moi, les p'tits vieux portugais sont intrigués, les clients des deux terrasses qui m'entourent retournent leur chaise pour avoir une vue imprenable sur celle que Jésus adore... Je commence, tout roule, tout coule, et les pièces tombent sonnantes et trébuchantes dans ma boîte panthère...L.O.V.E avec un ado post-pubère, qui prend la guitare ensuite pour jouer deux de ses compos qui ont leur petit succès. A la fin, quand j'ai tout remballé, il ne reste que ma boîte à sous par terre. Je l'attrappe, et je fais un tour de terrasse façon tour de stade de footballeur qui vient de marquer, en courant, en la secouant au dessus de ma tête et criant de joie, je partage mon bonheur avec mon public, mon public partage mon bonheur avec moi, tout le monde hilare, on applaudit, on crie, bravo bravo! Je pars, rompue mais comblée. Je vais dans un autre café pour compter mes sousous, il ya 50 euros! Bonheur, joie! Je vais téléphoner aux parents pour leur annoncer la bonne nouvelle, je fais ma crâneuse sur facebook, et je pars à la marina, retrouver les tchèques et les suisses.

So? Tso? 96 euros, I sang twice! No way, we are so happy for you! yes yes, it's amazing! Je dis à Martin le tchèque, je te donnes dix pour cent, ça te paiera la marina, mais il veut pas. Mais c'est ta batterie, sans toi j'aurais jamais pu gagner presque cent euros. Ne. Bon alors je vous paie les bières. Ok, fakt dubri. On est tous trop contents, je me pose une petite heure et demie, et vais me planter devant trois restos côtes à côtes sur la marina. Je chante de 20h30 à 10h, je fais la thèque compo pour les tchèques, joliment intitulée "kurva pisnitzka pra thekie", bonheur, plénitude, I love you guys, mie loi thecki. Je sors vidée, pas de L.O.V.E, j'ai pas la force. Mais j'ai la boite à sous bien pleine, je compte, 41 euros, ça fait en tout 137 euros, te motz, allez les copains, c'est ma tournée! Je rencontre un brésilien qui vient me voir après le concert, je lui demande s'il pense que ça va marcher au Brésil, il dit qu'absolument, je n'ai pas de soucis à me faire. On va prendre une bière avec le crazy group, crazy french girl, les p'tits suisses, and crazy tchèques, maintenant on espère qu'une chose, c'est que les tchèques trouvent un job. Moi j'ai Roberto Xavier, le directeur du centre, demain au téléphone, et je vais tout faire pour qu'il engage au moins Maya.

Pedro est venu me chercher à 23h15 à la marina, il fait ça tous les jours, trop sympa, how did it go? 136 euros my friend! Good girl, I'm proud of you! Riz aux légumes, soupe de carotte, blog, clope, et au lit!

dimanche 4 octobre 2009

Kamikaze singer



Aujourd'hui, j'ai eu la preuve par A+B que quand on veut réussir dans la musique, il faut y aller au culot, et pas autrement. Ce matin, je me réveille, il pleut des cordes. Mais je dois aller chercher ma batterie qui pèse dix tonnes, à la marina de Funchal où les tchèques et les suisses viennent enfin d'arriver. Nous nous préparons à partir avec Pedro, et il me demande si je prends mon chariot de romano. Je lui dis que non, il pleut trop, je vais trouver nulle part où chanter, tu penses que je devrais le prendre? Oui, on sait jamais... Ok. Dans la voiture je réfléchis, et je dis à Pedro: "Je sais, je vais aller au Dolce Vita center, je vais me poser en vitesse et attendre qu'ils me virent, ça se trouve ils aimeront tellement qu'ils auront pas le courage de me mettre dehors..." "why not crazy french girl? You're a kamikaze singer!" "Yes! exactly!". Il me dépose à la marina, j'arrive avec des croissants chauds plein les bras pour les suisses et les tchèques, mais c'est toujours la déprime chez les tchèques, ils n'ont que de très minces chances de trouver un job, morte-saison oblige, et la marina veut qu'ils payent d'avance, ce qui leur est complètement impossible... Les croissants apportent un peu de réconfort, et la vision de mulet surchargé que je donne une fois tout mon bardas sur le dos et sur le charriot leur fait venir un petit peu de sourire. Je pars, traînant un ampli, un guitare, un tabouret, une batterie de 10-15kg, un pied de micro, un micro, un jamman, un sac a dos, un pupitre... te motz! Ok, I come back with big money, see you tonight! Et hop, en route pour Dolce Vita, à 15mn a pied, mais en montée.
J'arrive, suant, transpirant, je vais au rez-de-chaussée, et commence à m'installer, tranquilou bilou, comme si de rien était.... J'étais sur le point de dégainer ma gratte, d'armer le jamman et de tirer ma première chanson quand une hotesse vient me voir, tout sourire (conversation en portugol que je vous retransmets en français):
- Je peux vous demander ce que vous faites?
- Je vais chanter!
- Vous avez une autorisation?
- Oui, j'ai télephoné à la mairie, ils m'ont dit que je pouvais faire ce que je veux, ou je veux, j'ai un visa de 3 mois (serial baratineuse!!).
- Oui mais vous avez une autorisation d'ici, du centre commercial?
- Non, mais je suis disponible quand vous voulez pour parler avec le directeur...
- Ne bougez pas, je vais le chercher.
Il faut savoir que le dirlo en question, je connaissais son nom, Roberto Xavier, je m'étais rencardée et je lui avait envoyé un mail avec du son, des vidéos, je n'avais eu aucune nouvelle. J'avais repéré un piano bar au centre du centre, où je m'étais dit que je pourrais trôner dans toute ma splendeur....mais rien. Là j'étais bien contente, le dirlo allait venir, tout ce que j'éspérais c'était le rencontrer, c'était de bon augure...
Roberto Xavier arrive.
- Bonjour...
- Bonjour, vous êtes Roberto Xavier!
- Oui. (la surpirse du type quand il voit que je connais son nom...!). Qu'est ce que vous faites là?
- Je vais chanter!
- Mais vous ne pouvez pas, il vous faut une autorisation.
- Très bien, alors je vous demande officiellement l'autorisation, vous acceptez?
- Mais ça ne se fait pas comme ça, il faut prendre rendez-vous, vous écouter.
- Vous pouvez m'écouter ici, je suis prête, il me reste juste à brancher la guitare...
- Non, ici c'est pas possible, et vous ne pouvez pas venir comme ça, vous installer et demander de l'argent, ça ne se fait pas.
- Oui mais vous comprennez il pleut dehors, c'est le seul endroit ou je peux chanter, et si vous voulez, je ne demande pas d'argent, vous avez qu'à m'écouter, et si ça vous plaît, vous me prenez!
Il hésite...
- Ecoutez Mr Xavier, je sais que normalement il faut des autorisations, des papiers, mais moi je suis une artiste, je parle avec mon coeur, et j'agis par instinct, de temps en temps, il faut oublier l'administratif, et privilégier le côté humain, vous ne pensez pas?
- Ok ok, mais il ne faut pas que tu chantes ici, vas t'installer là haut au piano bar, et on va voir ce que ça donne.
- Merci Merci merci, j'y vais tout de suite!

Le piano bar! J'en rêvais, Roberto l'a fait! Je replie, je remonte, je re-déballe et commence aussitôt, j'ai une permission d'une heure, je vais faire tout ce que je connais de mieux, et par
coeur. Je chante liberta, je la conduis les yeux fermés même avec dix verres de pastis dans le pif, ça devrait le faire. Mais j'ai une pétoche du tonnerre... Le dirlo me fixe du regard, rejoint par un pote visiblement, le personnel, hôtesses et compagnie, ils ont les yeux rivés sur moi, et si je me plante, ça ne passera pas. Mes doigts suent, et suis en nage, je n'en peux plus de sueur, je tremble de tout mon corps. Mais j'envoie quand même, il ya moins de gens qu'à la marina, allez faut pas flipper. C'est vrai qu'il y avait quasi personne d'assis, en tout peut-être une dizaine de paires d'yeux me regardaient avec curiosité. Je termine, deux trois clapements de mains. Je continue, je leur parle, qui je suis, d'ou je viens, c'est quoi la prochaine chanson, et dans quelle langue. On se déride, on sourit, je chante la suivante en portugais, Esquadros, vous la connaissez pas mais les gens l'adorent, on clappe un peu plus, une autre, les badauds s'arrêtent, une autre, ils s'assoient, une autre, ils restent, bientôt toutes les tables devant moi sont occupées, les hôtesses et les hôtes filment ou photographient avec leurs portables, on opine du chef, on approuve, on aime!!! Bouquet final, L.O.V.E, je choppe un gars, viens shaker de l'oeuf mon coco, allez danse avec moi maintenant, top ambiance, on tappe des mains en rythme, on applaudit très fort à la fin, petite effervescence au centre du centre! Les tchèques et les suisses débarquent complètement hallucinés, j'étais partie en disant que j'allais me faire kick my ass by security guards of shopping center, very probably..., et ils me retrouvent sur une estrade bien en évidence au piano bar du dit shopping center...!

Je termine, et l'hôtesse vient me voir:
- Le directeur va arriver, il voudrait vous parler.
- Nice, vous avez aimé?
- Sim, muito bom!
- Et la gente?
- Tambem, tambem, e o director tambem.
Je range, le directeur arrive.
- Je peux vous parler, vous voulez aller prendre un café?
- Oui, mais d'abord je dois ranger...
- ne vous pressez pas, je vous attends.
Pardon? Le directeur m'attend??? Je crois rêver, je flotte sur un petit nuage d'égo surdimensionné...
Je range, le directeur m'emmène à une table du piano bar.
- What is your name?
- Anna.
- Well Anna, it was very nice, the people liked it, the staff told me you were very good, and the first songs I saw were really nice, I'm sorry I had to leave after...
Mais ne t'en fais pas mon mignon, tu es tout pardonné, tu aurais pu rester jusqu'au bout, me lancer des fleurs et venir me baiser la main a ma sortie de scène, mais je ne vais pas t'en vouloir parce que tu as d'autres priorités que ma petite personne, on a tous des devoirs...
-No problem, I understand.
- Ok, we have a pianist that comes usually, but I like what you do, it's good, the people like it, you can talk to them, it's nice. I would like you to sing twice a week for a start, how long are you here in madeira?
- I don't know, I am looking for a boat to go to brazil, so some of them are living on the 17th, so at least, 2 weeks.
- Ok, but even for 2 weeks it would be nice. The only problem I have is that you have no official working paper, and no receipt to give me when I give you the money, so is there some things you need?
- I don't know, for now I have food and shelter, but maybe I will have to move, if you know a place I can stay..
- Maybe we can pay you the hotel for two weeks, and give you free access to the supermarket, but I will have to talk to the big boss first
- Ok, and also, I have two tchek friends, they need a job for two or three months, it would be nice if you could do something for them.
- I will talk to the boss, I can't promess you anything because I don't like to promess without being sur I can give, but I'll see what I can do, because I really like your singing.
- Ok, and also, I also need to go to Brazil on a sailing boat, so if you have any idea how to help me with that... So I just repeat everything I need, I would like food and shelter, jobs for the tchek people, or boat to brazil, if you can give to me any of that, I will sing for you anytime you want.
- Ok, I will talk to the boss on tuesday, and then I call you, give me your phone number, and take mine.
On échange les numéros, franche poignée de main, je ne vous ai pas tout retranscrit mais entre temps je lui ai raconté mon histoire, celle des thcèques, ça l'a étonné et beaucoup intéressé, et il m'a dit que c'était important pour lui de donner des opportunités aux gens comme nous, les gens du voyage quoi...

Je vais sur internet, puis rejoint la bande des crazy people au café de la marina, je leur raconte tout dans les détails, ils sont morts de rire, crazy, crazy french girl, everyday something crazier, thank you for asking the jobs, oh lala, qu'est ce qu'on s'aime!

Soudain, une française que je ne connaissais pas débarque à notre table et nous fait coucou en disant: "c'est l'heure de l'apéro?", et aprés elle part à la douche. Moi je ne perds toujours pas le nord, je demnde si elle a un bon voilier, et où elle va. Le suisse me dit, shit I forgot to tell you, she knows two young men that are going to brazil and they are lokking for someone to go with them. Je détale pour la rattrapper avant qu'elle n'aille se laver, s'il vous plait! Je suis française comme vous, et je voudrais savoir comment contacter le bateau que vous avez rencontré et qui cherche un équipier! Oui, il s'appelle sabali, vous allez sur google et vous trouverez leur blog, et leur contact. Merci! Je re-fonce au café où Martin a pris son ordi, je lui taxe, tape Sabali (titre d'une chanson d'Amadou et Mariam que j'adore), trouve le blog, l'adresse, et fais ma demande. Auparavant j'avais quand même questionné les français sur ces deux mecs, très bien sous tous rapports, diplômes tous frais d'ingénieurs, bateau qui tient la route, tu peux y aller confiante.

On dîne avec les tchèques, encore des histoire incroyables qu'ils me racontent sur leur pays, crêpes de pomme de terre saucisses, café-clopes, Pedro vient me chercher, hallucine total sur la journée dont je lui fais le récit, good girl, you know what you want... A l'appart je saute sur l'ordi, Sabali a répondu, on a peut-être un équipier à Dakar, mais on va réfléchir, et si on entend parler de quelque chose, on te rencarde. Déception, acceptation, je suis habituée maintenant...Le moral est bon, c'est ça qui est important.

samedi 3 octobre 2009

Like a hoboe

Les tchèques et moi, on est solidaire, je partage leur galère, je la fais mienne. Ils n'ont pas d'argent, mais ils m'accueillent sur leur bateau quand je chante à Quinta, me donnent à manger, me donnent à boire, me parlent en tchèque, me racontent leur pays, leur histoire. Ils sont courageux, et en ce moment, ils sont dans la mouise jusqu'au cou. N'ayant plus un kopeck, ils ont dû partir il ya 4 jours au mouillage, car ils ne pouvaient plus s'offrir les prix exhorbitants de la marina de Quinta. Mais il s'est mis à pleuvoir, à venter, et leur roots boat ne leur permettait pas de rester à l'ancre en sécurité. Ils sont donc rentrés penauds à la marina, avec juste assez d'argent en poche pour pouvoir se payer 3 jours de tranquilité. Ensuite, une fois la mini transat partie, ils pourront aller à la marina de Funchal, beaucoup moins chère, et située dans la capitale, et qui dit capitale dit job, qui dit job dit sousous, qui dit sousous dit voyage...

Ayant juste de quoi payer la marina, ils n'ont plus d'argent pour la nourriture. C'est leur problème. Mon problème à moi, c'est que je ne trouve pas de bar avec une license me permettant de jouer. Je n'ai pas trop le temps ni l'énergie de chercher non plus, entre les répètes, les concerts, les aller-retour entre Quinta et Funchal (40mn en voiture) avec tout mon bazar, et les moments oú je dois me reposer, la fatigue, physique ou émotionnelle, n'étant jamais très loin, c'est diffile.
Hier, c'est la crise sur Alya. Je fume une cigarette sur le pont, reposée, mais un peu angoissée à l'idée de devoir encore me balader, guitare au dos et à pied, dans les rues qui montent et qui descendent de Funchal, pour trouver un bar où chanter. Et j'en ai marre des oui, qui se transforment en non, des espoirs faussés, des déceptions harrassantes. J'entends des cris, ça se dispute en tchèque, il y a des "kurva", des "pardel", c'est pas bon signe. Je descend: "Tso? what's going on?". On ne veut rien dire, mais j'insiste. "We don't have enough money to pay for the marina, AND to buy some food, we don't know what to do." Moi je demande combien c'est. C'est fifty-four. Ça fait 1h30 de chant. C'est mes potes, ils m'ont accueilli, s'ils n'ont plus de bouffe, je suis en partie responsable, don't worry, I pay for it, you pay me back when you find a job and get some money. Yes but what if you leave? Western union. Ils sont trop gênés. Moi aussi. C'est toujours délicat les problèmes d'argent entre amis. Mais bon, là, je vais quand même pas les laisser crever de faim, ça fait dix jours qu'ils bouffent des pâtes au dejeuner et au dinner, pas cool. Les coffres sont vraiment vides, je les ai vu. Je vais à l'office, je tente d'avoir les trois jours gratis, c'est non, un discount, c'est non, fils de putes, bon allez, aboule la game boy, kurva.

Soulagement des tchèques, diké motz crazy french girl, neni zatch tivole, on va fêter ça autour des derniers...grammes de pâtes qu'il nous reste! Fakt dubri tivole! Bon, les tchèques sont rassurés, mais moi, j'ai un trou de 50 euros dans mes finances, et pas de nouveau bar pour me remplir un peu plus les poches. Et en plus il pleut depuis deux jours, et s'il pleut samedi, cette foi-ci je chanterai pas dans le bar, parce que ce week-end c'est October Feist et il y aura personne. Je suis bien embêtée. On squatte à l'intérieur, averses oblige, j'apprends des nouveaux mots en tchèque, au point qu'une très modeste compo me vient, on la filme, on rigole bien parce qu'on sait tous ce que ça veut dire, on la mettra sur la page des tchèques, te moootz tivole, kurva fakt dubri, seim profik...Le soleil revient, je monte sur le pont avec Maya pour café-clopper. je me confie. "I am fed up with depending on the damn fucking bars to sing, I would like to be independant, go in the street, just sing there and get the money from the people... But I need a damn fucking battery, ans I don't have any, so I will have to fucking buy it, and I will spend some fucking more money, I am fucking tired of all this..." Maya cogite..."Martin is electrician you know, and we have some batteries on the boat, we can ask him to see if he can manage to do something about it.." Lueur:"Yes, why not? Good Idea!" Elle va chercher Martin qui est aprti quelque part, on ne sait où. En attendant je me dirige vers les douches. En chemin j'apperçois de loin un beau tigre grand, jeune et bronzé, j'ai vu qu'il était sur un bon voilier avec quatre personnnes, je vais demander où ils vont. Je l'aborde: "Desculpe, where are you heading to?" "oh, it's the end of the trip, we go back to Australia by plane tomorrow" "Oh, shoot." I'm Andreas, what is your name? I'm Anna, I want to go on a boat to brazil. I'm french, are you from austria or australia? actually I am from Peru, I study in Vienna. Oh me encanta america del sur, pase 7 meses en argentina, me encanta hablar castellano. Que bueno, asi podes practicar un poquito conmigo si querres, etc.... On tchatche tranquilou de tout et de rien pendant un quart d'heure, jusqu'à ce que Martin revienne avec Maya, come on Anna, let's see what we can do, I think I can find a solution. Great, che Andreas, nos vemos! Si nenita, nos vemos, hasta luego!
On va au bateau, Martin se met au travail et nous vire de la cabine, dehors les meufs, je veux personne autour de moi quand je bosse. On va sur le pont et on admire les jeunes éphèbes autrichiens qui débarquent leur bateau. Maya me demande, crazy french girl, il a l'air de te plaire le gros chat, ah c'est sûr qu'il est à mon goût, en plus il est sudaméricain, penses-tu, c'est trop bête qu'ils partent demain... hano. Tout d'un coup, le gros chat se dirige vers notre catway, deux gros sacs dans les bras. Che, tenemos comida que sobre, ustedes necesitan? Maya ouvre des yeux grands comme les hublots du Queen Mary, yes of course! We need everything, we don't have nothing!!! On ouvre les sacs, il y a du saucisson, du jambon, du gouda, des patates, de l'ail, des oignons, du beurre, du lait, des céréales, du riz, des gâteaux, de tout! Le gros chat repart après m'avoir laissé son numéro de portable pour que je les appelle ce soir quand ils iront October feister à Funchal, Maya n'est que gratitude et remerciements, you are crazy, crazy french girl, you are so lucky! Martin est trop content, et moi, je remercie la vierge, ma bonne étoile, le Grand Ordinateur, la vie, de me permettre de pouvoir donner autant de bonheur à mes crazy potes. Vingt minutes plus tard, un autre gros chat, blond cette fois-ci, arrive avec un autre sac, encore du lait, des patates, et des gâteaux. Te mootz, It's too much!!! Ils sont the "austrian angels", danke danke!! Yes yes, I call you tonight when i get to Funchal, OF COURSE!!!
20 minutes plus tard, Martin me dit de venir faire un essai avec le matos de musique. Surréaliste branchement de guitare et jamman sur Alya, et... ça marche!!!! Ok, la batterie est à toi! Attends attends. On va faire un deal. Cette batterie me fait économiser de l'argent et elle va me permettre d'en gagner. Si je l'utilise, vous ne me remboursez pas la marina, un prêté pour un rendu, ça marche? we have a deal? We have deal, crazy french girl! Joie, bonheur, plénitude sur maya, je fais la tchèque compo à deux voix grâce au jamman, frissons de bonheur de toutes parts...Les tchèques et moi, c'est à la vie à la mort, un pour tous et tous pour un. Ils arrivent samedi à Funchal, j'achète un charriot métallqiue comme les roumains du métro, un parasol, une boîte à fric, une boite imperméable pour metrre la batterie qui craint la chaleur et la pluie, et dimanche, je fais les sorties de messe, les rues piétonnes, la marina, les shopping center, tudo! Je suis libre comme l'air désormais, indépedante, autonome, et les passants vont juste m'a-do-rer!

Rester, c'est mourir un peu

A paris j'étais éteinte. Mollusque, méduse, barbaque, appelez ça comme vous voudrez, je n'étais rien. De l'envie, zéro. Du désir, aucun. Une fois, il y a longtemps, incapable de décider moi-même sur quel pied je devais danser ma vie d'adulte, j'avais été voir, sur les conseils d'une amie de la chorale, un psychologue orientateur. Il m'avait posé cette question: "Je ne te demande pas ce que tu veux faire, dis moi juste, de quoi as-tu envie, quels sont tes désirs?" "Je n'ai envie de rien". Il m'avait répondu, stoique, professionnel, philosophe: "L'absence d'envie, l'absence de desir, c'est le début de la mort." Peu de temps après, il rendait son dernier soupir...

Oú peut-on trouver les réponses aux questions que l'on se pose, les solutions aux problèmes que l'on rencontre? Je pense que c'est en cherchant dans son enfance: pour savoir l'adulte que l'on veut devenir, il faut se souvenir de l'enfant que l'on était. J'étais une enfant assez gaie, extravertie, curieuse, rêveuse, et extrêmement romanesque. Jétais fascinée par les héros de roman, d' opéras, et je m'indentifiais complètement à eux. J'étais Carmen, Scarlett O´hara, la Traviata, Heidi, Annie, Lancelot, Oliver Twist, Charlie, Ivanhoé... Pourquoi? Je ne sais pas. Comment? J'ai ma petite idée. Une maman aimante, attentionnée, investie dans notre éducation, ou plutôt dans notre développement personnel, car elle ne se bornait pas juste à faire de nous des fils de bonne famille, bien polis, bien comme il faut. Elle n'avait de cesse de nous plonger dans des histoires, et de développer notre imaginaire. Elle nous lisait "Peau d'âne", nous le montrait en vidéo, et après nous dégotait une vraie peau d'âne de déguisement (il faut le faire quand même, connais personne qui ait une peau d'âne dans ses placards...), et nous cousait elle-même la robe couleur du soleil, et ce, pour chaque personnage que nous affectionnions. Nous avions des déguisements de Carmen, de Robin des bois, de Lancelot, d'Alice au pays des merveilles, de Bécassinne, et quasiment tous faits à la main, fabriqués avec patience et amour par notre maman. Elle nous lisait à haute voix deux heures par jour pendant les vacances, en mettant le ton, elle nous emmenait au musée, dans les châteaux, et pour chaque pièce, chaque oeuvre, avait une anecdote à raconter pour nous intéresser à l'histoire des lieux que nous visitions. Plus tard, elle se démenait pour nous emmener à l'opéra et à la comédie française, organisant tout pour que nos cousins et nos amis nous y accompagnent, et tous ensemble nous passions un bon moment, encore et toujours, grâce à maman. Elle et Papa ont toujours éte disponible, affecteux et à l'écoute, jamais ils ne nous ont empêché de rêver. Au contraire, ils nous y ont toujours encouragé. Mon aîné est devenu navigateur, mon troisième aurait pu être pilote de chasse, et moi, je chante.

En quittant les bras de mes parents, je suis tombée dans ceux de Nicolas, le garçon le plus rêveur que j'aie jamais rencontré. L'adolescence, l'influence des modes , m'avait laissé blasée, désabusée, ne cherchant qu'à provoquer, choquer et faire parler de moi, en bien ou en mal. En commençant mes études de commerce, je m´étais résolue à entrer dans le moule, à me faire plus discrète, je m'étais fait une raison. Je n'avais pas suffisamment de talent pour être artiste, il fallait me ranger. J'exhibais à l'école de beaux chemisiers, et une médaille autour du cou, je voulais faire ma bourgeoise, fatiguée d´être adorée ou détestée, je voulais juste qu'on m'apprécie, et faire comme tout le monde. Mais Nico est arrivé, des rêves plein le coeur, des étoiles plein les yeux, chevauchant sa guitare qui ne le quittait jamais. Anciennement violoniste, je trouvais que la guitare c'était cheap, l'instrument par excellence du baratineur professionnel qui vous joue Aline, des trémolos dans la voix, au coucher du soleil sur la plage. Je détestais cet objet, et je détestais même quand Nico en jouait. Tous ses amis n'écoutaient que du Django Reinharts, du Santana, des chansons à guitare, et moi je n'en pouvais plus. Au bout d'un an je crois, après que Nico a insisté moults fois, un jour, j'ai pris l'instrument, gratté un accord, et depuis ne l'ai plus lâché. La guitare, c'était mon dada. Nico m'apprenait des morceaux, me montrait ses compos, il était mon mec, mon amour, mon idole, mon héro, et je voulais tout faire comme lui, jouer, chanter, composer. Alors je fis tout comme lui. Il m'encourageait, trouvait que je n'étais pas trop mauvaise, et me disait toujours, que si je voulais faire quelque chose, je pouvais le faire. J'étais selon lui mon propre chef, et il n'y avait personne à qui je devais rendre des comptes, ma vie n'appartenait qu'à moi. Sa phrase c'était "Tu les emmerdes!". Lui faisait tout pour qu'on lui fiche la paix, refusait l'argent de son parrain, travaillait juste assez pour qu'on ne fasse pas état de ses résultats, et une fois son devoir accompli, son diplôme en poche, il a trouvé du travail, économisé, puis il est parti vivre sa vie ailleurs, et différemment, pour mieux revenir, pour mieux grandir, pour s'ouvrir. Moi à l'époque j'avais un petit pois, je ne voyais pas plus loin que le bout de mon nez, et n'avait aucune volonté, sinon celle d'aimer Nicolas, et de découvrir plein de choses à son contact. Puis j'ai quitté Nicolas, puis Nicolas m'a quittée. Mais en fait il ne m'a vraiment jamais quittée et ne me quittera jamais vraiment, car ce que je fais à présent n'aurait jamais été possible si je ne l'avais pas rencontré, et toujours, ma vie sera placée sous le signe de ce premier amour, guidée par lui. Oubliée la petite bourgeoise, oubliée la révoltée, retrouvée la rêveuse. Dike Nicolas.

Mais sans amour, je ne rêve plus. Paris, ville fantasme aux yeux de tous, est ma prison dorée. Son opéra, sa comédie, ses boulevards, ses cafés, ses restaurants, ses habitants, ne m'attirent plus. Paris, ville merveilleuse, me fait cauchemarder. Je la connais trop, ou pas assez, en tout cas je ne me sens pas libre de m'y exprimer. Ne lisant pratiquement plus, les héros que j'aimais tant se font rares, et dans la vie de tous les jours, à part mes parents, ou Nicolas, je n'en croise jamais. Il faut dire que minée par l'ennui que je ressens, je ne cherche même plus à aller à leur rencontre, sortir de ma bulle pour m'ouvrir aux curiosités m'est devenu impossible. Soit je me terre, soit je pars loin.

Loin de Paris, loin de la France, loin de ce que je connais, loin de ceux que je connais, tout se transforme, et les vents tournent. L'enfant revient. La curiosité, l'envie, les désirs, et les héros réapparaissent. Aujourd'hui ils m'entourent, et partagent mon quotidien. Martin et Maya, les crazy tcheques, les jean sans peur, qui voyagent, et travaillent, et voyagent, et travaillent. Martin et Myriam, les P'tits suisses de la montagne, qui n'avaient jamais fait de voile auparavant, il est temps à présent de raconter leur histoire à eux.

Martin (le suisse) vivait dans sa jeunesse à côté d'un lac. Son père acheta un jour une vieille épave d'un bateau à moteur en bois, qu'il retapa avec l'aide de ses jeunes enfants. Une fois rénové, ils passaient leurs week-end sur le lac, à se balader et à pêcher. Ils rencontraient des marins, des voileux, qui leurs racontaient des histoires de croisières, de voyages. Ça faisait rêver le petit suisse. Il a rencontré Myriam, la mer, la voile, connaît pas. Il lui parlait toujours de partir un jour, à deux, en bateau, loin. Elle avait beaucoup de mal à imaginer la chose, n'ayant jamais navigué, il était difficile pour elle d'envisager la possibilité d'une croisière. Mais Martin ne lâchait pas l'affaire et parlait tout le temps de son désir d'aller. Un jour, elle a dit banco. Ils travaillaient tous les deux, ils ont économisé, acheté à deux (ils ne sont pas mariés, ni même fiancé) le voilier d'occase, Martin l'a retapé dans un vieux hangar pendant les longs week-end gelés d'hiver (il faisait parfois -15 degrés), un an de travail et de sacrifices, des sous de côtés, le bateau retapé, fin prêts, ils sont partis pour vivre leur rêve. Ne sachant pas naviguer, ils ont fait moults stages...
A coeur vaillant, rien d'impossible.

Avant-hier je me suis rendue compte que toutes les personnes qui m'entouraient dans cette marina étaient des héros, les suisses, les tchèques, Patrick le français qui va traverser l'Atlantique seul dans son 6.50, puis faire la road 66 seul à vélo, Anne la bateau-stoppeuse, monitrice aux Glénans qui part faire ses études d'ingénieur au Chili, et qui a décidé, la rentrée étant en mars, de prendre son temps pour s'y rendre en bateau, son mode de transport préféré. Oú sont-ils, ces héros, à Paris? Où les trouve-t-on? Il faudra que je cherche, mais c'est sûr qu'en hibernant chez moi, je n'avais pas de grandes chances de les rencontrer. Rester, c'est mourir un peu. En ce qui me concerne en tout cas. Maintenant je sais pourquoi je suis partie, pour retrouver les héros qui ont bercé mon enfance, les rencontrer, et m'en inspirer pour construire la vie, et les bonheurs qui seront les miens.

jeudi 1 octobre 2009

Un dimanche a Madere

Le lendemain du concert, je me leve et me demande comment va se derouler ma journee. On est dimanche, le septieme jour, le Seigneur se repose, mais pas celle que Jesus aimait... Je suis loin de me douter que je vais assister a un rassemblement d universalistes, et que j irai dans un bureau de vote. Dimanche totalement couleur locale.... Le matin je fais du stop pour aller a Funchal, parce que le dimanche il n y a quasi pas de bus, et le taxi, c est trop cher. Je tombe sur une famille Maderienne, qui m emmene a l eglise universaliste de Machico. Je me retrouve au milieux de petits portugais tous poilus sentant bon la morue, et on essaie de me faire ingerer moults plats a base d ail tronant odoramment sur un buffet. Je fais un peu tache, ils pensent que je suis suedoise et que j ai dix-huit ans....Je parle un portugol impeccable, ils comprennent, personne ne comprend mes pauvres parents par contre. Toute seule? Voyage?! Chanteuse?!! Bresil?!!! Bateau?!!!! Et ta famille? Et tes amis? Ils ne te manquent pas? Mais comment tu fais pour t eloigner d eux? Moi peux pas. Et ben moi je peux, et toc! Na! Allez j y vais, merci pour l ail, la morue, le ride, et bom domingo a tudos!

Je vais au cyber, ecris blog, arrange appointment avec Pedro devant shopping center. Il vient me chercher, bonne bouille toute ronde, il parle un anglais impeccable, il est prof de portugais-anglais.... decidemment, la chance me sourit! En ce moment, le matin il a des classe de jeunes, et le soir des retraites. On devine a sa facon de parler qu il a une infinie patience. Comme Reinaldo, il me demande quelles sont mes exigences en matiere de nourriture, mais, soucieuse de ne pas le bouleverser dans les siennes, je lui retourne immediatement la question. Il a un special diet, il ne mange que du poisson, le soir soupe-salade, beaucoup de legumes et de fruits. Je suis aux anges.... Parfait, je peux dire sans mentir que je suis exactement le meme regime. Ajourd'hui c'est dimanche, je dois aller voter, ca prendra deux minutes, ficas no caro or you come with me? I go with you of course! Et je me retrouve dans l'ecole communale du coin, portugais, petits, grands, jeunes, vieux, viennent aujourd hui decider de l'avenir de leur pays en élisant les membres de leur gouvernement. Et je suis là pour y assister, je participe, je decouvre, j'observe, je vis!
Retour voiture, direction Canico chez Reinaldo pour recuperer mes affaires, et prendre un dernier pot avant les aurevoir. On se rend a l'hotel do Galo, cafe perche en haut d'une falaise avec vue imprenable sur la mer, tout simplement magnifique. Mes deux comperes parlent protugais, et j'en profite pour me laisser aller a mes pensees. C'est un reflexe acquis en Argentine. On ne peut pas toujours être au taquet et essayer de comprendre tout ce que les gens disent autour de vous. Déjà, quand ils s'adressent a vous, vous méningez a toute blinde, mais quand ils parlent entre eux, vous pataugez carrement dans la mélasse. Alors tout d un coup, vous switchez, vous tombez dans un autre monde, le votre. Vous etes present physiquement, vous avez de la compagnie, mais vous etes seul avec vous meme et le blabla de votre entourage devient un lointain brouhaha, toile de fond de vos reflexions. Et si vous etes face a un magnifique paysage, cafe au lait chaud, petite cigarette legere, vous plongez dans la fosse abyssale de vos pensees. Moment tres agreable, et tres reposant. Plus de mots, plus de langues, plus de questions sans reponses, zeeeeeeeeeen.
On se quitte, on se retrouvera vendredi a la teuf de Marcela, et on s appelle pour aller grailler des suchis.
Suspense suspense... comment ca va etre chez Pedro?
Rue calme, bel immeuble, parking, ascenseur, ca se presente plutot pas mal....
il ouvre la porte... alors... alors...
oooooooohhh, c est trop bien! Vaste salon, couleurs claires, bon canape, je repere l endroit ou je vais poser tout mon matos et repeter, face terrasse.
Terrasse justement, petit siege pour petites clopes, vue imprenable sur l ocean, je suis abonnee...
Une chambre tres coquette pour moi toute seule, et cerise, je peux rester la autant de temps que je veux.
Pedro opine du chef a tout ce que je lui raconte sur ma vie, ma philosophie, Anne 25 ans, pas de diplomes, pas de permis, pas de pression...Il approuve a cent pour cent. Diner fin, salade de poulet, petit vin blanc, longues conversations, anglais, et....portugais! On me reprend, on m apprend.
Je dors bien, me reveille crevee le lendemain. Je ne recupere pas, je suis stressee. Concert prevu a l Apollo, grande brasserie, je stresse, je bosse. Carlos m appelle a 16h, c est annule, je lui raccroche presque au nez, excedee. En stand bye qu il dit, mais sait il seulement a qui il s adresse? On ne me met pas en stand bye moi! Comme si celle que Jesus aimait allait patienter...pff. Ils vont voir de quel bois je me chauffe, je vais aller draguer les deux restos d en face et piquer tous ses clients a ce SOB de portugais. Pedro veut sortir, mais je suis trop naze, fico na casa, I want to be reasonable. Mais je suis pression, je suis colere, je baille je baille, mais le sommeil ne vient pas. Celle que Jesus aimait ne peut supporter l affront, cependant, nouveau voyage, nouvelle philçosophie, elle accepte. Et se love enfin dans les bras de Morphee.

Le lendemain chouette programme, plage et repete. Plage beautifull, repete interessante, petite trouvaille, un morceau de Beth Gibbons, la chanteuse de Portishead, Mysteries, tres kiffant avec le jamman. Viree dans le centre en solo, cyber, skype, Papa Maman, achat du diner surprise que je prepare pour mon hote, tomates mozza et traditionnel crumble au saumon, ok, you stay with me forever, it is too delicious, how much do you need? On veut me payer pour me recevoir maintenant....! On me donne un double des clefs, je suis la premiere des couchsurfeuse recue a les avoir, privilege!! Longues conversations, anglais, portugais, on progresse a grande vitesse, faut dire que le prof assure... Dodo, facile cette fois-ci. Dans la soiree j avais ete voir le cafe en face d Apollo, patron trop sympa, qui dit que je peux venir quand je veux et faire passer le chapeau, apres demande a la mairie.

le lendemain je telephone a la camara du municipio, je peux faire ce que je veux, mais le cafe ne dispose pas d une license, lui il a les mains liees. Merde, vengeance Apollo tombe a l eau. Pas grave, j accepte. Je repete et nous partons pour Quinta, il pleut mais je chante quand meme, a l interieur cette fois-ci. Le concert se passe merveilleusement, mon tcheque me clignote a tout va, tout le monde sous le charme, Guaranteed, de la Bo d into the wilde, fait un carton, le plat pays qui est le mien a conquis mon catamaran belge et sa femme, silence religieux de deux fois 1h30, tous les yeux rives sur moi, celle que Jesus aimait est assise a la droite de Dieu tout puissant. On me glisse des billets, Anna is our superstar! Ensuite je prends un pot avec les tcheques, les suisses et un couple franco-suisse. J ai une descente d adrenaline, et je realise que tout le monde est en couple, ou en famille, ou entre amis, et moi, je suis seule au monde. Je suis seule ici. Je suis seule. J accepte, c est moi qui l ai voulu. Mais parfois, quand je vois tout le monde ensemble, c est dur. Un gros poids pese sur mes epaules, j ai peur, j angoisse, je realise ou je suis, ce que je fais, je me demande soudain pourquoi, et je tombe dans un puits sans fond. Descente d adrenaline, parfois ca passe tout seul, et de temps en temps ca vous casse. On va boire un coup sur Rania, le bateau des suisses. Pastis, fernet, Vino da Madeira. J oublie completement que je n ai pas mange depuis le matin, je bois, et sem fakt ochelala! On rigole, on prend des photos, soiree trop sympa et les tćheques m invitent a dormir sur Alya II, leur voilier, nomme d apres une etoile, donne offert a Martin par la veuve de celui qui le construisit pendant 20 ans. J exulte, je dors sur une star, invitee par un heros, je sommeile lourdemment toute alcoolisee, me reveille a 5h du mat prise d une envie pressante, sors en T-shirt culotte titubante du bateau, manque de passer a la baille, le catway est trop petit pour mes zigzags d ivrogne, et je croise, en tenue legere, le vigile de nuit, dont j ignorais totalement la presence, hilare...

A present je suis toujours sur Alya, les tcheques m ont invitee pour une deuxieme nuit de folie, ce soir on fait un barbecue sur Petunia, l enorme voilier vide que garde Anne la bateau-stoppeuse, et cette fois-ci, Maya me fait des pommes de terre, pas question de se balader en culotte a pas d heure en plein milieu de la marina chic de Quinta...