samedi 14 novembre 2009

La nuit de l'horreur...

Nous accostons au à débarquadère avec Nyels et accrochons l'annexe. Puis nous partons à la fête qui a lieu dans une sorte de campement de huttes en plein milieu du village. En arrivant, nous ne trouvons personne, je me lance dans un tour du propriétaire. En chemin je rencontre Aîsha, jeune, jolie, sympathique, qui m'invite dans sa case à deux pas de là. Elle a juste une chambre de 4 ou 5 mètres carrés, avec un lit gigantesque qui prend toute la place, et une collection de fringuies et de produits de beauté hallucinante. Pendant que nous discutons elle me fait essayer tops, robes et boubous, moment fille, moment sympa. Nyels et Yann arrivent, c'est la fête dans la piaule d'Aïsha, mais je tombe de fatigue et m'endors sur son lit. Nyels finit par me réveiller pour que nous rentrions. Nous nous dirigons vers le débarquadère, montons dans l'annexe, et là, horreur et putréfaction, enfer et damnation, il n'y a plus de durite, donc plus de moteur, donc plus d'annexe. Nous avons été volés. Il y a un vent à décorner les boeufs et un courant de tous les diables. Nyels est au ralenti total et je dois prendre toutes les décisions. Je décide que nous ramerons de toutes nos forces jusqu'au plus proche bateau du mouillage et emprunterons une durite sur une autre annexe en allant toujours à la rame de bateaux en bateaux. Sur le premier l'annexe n'est pas descendue, impossible. Le deuxième, c'est Malika, où dort N. Je décide d'aller le réveiller. Je monte sur Malika, vais dans la cabine de N, qui m'accueille, ravi de m'y revoir, même en plein milieu de la nuit, d'un gai "bah qu'est-ce que tu fais là toi?", et quand je lui raconte toute l'histoire, il refuse de se lever pour m'aider (il pensait que je venais le rejoindre par surprise pour la nuit, et un cochon déçu est un méchant cochon), me dit que nous devons nous démerder. Je trouve la nourrice, une durite, mais il manque uoir Nico pour lui demander de nous la trouver, et c'est toujours le même refrain, démerde toi. Sympa, classe, élégant. Nyels rentre alors dans la cabine, et commence à fouiller le bateau pour trouver la pièce pendant que je reste sagement dans notre annexe. Soudain il sort en courant et dit: "Michel (le skipper) est réveillé, il gueule!". Voyant que Nyels n'a pas m'air disposé à affronter la tempête qui se prépare, je me précipite sur le bateau pour tenter de calmer le jeu. je suis accueillie par un Michel furibard qui me dit:"Mais qu'est-ce que vous foutez dans mon bateau??? Tu dégages, tu te casses, tu vires de mon bateau!" je tente de m'expliquer jusqu'au moment où je crie désespéréé: "Mais michel, on ne peut pas partir, on a plus d'annexe!" Michel ne comprend rien, continue de m'engueuler, je me fais rincer, savonner comme jamais, pendant que N repose gtranquilou bilou dans sa cabine. Pas une seconde il n'est venu à mon secours pour tenter d'expliquer la situation à Michel et calmer le jeu. Non, il était bien content que je me fasse crier dessus, le galant jeune homme de 33 ans en avait 10 de nouveau, et se délectait du tonitruant chant d'un Michel furibard bien au chaud dans sa couchette... Finalement Michel nous a dit de dormir sur les coffres de cockpit et d'attendre le lendemain. J'étais quasi toute nue, j'avais très froid, donc je pars me coucher en tout bien tout honneur dans la cabine de N, qui cette fois-ci, se garde bien de me faire quelconque réflexion ou de m'envoyer du démerde toi. Aucune fierté le bonhomme... Le lendemain les esprits sont calmés, à tête reposée nous débriefons, tout va bien, et Michel nous prête son annexe pour rentrer. je rentre sur Naomie, Alain et Amina partent en excursion, et je décide de me reposer de cette éprouvant nuit en restant toute la journée sur le bateau. Au programme café-cloppe-guitare-lecture. Au bout d'une heure ou deux d'une paisible solitude, N sans vergogne débarque tout meil sur son annexe. Je lui interdis de monter à bord car Amina ne veut pas. Il me propose de venir me balader avec lui. Je crois rêver. La lopette ne s'est pas levée pour venir me défendre auprès de son skipper, et il espère maintenant que je vais visiter le copin avec lui, alors que j'ai un programme autrement plus réjouissant. Je refuse de venir. S'en suit une discussion de deux heures où lopette reste au cagnard chauffant dans son annexe, à tenter de me thérapeutiser à totu va. Je tiens bon et ne viens pas, je reste sur Naomie, fais des crêpes, une sieste, de la guitare, tout ça sans lopette, qui finalment rentre penaud la queue entre les jambes sur son bateau après m'avoir précisé que je pouvais revenir quand je voulais dans sa cabine... Cause toujours, rêve un peu!

Bref, encore une fois, je monte dans une annexe et tout part à veau l'eau, je porte la poisse sur les pneumatiques, et y ait risqué ma vie beaucoup trop de fois!

Che va piano va sano

Plonger dans Dakar à peine débarquée, c'était d'une suprême bêtise... Du coup le lendemain, je ne suis pas sortie de l'hôtel. Piscine toute la journée.
J'ai ramené tout mon matos, me suis posée sur le débarcadère avec Brahim et Moukou, les deux gros bras de la navette, des sénégalais trop sympas, on a chanté Ismaël Lo j'ai peaufiné une compo, jusqu'au soir, music all day long. Le lendemain, j'ai pris mon courage à deux mains et accompagné Amina, la femme de mon skipper, brésilienne, super sympa, fin marmiton, sportive, jolie, parfaite quoi, au marché, pour acheter des légumes et des fruits. On a fait le plein, et on s'est pas fait harcelés... incroyable! J'ai visité l'île de Gorée avec Nyels, trop sympa, bref je me suis familiarisée avec les lieux, j'ai appris à connaître, et à apprécier un peu, Dakar, et ses habitants, qui ne sont pas faciles. J'ai chanté au bar de l'hôtel pour une assiette de fruits, c'est ça l'Afrique!

Le lendemain, permier jour de nav avec mon nouvel équipage, et mon nouveau voilier, ma nouvelle cabine, ma nouvelle étrave, mon nouveau rouf, mes nouveaux spots de bronzage, mes nouveaux coins clope, découverte, bonheur! J'ai barré dis donc, au moteur d'accord, mais j'ai tenu fièrement la roue, je ne me sentais plus péter...! Nous avons pêché une bonne bonite, que j'ai cuisiné en crumble pour mes nouveaux hôtes qui étaient aux anges... J'adore cuisiner, il n'y a rien de plus simple et de plus efficace comme moyen pour témoigner de son affection. Nousn sommes arrives dans l'embouchure du Sine, fleuve sénégalais, dans l'après midi. Nous étions partis au petit matin sur une mer d'huile baignant un lever de soleil d'une beauté irréelle...
Le paysage magnifique des rives du Sine nous accueille, et sa bonne odeur de poisson sêché vient nous chatouiller les narines, nous sommes au Sénégal, et ici à Jifer,il a l'air de faire bon vivre... Amina et Alain sautent à terre, pendant que je contemple le coucher de soleil face au spectacle des locaux qui s'animent autour des pirogues, en jouant du yuku, seule sur Naomie II, je me relaxe, je me détends, j'oublie Dakar. En musique je mitonne le crumble, Amina et Alain débarquent et se mangent les doigts et tout le monde va se coucher repu et content. sauf moi, qui me rends à terre avec Nyels sur l'annexe de Pilou, histoire de faire la fête au village et de se frotter à ses habitants!

jeudi 12 novembre 2009

L'enfer dakarien

Nous voilà à Dakar. Nous y arrivons bons quatrièmes. Pour fêter notre classement, une fois le bateau mouillé devant l'hôtel de luxe Pullmann et le palais présidentiel, je plonge dans l'eau et vais faire la tournée des vainqueurs en visitant à la nage les bateaux qui nous ont précédé. Je monte sur Harmonie, fais causette, plonge de l'étrave, vais sur Flying Kefi, fais causette, plonge de l'étrave, brasse jusqu'à Mina II, bateau battant pavillon Anglais, avec trois britanniques à bord, Tim, Captain, Tom, and Lawrence. Ils me rpoposent carrément de m'asseoir, il est 11h du mat, et de boire un coup, pour moi ça sera scotch on the rocks... Moment très agréable passé à deviser avec ces charmants vieux beaux, et à rire de leur humour so british. Puis je me rends sur Tanagra, et discute avecx eux des tchèques, car Martin a fait une réparations sur leur bateau. Enfin je reviens à Pilhouë et nous partons à terre avec Nyels, pour découvrir Dakar.

Nous sortons, la ville est polluée, bruyante, grouillante. On nous accoste de tous les côtés, pour nous vendre de la bouffe, des bijoux, des cartes téléphone, nous sommes complètements désarçonnés, et paumés. Gentils, nous ne les envoyons pas balader, tentons de leur expliquer que non, nous ne voulons pas acheter, mais oui, c'est joli. Les dakarien ne se le tiennent pas pour dit, et continuent de nous suivre, de nous coller, de nous harceler. L'un d'eux, Lamine, nous dit qu'il est notre ami, qu'il va nous montrer la ville, et nous suit, nous glue. Il veut savoir où nous voulons aller, ce que nous voulons faire, et prétend nous dire comment nous y prendre et par quoi commencer. Je ne le supporte plus, je lui dis que je veux faire toute seule, que maintenant il peut s'en aller, qu'on va se débrouiller, qu'on est pas des bébés, et que c'est pas la peine de nous faire peur pour chercher à nous impressionner. Il ne nous lâche toujours aps, j'ai beau lui serrer régulièrement la main en lui disant merci beaucoup à la prochaine fois, djerejef, nio ko bouk, en français en wolof, en langage des signes, iol ne comprend pas. Bientôt je sor un billet de 10 000 CFA, et lui glisse dans la doigts, et magie! Il disaparaît. Mais un de perdu et dix de retrouvés, on nous colle au train tant et plus, on est pas assez secs pour se faire comprendre, trop bons trop cons les deux toubabs! vers 9h du soir, harassés, exténués, nous rentrons en taxi dans l'hôtel.

mardi 3 novembre 2009

Pilou Pilou!!!


Cette traversée était géniale. On a encore bouffé comme des chancres, on a eu des dauphins, plusieurs heures, de jour, de nuit, des poissons volants dont deux qui ont atterri sur le bateau et qu’on s’est empressé de conserver pour se les faire à l’apéro un de ces quatres, un foutbastan (gros oiseau, je ne sais pas comment ça s’écrit) qui est venu mordre à l’hameçon de notre ligne et qu’on a posé sur le pont pour qu’il puisse reprendre ses esprits et repartir de plus belle, un oiseau qui est venu se percher en pleine mer sur un chandelier, et surtout, surtout, on a fait la course en tête pendant trois jours, on s’est fait bouffer par trois bateaux, mais seulement les dernières vingt-quatre heures. Pendant trois jours on a pas vu âme qui vive sur l’eau, on était tous seuls ! Vous pensez si j’étais heureuse !! A la vacation de 19h (moment ou tous les bateaux font le point et donnent leur position en signalant s’il y a un problème à bord, tout ça par maudite VHF interposée) François était tout content de donner notre position, bien en avant de celle des autres, un jour même par 50 miles ! Il disait, dandinant fièrement à son bureau : « je n’ose pas donner ma position… » !
On était trop contents, on a passé le tropique du cancer en sabrant une bouteille de champ, qu’on a sifflé à quatre avec une bouteille de rosé, tout le monde, le chef et sa femme y compris, tout bourré sur Pilhouë, Nyels et moi qui avions fous-rires sur fous-rires, le bateau ivre faisait route sur Dakar en zigzaguant… ! Moment coupe de champ magique, sur l'étrave de Pilou, musique à balle dans les oreilles, de Vince, toujours, le soleil, le vent, la mer bleue, les 8-9 noeuds de pilou sous spi multicolore, juste in-croy-able
On a appris encore et toujours à connaître Nicole. Mais ça, on le faisait déjà au mouillage, en se racontant tous nos journées de la veille au petit-dej, je me sentais comme en famille. Histoires de cœurs, aventures, mésaventures, tout y passait dans les détails, et on commentait en rigolant. Sur le bateau, Nicole et moi faisions la cuisine, la vaisselle, et c’était l’occasion d’échanger, de raconter, de s’apprécier. Parfois chacun vaquait à ses occuptaions, et pour les manœuvres et l’heure des repas, on était tous ensemble, la petite famille, à se régaler et à se féliciter d’être les premiers.

Sur Pilhouë j’ai encore eu des sensations étonnantes. Un peu pompette, le jour du tropique du cancer, me vient l’idée saugrenue de perdre des calories en faisant du sport sur ce fier sloop de douze mètres qu’est notre Pilou. Je trouve qu’en montant et descendant la descente de cockpit un maximum de fois dans la journée fait travailler les cuisses. Boire de l’eau est très bon pour les fesses des femmes, car vous allez souvent aux toilettes (vous montez et descendez la descente de cockpit à chaque fois, héhé), et quand vous pompez, (nous avons une pompe comme un stick que l’on monte et l’on descend tel un candidat aux élections présidentielles qui serre la pince à tout va), donc quand vous pompez, vous faites des pliés tendus sur vos jambes en serrant les fesses. Il faut pomper une vingtaine de fois, mais 40 c’est mieux, alors pour fesses, et pour les odeurs, vous pompez 40 fois. Et enfin, l’exercice le plus ludique, et très efficace quand la mer est peu agitée ou agitée, vous vous tenez debout dans le cockpit, et vous prenez les vagues avec le bateau tel un surfeur sur un bon swale, en tentant de rester en équilibre sur vos appuis sans vous tenir à rien. Et là, vous volez, littéralement, surtout quand le bateau pointe à 9 ou 10 nœuds… !! Et vous maintenez la fermetez de vos rondeurs, que demande le peuple! Sensations folles donc, où je flotte en plein quart de nuit, genoux pliés abdos gainés, sur Pilhouë qui chevauche élégamment la houle africaine. Tout ça au clair d’une lune ronde comme le ventre d’une femme enceinte, et qui vous éclaire comme en plein jour. Le vent vous soulève les cheveux, et les dauphins vous font la course, vous êtes blonde, vous êtes bronzée, non vous ne rêvez, pas vous n’êtes pas en train de fantasmer, c’est la vraie vie, c’est ma vie ! ( J'espère que vous remarquerez que parfois je fais des traits d'humour en exagérant le ton narratif, mais bien sûr je ne me prends pas au sérieux, j'ai l'égo sur-dimensionné mais quand -même. Enfin dans l'idée, au fond, il y a un peu de ça...)

Nyels est toujours aussi cool, et c’est toujours l’entente harmonieuse des deux équipiers de Pilou, qui aimeraient bien faire la traversée de l’Atlantique ensemble, mais ça, ça reste à négocier. Il est très bon, il barre bien, a tout le temps l'oeil sur les voiles, sur la mer, le nez au vent,il est toujours en train de faire "ses p'tits réglages". Il sent bien le bateau. Il est discret, on passe du temps ensemble mais aussi séparés, chacun dans son espace, dans son trip, c'est comme ça avec tous les autres membres de l'équipage. Chacun fait aussi son voyage. La solitude c'est très important en bateau. Si par exemple je ne fais pas tout ou partie de mon quart seule, ça me rend hystérique! Je ne suis que rage d'avoir manqué ce moment privilégié, avec la lune, les étoiles, le vent, la mer, Pilou, avec vous, car c'est dans ces moments là que je reviens en France aussi,et enfin, last but not least, avec moi même! Ma compagnie est charmante, ma conversation délicieuse, je voudrais pouvoir m'en faire profiter! Mais surtout, surtout, je fais mes p'tites compos, ça c'est patate. Je me pose sur le rouf, en hauteur, avec le yuku, dans le vent, dans la vitesse, dans les vagues et le balancement de Pilou, et je chante avec le yuku,dans le vent, dans la vitesse, dans les vagues et le balancement de Pilou, et...je réveille tout Pilou, notamment François, mais aussi Nicole, qui dit que je ne sais pas me tenir sur un bateau. "Tu dors le jour et tu nous fait chier la nuit!!!" ça a l'air brutal comme ça mais ça m'a fait mourir de rire, et je l'ai très bien pris parce qu'au fond c'est un peu vrai. Mais je me défonce quand même à la cuisine et à la vaiselle, je fais tout, t je cuisine tous les repas, fais toutes les vaisselles, sauf les deux dernières parce que j'en pouvais plus, et même le petit dej maintenant, donc j'ai ma conscience pour moi! Je sers à table, je fais tous les allers-retour cockpit cuisine, parce qu'on prend les repas dehors, bah oui! il fait 30 degrés! L'eau est à 29, c'est ça le sud!Petit pastis, petites olives, et une bonne tomme en apéro, au son du banjo et au chant de la ligne de canne à pêche qu'on remonte, columbo porc bananes plantins patates douces, melon d'eau en déssert... Petit vin rouge...(dommage j'aime pas ça, ni la bière, ç't'agaçant) Au dej, salade, systématiquement, crudités, légumes, fruits frais.... Petit vin blanc...François raconte souvent cette anecdote:
- Tu sais comment les plaisanciers décrivent l'hauturier? Tu déchires des billets de cent euros sous une douche froide.
Et ben moi je veux bien en prendre tous les jours des douches froide pareilles...!
Mais c'est vrai, la croisière, ça mouille. On s'est pris des vagues, j'en ai pris une vêtue sur tous mes plus chauds vêtements, trempée de la tête au pieds, yukuléle, bouquin, carnet de voyage, c'est allé jusque dans la cabine de Nyels... Alors je me mets en maillot, et là, surprise, il est 5h du mat, et il fait étonnamment bon, le vent chaud du désert qui parsème le teck de pilou de petits grains ocres, est chaud, et je suis debout sur le coffre de cockpit de Pilou,accoudée à la capote, Pilou bombe, on fait du huit noeuds, le vent est chaud, la mer et belle, la lune est grosse, elle va se coucher, le soleil va se lever, ça va être fantastique, superbe, magique, le quart du matin, c'est le quart qui va bien.
Nicole et François ne tardent pas à monter, ils sont de tous les levers de soleils, et de tous les couchers aussi, nous avec Nyels on en loupe quelques un parce qu'on ronfle....
Ils s'installent tous les deux, on discute et je descends faire le thé et les tartines grillées, c'est mon plaisir. On petit déjeune, en général Nyels est de tous les petits dej, moi j'en loupe parfois parce que je ronfle, mais quand je suis là, le peti dej, c'est mon plaisir, labes.

François est toujours haut en couleurs, en récits, et en enseignements et j’ai découvert encore à ma grande surprise, qu’il y avait de l’oncle Charles en lui, comme il doit probablement y en avoir en tout marin. Voyez-vous, François est un garçon coquin, qui aime à faire savoir aux femmes qu’elles lui plaisent, et comme oncle Charles, il aime à vous le témoigner en vous taquinant gentiment :
« Attention Anne, loin de moi l’idée de caresser ta délicieuse chute de reins, mais je vais passer derrière toi ! » « Oh, elle descend de l’étrave pile au moment où j’allais lui pincer les fesses ! ». "Allons belle enfant gambader cul nus gaiment dans l'herbe folle!" Non, là je délire. Du coup je me permets moi aussi quelques colibets et, n’hésite pas à lui rentrer de le lard comme à l’oncle, lui répondant avec aplomb, et le chambrant allègrement pour notre plaisir à tous, et surtout pour celui de Nicole ravie de me voir prononcer des mots ou prendre des libertés que leur propre fille ne se permettrait pas. Par contre elle est complètement hallucinée de voir que je me plie à toutes ses exigences, et que je cours en cuisine dès que le chef veut du sel, un couteau ou des câpres. Ce qu’elle ne sait pas c’est, qu’en plus du réflexe que j’ai pris sur Gédéon d’être aux petits soins pour mon capitaine, en sautant de mon banc chaque fois que le chef ouvre la bouche, je brûle des calories en faisant des allers-retours dans la descente de cockpit ! Nicole est outrée devant cet asservissement et mon obéissance aveugle…Ah, et aussi le chef est aussi pudique que l'oncle, donc bon, je suis à la maison quoi!

Nicole est trop sympa, elle est drôle, elle a ses tics de langage, son franc-parler, sa manière qu'elle a de dire "n"importe comment" à tout bout de champs, genre, "n'importe comment c'est pareil, n'importe comment il fait pas beau, alors..." ou "tu jettes!" chaque fois que quelque chose est pourri, j'adore quand elle râle, ou qu'elle est en stress. Elle est aux aguets, elle a des oreilles partout, quand on a ramené l'annexe après mon épopée grecque, on a oublié de l'attacher avec la chaîne, et ben Nicole, elle s'est levée dans la nuit, elle est allée pisser sur le pont, et rien qu'en jetant un bref coup d'oeil de routine, elle a vu que l'annexe était déchaînée, et hop hop, elle a remis le cadenas. Elle est comme ça, un placard qui claque, elle entend direct, tu vas le fermer celui du haut du frigidaire, t'as fermé ta vanne, t'as fermé ton hublot, y a un problème au dessal, sors la pompe de cale, fais gaffe, Nicole est prudence et mère de sureté, vigilance et prévoyance, Nicole est presciente. Elle rigole bien aussi, elle a la joie de vivre, même si elle sait s'énerver! Mais franchement, la croisière c'est tellement particulier, et j'en ai tellement bavé avec Denis, que maintenant je passe tout, je ne fais même plus attention! L'autre jour Nicole s'est excusée d'avoir été un peu sèche, parce que je lui parlais pendant qu'elle barrait, et qu'elle m'a envoyer bouler en me disant, ah tais-toi je barre là! Moi je sais que Nicole est en flipp quand elle barre, elle flippe tellement que je m'en fais toute une montagne de cette barre, c'est à peine si j'ose demander à la tenir, ça a l'air d'un monstre prêt à vous faire péter un tangon ou déchirer un spi, veux pas prendre ce risque... Je ne m'étais pas du tout formalisée, tout coule maintenant, je voyais bien qu'elle était stressée à la barre. On ne s'embarasse pas de chichis sur Pilou, et d'ailleurs, souvent quand on voyage, on ne s'embarasse pas de chichis.
J'ai remarqué que le rapport avec les gens est très direct, on pose tout de suite les questions essentielles. Avec la nounou de Mateo, ça donnait ça à peu près:
- Tu es mariée?
- oui.
- Et ton mari, tu l'aimes? ( depuis deux jours je joue avec Mateo, en souriant à Karima, sa nounou, mais sans jamais lui parler, parce que je ne me doute même pas qu'elle comprend le français.Ici c'est l'espagnol. ça fait deux secondes qu'on a engagé la conversation). Donc à ma question qui quand même, avec le recul, ne manque pas d'air, elle a un rire franc mais un peu gêné, et dit en ouvrant et refermant ses mains:
- le mari... c'est le mari!
- Mais ça veut dire quoi le mari c'est le mari, tu l'aimes pas ton mari?
Et là elle me dit que non, que son mari c'est son mari, elle ne l'a pas choisis, mais elle a ses enfants, et ses enfants, elle les aime, elle en a quatre, deux garçons, deux filles, elle travaille de huit heure du mat à dix huit heure à l'hôtel pour garder Mateo, le fils des patrons, après elle rentre à la maison, elle fait à diner pour toute la smala, puis elle part au souk où elle tient une boutique, et bosse jusqu'à deux trois heure du mat, et part enfin dormir 5 h grand max... Elle dit qu'elle fait tout cela pour ne pas avoir à demander d'argent à son cher en tendre et être indépendante, et en même temps à quoi ça lui sert d'être indépendante si elle ne peut pas être libre de le quitter? Mystère... et tradition.
A son tour elle me questionne:
- Mais toi tu es avec lui, là, le grand? Elle fait référence à Nyels.
_ Bah non, lui c'est un ami, il est avec moi sur le bateau.
- Avec l'autre alors?
- Bah non, avec l'autre c'est fini!
Alors là elle explose de rire et elle dit :
- comme ça? Et tu pars avec un autre!!
- Ah non, c'est fini maintenant, je veux être toute seule!
- OOOhh, mais tu vas pas marier et avoir des enfants?
- si mais plus tard! c'est mieux!
Deux globules rond, deux mondes qui se croisent et se paradoxent, mais s'entendent. En signe de son amitié, elle me donne sa casquette, ils m'écoutent jouer avec Mateo, et c'est avec bonheur que je lui chante à deux voix grâce au jamman, Aleikimini salem, chanson que j'ai apprise la veille ou l'après-midi même d'un ingénieur informatitien marocain qui bosse pour une boîte de congélation de poisson espagnole. Je l'ai rencontré dans le hall de l'hôtel, en essayant de capter le wii-fi, il a essayé de me trouver une derbouka, et après il a cherché les paroles de la chanson sur internet puis me les a dites pour que je puisse les écrire en phonétique, petite leçon gratuite de marocain, trop chouette. Je chante la chanson à Karima, elle chante aussi, elle sourit, elle est contente, ça fait plaisir! Le petit Mateo est survolté et ne lâche plus le petit shaker oeuf,monsieur Karim passe, il voit son fils radieux, il est content, madame passe, elle est très autoritaire et tout le monde la craint et le déteste, je le sais, je leur ai demandé parce que je la tiens aussi en sainte horreur... Du haut de ses compensés elle crache une voix d'homme d'un corps sec et fin, élégante et hautaine, elle rabroue son personnel en public devant ses clients, ce qui est très gênant pour nous. Karima la déteste, elle en a peur, tout à l'heure elle s'en cachait de madame, pour pouvoir me parler, saleté de madame, plus pète-sec tu meurs. Elle fonce sur Mateo, il ne la regarde même pas, elle est pas contente madame...passée la visite de madame, tout était magique, répète très spéciale dans le hall de l'hôtel de Dakhla...
Tout ça pour dire que les liens se créent très vites, les questions essentielles, la curiosité poussée à l'extrême des deux côtés, fait que la rencontre prend des tournures de petite histoire, petits moments privilégiés que l'on partage, furtifs, fugaces, mais qui vous laisseront une trace vive et chaude. Chaque action est prétexte à rencontre, chaque question, où est le pressing, le cyber, connaissez vous cette chanson, où y a - t - il un resto local, etc... Une question se pose à quelqu'un, et chaque personne que vous abordez, en voyage, est un interlocuteur potentiel, qui peut vous aider, et peut-être partager plus avec vous, et vous avec lui, que votre question, et sa réponse. Vous partagerez un moment humain, unique, et magique, vous apprenez, vous découvrez, vous vivez!







Avec Nicole et François, c'est pareil, très vite il se sont ouverts à nous, sur leur mariage, leur conception de la vie, leurs principes,mais chacun de leur côté, jamais l'un en présence de l'autre, et on aurait peut-être voulau ne pas en savoir autant avec Byels, mais voilà, la rencontre est choc, éclair,une semaine c'est pas beaucoup dans la vie, on va pas faire des salamaleks, c'est comme ça, point. L'école dans la vie.

On s'est connus, on s'est reconnus, on s'est réchauffés, on va se séparer,dans l'tourbillon d'la vie

Nicole part dans deux jours, je ne la reverrai peut-être plus jamais, pourtant elle aura beaucoup compté pendant une semaine...
L'école dans la vie.

Parenthèse: Re

Dernièrement je l’avoue, j’ai été un peu laxiste au niveau de l’écriture du blog. Les cybers se faisant de plus en plus rare à mesure que nous avançons dans l’hémisphère sud, et les connexions de plus en plus lentes, il est difficile de s’attarder des heures devant la machine contre laquelle on peste tant et plus tellement qu’elle est lente et qu’on peut même pas charger une photo…
Donc je me suis moins appliquée à l’écriture, pardon.
Ceci est dit, on tourne la page.

Ce retour en annexe fut chaotique. On s’est couché à trois heures du mat et perso je n’en menais pas large. Le lendemain au réveil, françois voit tout mon matos étalé sur le pont, des cadavres sans vie, noyés, gisant lamentablement sur le teck de pilou, notamment ma boîte a batterie, vidée, retournée, telle un cercueil débarassé de son cadavre… Tout de suite, le chef pense que la batterie est passée par-dessus bord lors d’un transfert de la navette malheureux, et qu’elle gît par trois mètres de fond. J’émerge à 7h du mat, hagarde, sonnée, complètement abrutie par la nuit que je viens de passer à me tourner et à me retourner dans tous les sens en me posant des questions sur l’ampli, comment va-t-il, y a-t-il quelconque espoir, peut-on le sauver ? Je ne sais même pas quel est son état. Cette boîte avec la batterie et l’adaptateur, l’ampli, le jamman, ils sont tous les trois ma famille, mes frères, mon sang, ma chair, ils sont tout, tout mes bonheurs, toutes mes angoisses. J’y tiens comme à la prunelle de mes yeux. Si un jour on m’avait dit que je garderais comme ma vie une batterie de voiture de 12 volts et un adaptateur 300 watts, je n’y aurais pas cru. Pourtant ils, sont là, ils sont moi, je suis eux, je leurs dois tout, sans eux je ne suis rien. Je me lève donc, et je me bouscule, j’ai la tête dans le c… comme d’habitude, François, me regarde un peu, plisse ses deux yeux, comme d’habitude, et moi, je raconte mes frasques, il ne peut y croire, comme d’habitude. L’avant-veille je cours à ma perte en prenant par une mer agitée et un vent fort, une annexe dont je ne sais même pas me servir au point que j’ignore même qu’il s’y trouve un grappin, et la veille, je décide alors que le temps est plus gros que le jour d’avant, d’emmener tous les objets que je possède et qui ont le plus des valeur à mes yeux,sur une annexe, dans le vent et les vagues. Trône royal de la connerie intersidérale, je t’ai manquée, je te reviens ! Je siège impériale, encore et toujours, sur ton vaste royaume, dominant de toute ma superbe bêtise la bêtise elle-même, maîtrisant l’art de l’idiotie avec une dextérité à faire pleurer les imbéciles heureux. Nicole n’est pas plus étonnée que ça, on dirait qu’elle a cerné le personnage, et qu’elle devine qu’en moi coule le sang des petits oiseaux de paradis, des cervelles de moineaux, point n’est besoin de s’en faire, mieux vaut s’habituer.

A la dérive

A Dakhla nous sommes au mouillage devant l'hôtel Bab El Bahar. Lorsque l'on est au mouillage, cela veut dire que l'on mouille l'ancre sur un plan d'eau généralement abrité du vent où le bateau peut être protégé du roulis des vagues, en sécurité, bien fixé au sable par l'ancrage. Donc pour aller à terre, ici à Dakhla, nous avions deux solutions. L'annexe à moteur, petit pneumatique de quatre places accroché à l'arrière du bateau, ou la navette flottante. Sauf que la navette s'arrête tous les jours à 23h. Et nous à 23h, on a pas envie de se coucher. Alors le premier soir on a carrément dormi sur les transats de l'hôtel, mais le lendemain, pas fous, ils avaient enlevé les matelas. Avec Nyels, nous nous étions séparés au cyber à 23h. Je voulais rentrer en vitesse pour chopper la dernière navette, et j'ai dit à Nyels que je prendrai l'annexe de pilhou et reviendrai le chercher avec. Je ne m'étais même pas posé cette simple question, suis-je en mesure de pouvoir me servir d'une annexe? On a donc convenu de suivre ce plan. A l'hotel, la navette revient de son dernier passage et ne repart plus, a priori. Amid et ses potes sont à table en train de baffrer, bien contents d'avoir terminé leur journée. Je les supplie, je suis un chien battu, s'il te plaît, ramène moi, regarde le vent, je ne peux pas dormir dehors ce soir, et je ne peux pas rentrer non plus, s'il te plaît, s'il te plaît! Amid accepte, avec ses potes, ils m'amènent à mon bateau. Je leur donne 500 dirhams, le double du prix habituel, choucrane jouia! J'arrive sur le bateau. Première embrouille, l'annexe est chaînée. Je cherche la clef, et la trouve. Je libère l'annexe. Auparavant j'avais demandé à N comment on l'allume, il m'avait juste dit, t'appuies sur on, tu tires la manette et tu mets un peu de gaz pour que ça démarre. Sommaire. L'annexe encore attachée au bateau par un bout, je la démarre et réussis du premier coup. Munie d'une lampe de poche, je libère l'amarre et m'en vais. Je fais pas deux mètres que déjà, n'ayant pas repoussé le starter, le moteur se noie. Je tente vainement de le redémarrer. Mais évidemment sans succès, et n'ayant aucune notion techniques pour ce genre de choses, j'étais loin de me douter de l'origine du problème. J'essaie toutes les possibilités, touche à tout, rien n'y fait, et je n'ai plus de forces dans le bras. Soudain, je lève la tête du moteur, les bateaux sont loin de vant moi, avec le courant et le vent de 25 noeud, j'étais complètement partie à la dérive. Evidemment je ne me doutais pas non plus que l'annexe étaut munie d'un grappin, petite ancre que l'on peut balancer à l'eau pour retenir l'annexe au sable. Donc je dérive, au désespoir, sans moteur, sans rien d'autre que ma lampe de poche. Je vois de la lumière au loin, sur un voilier du Rids. Dans sa direction, je pointe ma lampe, et fais S.O.S en morse (langage appris aux scouts) en activant trois fois rapidement, puis trois fois lentement, puis encore trois fois rapidement la lampe. Au bout de deux ou trois S.O.S, ils me répondent S.O.S en morse, ce qui veut dire qu'ils ont reçu mon alerte, je suis sauvée. J'étais vraiment partie loin, en attendant leur arrivée je réalise ce que j'ai fait, alors que je suis toujours à la dérive. Et s'ils n'avaient pas été là, qu'est ce qu'il se serait passé? Je ne suis pas très curieuse de le savoir. Bientôt j'entends leur moteur et vois leur lampe, je suis contrite, confuse, et je me sens très très bête. Ils débarquent, deux jeunes trop sympa, Yann et Rudy, je les connaissais déjà de vue, première fois que je leur parlais, et dans quelles circonstances! Ils m'expliquent que le moteur est noyé, le redémarrent, et je repars vers l'hôtel pour aller chercher Nyels. J'arrête le moteur trop tôt et ne peux pas accéder au débarquadère. Alors Nyels enlève tous ses vêtements, et saute à l'eau récupérer le dinghy. On monte et on rentre. Le lendemain on raconte tout à François et Nicole effarés, bien contents que rien ne soit arrivé ni à l'annex ni à sa piètre conductrice...

Le lendemain donc, même problème, on a louppé la dernière navette. Sauf que le problème est bien plus gros que la vieille. Il faut ramener tout mon bordel de l'hotel. On décide donc de le ramener en annexe. Complètement farfelue comme idée, et surtout absolument débile. A trois dans une annexe avec un ampli, une batterie, une guitare, un yukulele, un pied de micro, des sacs à dos et des sacs de linge, la raison même, le bon sens nous a soufflé cette idée! On ajoute à cela, le vent qui souffle plus fort que la veille, et la mer qui est plus agitée, et on a le cocktail parfait du fiasco complet. On s'est pris toutes les vagues dans la tronche, Nyels et moi on était trempés, l'ampli mouillé, 50 mm d'eau dans la boîte de la batterie, le constat de dégâts en arrivant à bord était pitoyable, et j'étais terrorisée à l'idée que l'un de mes précieux objets ne marche plus. Chance, la batterie fonctionne, pour ce qui est de l'ampli, pas encore osé l'essayer....surprise!

Leili saida Dakhla

Bonne nuit. C'est ce que je dis le plus souvent car je suis comme les oiseaux de nuit, je sors le soir. La journée je repose en paix sur un transat au soleil, quand il se couche, je vais dans la fosse aux lions, je vais au combat. Chanter devant les marrocains, ça me fascine, et ça me terrorrise. Ils sont exigeants. Il y a beaucoup trop d'hommes ou trop peu de femmes... Et les hommes ne vous regardent pas, ils vous toisent. Ils se donnent un air supérieur, autoritaire, et même si au fond, ils apprécient ce que vous faites et vous le montrent une fois le travail achevé, pendant que vous trimez, ils attendent de voir. Et vous n'avez pas d'autre choix que de tout donner. L'exigence du mâle marrocain, m'a moi-même poussée à l'exigence, la dureté de son regard m'a fait sortir de derrière mon micro. Je dois l'amadouer, le charmer, lui prouver que je suis bonne et qu'il a raison de s'arrêter pour me dévisager, il n'aura pas perdu son temps. Alors je lui parle, je lui explique qui je suis, pourquoi je suis là, mon bateau est là-bas, je pars dans 2 jours, je chante et il faut mettre de l'argent dans ma boîte si vous trouvez ça joli. Je blague, je raconte, je communique, je ne fais plus que chanter. Maintenant que j'ai une percu ( mon pote est revenu le lendemain avec la sienne, il a touché ses 15 dirham), je fais des boucles que j'arrose d'un débit d'oeuf, et d'une touche de derbouka, puis je me lève, je tape dans mes mains, suivie très vite par les marrocains, et je danse, je tourne en rond, j'entraîne une femme avec moi, et je transmets ma joie, parce que dans ces moments là, je suis aux anges. C'est encore mieux que de chanter, danser c'est complètement fou. Il faut que je prenne des cours de danse.

Ce jeudi, c'est le dernier jour où je peux chanter à Dakhla. Mais avant ça une nouvelle expérience inédite et très excitante m'attend... Ma première interview! Rendez-vous avait été donné la veille, mais je n'y croyais pas trop. Le lendemain à 14h pétante débarque un journaliste, carnet et crayon à la main, portable enregistreur dans l'autre. Nous nous asseyons, je commande un café, allume un cloppe et lui déballe ma vie. Il me demande de me présenter: " Je m'appelle Anne, j'ai 25 ans, je n'ai pas de diplômes, pas de permis de conduire, pas de mari, pas d'enfants, et j'ai décidé de ne pas avoir une vie normale, j'ai décidé d'avoir une vie différente, plus épicée. Pour cela je voyage, et je chante dans la rue en même temps". Je connais bien ma litanie parce qu'il m'a filé l'enregistrement, et c'était surréaliste, deux jours plus tard, de m'écouter raconter ma vie...Pendant une heure je lui ai donc dit d'ou je venais, ce que je faisais, pourquoi, comment, ce que je pensais du Maroc, etc.... Il m'a demandé si je pouvais donner un rendez-vous aux marrocains. Je me suis sentie telle Beyoncé sur un spot de pub pour la radio NRJ:" Salut, c'est Anna, j'adore le Maroc, et je vous donne rendez vous bientôt pour venir m'écouter en concert, ouaiiiis! gros bisous baveux, mmmmouak!!" Plu sérieusement, j'ai été complètement incapable de pouvoir lui dire avec certitude que je reviendrai un jour au Maroc. J'ai réalisé qu'à l'heure qu'il est, faire des prévisions sur le long terme m'est radicalement impossible, je ne peux penser que quelques mois à l'avance, et encore, qui me dit que dans quinze jours je ne vais tomber en adoration de vant le Cap vert et décider d'y rester plus que la petite semaine d'escale que nous réserve le Rids là bas? Bref, à la fin de l'interview, je lui demande quel est le nom de son journal, il répond qu'il s'agit d'un parution hebdomadaire nationale, le Sahra Osboia, oui très chère! Il a pris mon adresse et normalement les parents recevront le journal sous peu! Surréaliste...

Bref, après que le journaliste est parti, je vais demander au directeur s'il a une salle ou je puisse répéter, car il y a une compo que j'ai faite sur Pilhouë que je veux peaufiner pour faire entendre aux marrocains le soir même. Il y a notamment une petite boucle sympa et dansante que je voudrais exploiter. Monsieur Karim dit oui pas de problème, installez vous dans le hall. Mais bien sûr, je m'installe et joue devant le petit Mateo, son fils, tout content, et sa nounou avec qui j'ai sympatisé, qui a été mariée de force à un homme qu'elle n'aime pas et qui travaille pour une femme qu'elle déteste, sympa! Il est bientôt 19h, la nuit est tombée, et je sèche le cocktail du rallye, comme d'hab, pour aller faire ma clocharde dans la rue... Je m'installe, je discute, je prends à parti, gueule quand il n'y a pas assez d'argent dans la boîte, saute d'allégresse sous les applaudissements quand enfin elle tinte raisonnablement, fais des boucles, joue de la derbouka, puis me lève et danse. Je dis que je vais prendre un risque, je vais jouer une composition, une chanson qui raconte que je suis amoureuse de Martin le tchèque, mais c'est qui Martin le tchèque, c'est celui qui m'a prêté une batterie de voiture, et un adaptateur, tu as vu ( je me lève et je sors tout), regarde là, il y a une batterie de voiture, de 12 volts ( quasi que des mecs qui me regardent, et ils sont toute ouïe), un adaptateur de 300 watts, et je branche l'ampli et la pédale, et je peux me poser où je veux quand je veux, et personne ne peut rien me dire, c'est la liberté! Et tout ça c'est grâce à Martin le tchèque, c'est lui qui m'a montré comment faire, cet homme je l'adore, et il me fait rêver, c'est ça qu'elle dit la chanson.
J'envoie la chanson, j'envoie la boucle, je me lève, je danse et la mayonnaise prend, à la fin, ils m'applaudissent, ils applaudissent la chanson, je suis au ciel, allah ouakbar! Je termine, il y avait cent-cent cinquantes personnes environ selon Nyels et N, moi je ne le rends compte de rien, mais je suis trop, beaucoup trop heureuse. Je sors le pavillon marrocain que m'avait prêté mon skipper, le brandis, vive le Maroc, je pars demain, c'est trop triste, c'est trop court, c'était génial de chanter pour vous; merci, choucrane rortie, choucrane jouia, leili saida! Après, quand je marche dans la rue, il y a des gens qui me reconnaissent, me serrent la main, même le lendemain matin, c'est juste complètement fou... Je n'ai qu'une envie: chanter dans les rues de Dakar. Mon journaliste m'a expliqué que si la réaction des gens était aussi enthousiaste, c'est parce qu'ils ne voyaient jamais ce genre de choses, ici, à Dakhla, au sud du Maroc, presque en Mauritanie, dans un coin paumé de la côte atlantique. Ca me donne envie d'aller chanter dans des coins encore plus paumés, carrément dans des coins où il n'y a même pas l'électricité. Quelle importance, puisque l'électricité, je l'ai avec moi. Cette idée va faire son chemin dans ma tête.

Nous rentrons à l'hôtel avec N, parce que Nyels est parti s'acoquiner avec une jolie spectatrice de mon tour, et nous asseyons au dîner terriblement ennuyeux du RIDS, que nous désertons bien rapidement. N nous rejoint, on boit une bouteille de vin, et bientôt il est trop tard pour rentrer en navette flottante.